Libéré le 31 décembre 2025 après sept mois de détention au Togo, Steeve Rouyar a livré son témoignage dans le journal Outre-mer l’Actu le lundi 5 janvier. Le ressortissant français, Guadeloupéen installé au Togo, revient sur son arrestation, ses conditions de détention et les circonstances de sa libération. Lisez!
Steeve Rouyar, vous êtes sur le sol français depuis le 1er janvier. Qu’est-ce que ça fait d’être de retour parmi nous ? Un retour peut-être inespéré ?
Steeve Rouyar : Exactement, un retour inespéré parce que, honnêtement, je n’imaginais pas que j’aurais été libéré le 31 décembre. C’est un véritable soulagement pour moi après sept mois de souffrance. Un véritable plaisir de retrouver ma famille, mes amis, retrouver une vie normale, et surtout le plaisir d’être libre.
Est-ce que vous avez le droit de vous exprimer davantage sur le dossier ?
Steeve Rouyar : Je ne peux pas trop entrer dans les détails du dossier, mais j’ai effectivement bénéficié d’une grâce présidentielle du président du Conseil du Togo. C’est une libération provisoire, mais bon, je suis en France (sourire), donc tranquille.
Vous êtes inconnu du grand public. Vous êtes expert-comptable mais aussi militant engagé, candidat par trois fois aux élections législatives en Guadeloupe pour le Nouveau Front populaire. Au Togo, vous avez été arrêté pour, je cite, « trouble à l’ordre public et atteinte à la sûreté de l’État ». Quelle a été votre implication dans cette manifestation ?
Steeve Rouyar : En fait, je suis venu au Togo pour monter mon cabinet et gagner plus d’argent. Mais j’ai été confronté à des injustices sociales. Pour vous donner un exemple, moi qui suis père de famille, des enfants me demandaient à manger. Pendant une semaine ou deux, j’ai donné à manger à des enfants, je leur achetais de la nourriture dans des restaurants. J’ai été confronté à des décès dans les hôpitaux. Je ne supporte pas les injustices sociales, et ne rien faire aurait été pour moi une non-assistance à personne en danger. Ça ne correspondait pas à mes valeurs guadeloupéennes : la solidarité, l’humanité, et puis les valeurs françaises : liberté, égalité, fraternité. Malheureusement, je n’ai pas pu m’empêcher d’aider les Togolais.
Mais vous avez juste participé à une manifestation ?
Steeve Rouyar : Oui, à une manifestation interdite. Effectivement, on a posé quelques barricades, et c’est pourquoi j’ai été inculpé pour trouble à l’ordre public. Il y a aussi l’accusation de complot, parce que, la veille, j’ai envoyé des messages un peu motivants, appelant à renverser le gouvernement et le président. C’étaient des messages comme pour un match de football : « on va gagner, on va vous battre ». Un message envoyé à 2 heures du matin à une personne. C’est pour ce message que j’ai été inculpé pour complot contre l’État. Mais ce sont les aléas de la vie. Et j’ai su, selon moi, que je servais comme monnaie d’échange contre des opposants togolais.
Quelles ont été vos conditions de détention pendant ces sept mois ?
Steeve Rouyar : Difficiles. J’étais en garde à vue, ce qu’ils appellent une garde à vue prolongée. Ce n’était pas une prison, mais une garde à vue, comme dans un commissariat. C’était très difficile parce que je ne sortais pas. Les seules fois où je sortais, c’était pour voir le procureur ou le juge. Je ne mangeais que deux fois par jour. J’ai perdu 30 kilos, c’est au moins le côté positif (sourire). On avait droit à cinq minutes de repas. J’ai dormi à même le sol, en caleçon. Et ça, c’était très difficile pour moi, parce que j’étais habitué à un mode de vie occidental, où on dort dans un lit. Ce sont des expériences de la vie.
Pendant cette incarcération, avez-vous eu des contacts avec les autorités françaises ?
Steeve Rouyar : Oui, j’ai eu contact avec les autorités françaises trois semaines après mon incarcération. Dès qu’ils ont su que j’étais arrêté, ils se sont mis au travail. Ils avaient une obligation de discrétion. En tout cas, je tiens vraiment à remercier les agents de l’ambassade de France au Togo, qui ont fait un travail extraordinaire pour ma libération. Mais effectivement, je n’ai pu les rencontrer que trois semaines après mon arrestation.
En tout cas, on vous souhaite la bienvenue. Vous serez bientôt en Guadeloupe, d’ici le milieu du mois.
Steeve Rouyar : Oui, et je veux dire merci à tous les peuples d’outre-mer qui m’ont soutenu. Je leur dis que Dieu les bénisse.
Merci, Steeve Rouyar, d’avoir accepté notre invitation.


