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Afrique- Ngo Djeng Put démonte les idées reçues sur les rites de veuvage

Les rites de veuvage, une institution multimillénaire qui a régulé la vie sociale en Afrique avant la traite négrière et la colonisation, sont aujourd’hui voués aux gémonies. Mieux, plusieurs organisations, sans effectivement connaître le sens et la signification et mêmes ce qui se fait dans le veuvage, en sont arriver à le percevoir comme une pratique qui viole les droits de la femme. On reproche à ces rites des tortures physiques et surtout l’inceste. Est-ce de l’ignorance? Cette lecture occidentale est épousée par plusieurs Africains.

Pourquoi les rites de veuvage ? En quoi consistent-ils et qu’est-ce qui se fait dans la case de la veuve ? Voilà autant de questions auxquelles nous essayerons d’apporter des réponses en se basant sur l’intervention de Ngo Djeng Put. Traditionnaliste renommée, intellectuelle, cadre du secteur privé et auteure d’un livre sur les rites de veuvage, cette Camerounaise a, dans une émission sur Kemet TV, éclairé la lanterne des Africains sur cette institution très chère à l’Afrique non esclavagisée et non colonisée.

« J’ai fait le rite du veuvage. Quand mon mari, grand cadre du secteur privé est mort, les gens ne s’attendaient pas à ce que je fasse ce rite parce que j’étais moi-même un cadre du secteur privé. J’ai donc fait ce rituel et c’est pour ça que j’en parle. Je vois l’ignorance des gens qui en parlent aujourd’hui. Chacun y va de sa définition sans même se demander de quoi il s’agit. Le comble, ce sont les religions qui sont venues s’en mêler. On ne s’en sort plus », a-t-elle dit d’entrée.

Les rites de veuvage, un trésor

Pour cette animiste convaincue, les rites de veuvage appelés ‘Bikus’ en pays Bassa au Cameroun, sont un trésor. « C’est un rite millénaire que notre culture a pris soin de mettre à la disposition de la femme qui perd son mari, pour la guérir physiquement, psychologiquement, spirituellement, mentalement…et lui donner toutes les chances pour qu’elle puisse continuer, maintenant que son mari n’est plus là », a-t-elle indiqué.

Pour l’auteure de ‘Les rites de veuvage chez les Basaa’, le décès d’un mari est perçu comme une lance qui traverse le cœur de la femme, déchirant tous les tissus. Et les rites de veuvage, a-t-elle expliqué, sont un traitement global qui d’abord, remet tout en place et permet à la femme de revivre normalement. Ensuite, soutient-elle, c’est un rituel qui permet à la femme de raccompagner son défunt mari. Enfin, note-t-elle, avec ces rites, les nouvelles conditions d’insertion de la femme dans la famille sont définies.

Selon Ngo Djeng Put, les problèmes que plusieurs veuves ont, sont liés au fait qu’elles n’ont pas accepté de faire ce rite.

Des rites millénaires bien pensés

Selon les explications de Ngo Djeng Put, le Bikus n’est pas fait au hasard. Tout est défini et préparé du vivant du mari. Voilà pourquoi, a-t-elle souligné, tout commence avec les relations que la femme a avec les membres de sa belle-famille.

Et d’ajouter que 80% des cas où il y a des déviances, proviennent de l’absence d’insertion de la femme dans sa belle-famille. « Dans la culture africaine, une famille donne sa fille en mariage à une autre famille, pas à un homme », a-t-elle précisé.

Elle précise que rien n’est imposé dans les rites de veuvage. Aucun homme n’a accès à la case de veuvage. Le premier point important, c’est que la veuve doit accepter elle-même de faire ces rites. Ceux-ci sont ensuite gérés par les 2 familles. Celle de la veuve désigne une femme qui doit l’accompagner dans la case de veuvage. Sa belle-famille désigne 2 autres femmes. Et les 2 parties doivent être d’accord sur les 3 personnes désignées, sinon, il n’y a pas de Bikus.

Aux contempteurs de ces rites, Ngo Djeng Put envoie un message : « Nous sommes sortis de notre contexte pour créer des faux problèmes. Et lorsque ces faux problèmes nous rattrapent, on accuse la culture. C’est notre inculture qui nous rattrape ».

Lorsque la veuve accepte de le faire ces rites, et que les 2 familles sont d’accord sur les 3 femmes désignées, les rites de veuvage commencent à partir de ce moment. On définit ensuite les mesures de précaution.

La sécurité, de jour comme de nuit, dit Ngo Djeng, est un pan très important de cette institution. Elle est assurée par les hommes qui sont dans la cour de la maison. Parmi eux, il y a un gardien qui fait le lien entre la case du veuvage et la cour.

Le veuvage, soutient-elle, règle aussi le problème de couverture sociale. Et c’est à la veuve de choisir l’homme qui, dans sa belle-famille, peut lui assurer cette protection. Ce choix n’intègre ni n’exclut la sexualité. Le choix de la veuve est dicté par sa condition et en fonction de ses aspirations ; et si elle choisit un homme, celui-ci peut refuser après analyse. « Notre culture, déclare la traditionnaliste, est une culture qui fabrique des gens responsables. Voilà pourquoi on forme la femme ».

Des solutions ?

La traditionnaliste camerounaise propose que dans les universités africaines, que des étudiants en sociologie en fin de parcours choisissent le thème des rites de veuvage pour en sortir une étude comparative dans laquelle on interroge aussi bien les femmes qui se sont soumises à ces rites et celles qui ont refusé de s’y soumettre. « Nous avons intérêt à revisiter nos valeurs traditionnelles pour mieux comprendre les valeurs étrangères afin qu’elles ne nous étouffent pas », indique-t-elle.

Source: Global Actu

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