Il est attendu pour ses vœux à la Nation en tant que Président du Conseil. Il l’a fait un peu plus tôt : le 30 décembre 2025. Tout ce qu’on peut retenir, c’est la grâce accordée à quelques 1511 détenus dont 81 prisonniers politiques. Pour le reste, c’est la belle littérature
Faure Gnassingbé et son régime parlementaire
L’axe principal de son adresse tourne autour du changement de la constitution.
«2025 a été une année charnière pour notre pays. Nous avons connu des épreuves, des moments de doute. Mais nous avons aussi franchi une étape importante de notre vie démocratique.
Avec l’adoption de la Ve République, notre pays est devenu une démocratie parlementaire. Cette réforme marque l’évolution la plus profonde de notre Constitution depuis plus de trente ans. Je veux vous parler de cette nouvelle République, et de ce qu’elle change concrètement dans votre vie. Ce changement n’est pas un jeu d’écriture. Ce n’est pas une affaire réservée aux juristes ou aux responsables politiques. Il concerne directement votre vie de tous les jours et la manière dont les décisions sont prises en votre nom», avance-t-il
Pour Faure Gnassingbé, ce changement n’a pas été imposé.
Le Parlement et le Sénat ont conduit cette réforme dans la paix, la dignité, et le respect du cadre républicain. Ce choix n’a pas été imposé. Il a été voté, assumé, porté par vos représentants.
Je suis conscient que certains auraient souhaité un débat public plus large. Je comprends ces attentes. Mais ce que je retiens, c’est que cette réforme a été menée dans un climat institutionnel apaisé, avec pour seule boussole l’intérêt national.
C’est une réussite en soi d’avoir conduit ce changement sans rupture. Dans une République, il y a des choses qui doivent rester stables. La continuité de l’État et des institutions est essentielle pour la paix, pour la confiance. C’est pour cela que je suis resté à la tête de l’exécutif, mais ma fonction a changé. Le centre de gravité de notre vie politique a changé. Désormais, la politique de la Nation se décide d’abord au Parlement.»
Quelle sera la portée réelle de cette réforme ? Le Président du Conseil tranche: «Certains d’entre vous se demandent si cette réforme changera vraiment quelque chose dans leur vie, si elle peut ouvrir une dynamique nouvelle pour notre pays. Je veux vous répondre clairement : la réponse est oui.
Nous allons changer de méthode, faire vivre autrement notre démocratie, ouvrir un nouveau chapitre, sans casser ce que nous avons construit. Pour cela, j’ai fixé au Gouvernement trois priorités simples : Protéger, Rassembler, Transformer.
Elles donnent un sens concret à ce changement de régime. Et elles résument, au fond, ce que je vous dois comme Président du Conseil : la sécurité, l’unité, et l’avenir.» Il continue «On ne protège pas un pays seulement avec des armes. On le protège en donnant à chacun une vie digne, en donnant une place à sa jeunesse, en évitant que la pauvreté, l’exclusion ou la colère ne deviennent des terreaux de la violence.
La sécurité vient aussi du développement. Elle vient de l’emploi. Elle vient de l’accès aux services essentiels. Elle vient d’un pays où personne ne se sent oublié.
Quand un enfant peut aller à l’école en paix, nous renforçons la sécurité. Quand une famille a accès aux soins, nous renforçons la sécurité. Quand un agriculteur peut vivre de son travail, nous renforçons la sécurité. Et quand un village a accès à l’eau, à la route, à l’électricité, nous renforçons également la sécurité. C’est pourquoi nous poursuivrons notre stratégie globale qui associe sécurité, développement local et cohésion sociale.»
Pour lui ,la décentralisation n’est pas un slogan. C’est une manière de gouverner autrement, de reconnaître la diversité de nos territoires, d’aller vers ceux qui sont loin du centre ou de la capitale. Bien plus, «rassembler c’est aussi reconnaître la place de chacun et créer les conditions d’un dialogue durable entre majorité et opposition. La critique constructive et apaisée fait partie du fonctionnement normal de la démocratie. Je veux le dire clairement ce soir : l’opposition est une composante essentielle de la République. Elle a la responsabilité de questionner, d’alerter, et de proposer.
En 2026, je souhaite qu’une culture politique nouvelle s’impose : une culture politique de respect, où l’on critique les idées, mais jamais les personnes, où l’on s’oppose sans se déchirer, où l’on débat sans se détruire. Franchissons ensemble cette étape supplémentaire vers un climat politique plus apaisé, où les désaccords s’expriment de manière constructive, sans violence ni dégradations.»
C’est dans cet esprit d’apaisement que « j’ai demandé au Ministre de la Justice d’exécuter les décisions de grâce et de clémence que nous avons prises lors du dernier conseil des ministres.
Il ne s’agit ni d’impunité, ni de faiblesse sur des crimes graves. Il s’agit plutôt d’éviter que des erreurs ou des moments d’égarement deviennent des destins brisés. Il s’agit, surtout, de permettre à notre pays de regarder de l’avant.
Depuis plusieurs années, selon le successeur de Eyadema Gnassingbé , notre pays progresse. Il progresse en matière d’infrastructures, de stabilité économique, d’intégration régionale, de digitalisation. Ces efforts sont réels, et ils doivent être reconnus. Nous devons maintenant franchir un cap supplémentaire.
Transformer le Togo, aujourd’hui, c’est d’abord investir dans notre première richesse. Cette richesse c’est vous, les Togolaises et les Togolais : votre éducation, votre formation professionnelle, votre santé, votre jeunesse. Un pays ne se développe pas uniquement avec des routes, des ports et des usines, on nous le dit souvent. Il se développe avec des femmes et des hommes capables de créer, d’innover, de construire, de rêver grand.
Transformer le Togo, c’est aussi transformer nos territoires, faire en sorte que l’avenir du pays ne se joue pas seulement à Lomé, mais dans chaque préfecture, dans chaque commune, dans chaque village. En résumé, Protéger, rassembler, transformer : voilà notre chemin pour l’année qui vient. C’est le socle de notre action. Il guidera chaque décision, chaque programme, chaque effort de votre Gouvernement, conclut-il.
Faure et le néant politique
A la différence des vœux antérieurs, c’est le style simple dans un langage courant qui marque 2026. Pour le reste, c’est bien du réchauffé indigeste. Il s’agit de la platitude absolue qui ne comporte aucun élément tangible. Les vœux d’un Président à la nation au-delà de la réaffirmation du pacte républicain, de l’appel à l’unité et à la cohésion nationale, c’est aussi avant tout un bilan et des perspectives.
C’est ainsi qu’ailleurs comme au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, on a un bilan en bonne et due forme avec des chiffres à l’appui. Au Togo avec Gnassingbé, c’est toujours un discours vaseux et sans relief. A propos du changement unilatéral de la loi fondamentale que M.Gnassingbé brandit comme une réussite sans rupture, c’est bien surprenant. C’est le tout le contraire.
Aujourd’hui, cet acte est une haute trahison pour un Président qui a juré de défendre la constitution de toutes ses forces. Depuis lors, c’est un pays qui s’est davantage désarticulé et qui n’offre aucune perspective. «Ce changement n’est pas un jeu d’écriture. Certains d’entre vous se demandent si cette réforme changera vraiment quelque chose dans leur vie, si elle peut ouvrir une dynamique nouvelle pour notre pays. Je veux vous répondre clairement : la réponse est oui.
«, déclare-t-il. Ce n’est pas vérifié. Qu’est-ce qui a fondamentalement changé au Togo avec la nouvelle constitution ? ABSOLUMENT RIEN! Ce sont les mêmes personnes avec la même méthode de prévarication du pays. Il dit resté à la tête de l’exécutif, mais sa fonction a changé. Là aussi c’est sur papier , il est plus que le Président de la République. C’est lui qui fait tout jusqu’à garder le Palais Présidentiel.
Qu’on ne s’y méprenne pas. «On ne protège pas un pays seulement avec des armes. On le protège en donnant à chacun une vie digne, en donnant une place à sa jeunesse, en évitant que la pauvreté, l’exclusion ou la colère ne deviennent des terreaux de la violence». Toujours de belle phrase complètement en déphasage avec les réalités décapantes du Togo. Aujourd’hui, tout est entre les mains de la petite caste au pouvoir, rien pour la grande majorité qui n’attend pour seul salut, une opportunité pour quitter le pays.
Autre séquence «l’opposition est une composante essentielle de la République. Elle a la responsabilité de questionner, d’alerter, et de proposer»
Quel sort est réservé à l’opposition politique au Togo ? Toute tentative de manifestation est sévèrement réprimée. Des prisonniers d’opinion sont légion. On vient d’élargir certains mais en même temps d’autres sont interpelés dans la foulée. Pour le reste, c’est de l’autosatisfecit béat dans un pays en déliquescence avancée. En vérité, dans les messages de Faure Gnassingbé, on a l’impression qu’il parle d’un autre Togo que la bande de terre de 56.600 km2 en Afrique de l’Ouest.
Kokou AGBEMEBIO
Source: Lecorrecteur.tg


