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De la Doctrine de Simone Weil sur les Partis Politiques & de la Tyrannie de Faure Gnassingbé au Togo

Tel roi, tel royaume : si le sceptre est tenu par main couarde et convoiteuse, moult tost viendra la ruine et désolation sur la contrée, car roi sans vertu, royaume sans salut.
Quand le manant souffre famine et que le noble festoie dans son hôtel, alors Nature même se rebelle contre l’ordre établi, car nul royaume ne saurait longuement durer où justice n’est point rendue au plus petit comme au plus grand.


En ces temps troublés où les passions humaines se déchaînent contre la raison & où les factions déchirent le corps politique des nations, il nous semble opportun de méditer sur les écrits de cette illustre philosophe que fut Simone Weil, laquelle, en son siècle, porta un regard des plus pénétrants sur la véritable nature des partis politiques. Et de comparer, par une étude diligente, ses observations avec l’état présent du royaume du Togo, où règne présentement le sieur Faure Gnassingbé, prince qui tient son peuple sous un joug dont nous examinerons la nature.
Point n’est besoin de longues dissertations pour établir que la condition humaine est sujette à l’oppression & que les hommes, en leur faiblesse, se soumettent souvent à des tyrannies qu’ils pourraient renverser s’ils en avaient la volonté & la claire vision. C’est précisément à cette claire vision que nous convie la doctrine de Simone Weil, & c’est à la lumière de ses préceptes que nous examinerons le gouvernement qui sévit en terre togolaise.

Des Partis Politiques selon la Pensée de Simone Weil



Simone Weil, en sa profonde sagacité, n’eut point de complaisance envers les partis politiques, qu’elle considérait comme des machines à fabriquer la passion collective et à étouffer la vérité. Dans son opuscule intitulé “Note sur la suppression générale des partis politiques”, cette dame de haute vertu intellectuelle démontre avec force arguments que les partis sont, par leur nature même, contraires au bien public & à la recherche sincère de la justice.
Que dit-elle donc de si terrible contre ces institutions que le commun des mortels tient pour nécessaires au gouvernement des peuples ? Elle affirme, & avec quelle justesse, que le parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective, & que cette passion collective étouffe inévitablement la faculté de penser. Car le propre du parti est d’exiger de ses membres une fidélité qui prime sur toute autre considération, y compris la vérité & le bien commun.

Le parti, poursuit-elle en sa démonstration, possède trois caractères essentiels qui le rendent pernicieux : premièrement, il est une machine à exercer une pression collective sur la pensée de chacun de ses membres ; deuxièmement, le but suprême de cette pression est la croissance du parti lui-même ; troisièmement, cette croissance du parti devient une fin en soi, déconnectée de toute conception du bien public. Ainsi le parti se transforme-t-il en un organisme qui se nourrit de lui-même, qui croit pour croître, qui combat pour combattre, sans autre dessein que sa propre perpétuation.
Quel fléau plus grand peut-on imaginer pour la république des citoyens que cette mécanique infernale qui substitue la passion à la raison, la fidélité partisane à l’amour de la vérité, & l’intérêt de faction à l’intérêt général ? Simone Weil observait que, dans un parti, l’adhérent se trouve contraint d’approuver en bloc toutes les positions adoptées par les chefs, sous peine d’être considéré comme traître. Cette servitude intellectuelle, cette abdication de l’esprit critique, est précisément ce qui rend les partis si dangereux pour la santé morale d’une nation.

Elle remarquait encore, avec une acuité admirable, que même dans les démocraties qui se flattent de leur pluralisme, les partis créent un système où le mensonge devient structurel. Chaque parti développe sa propre vérité, son propre langage, ses propres critères de jugement, de sorte que le dialogue véritable entre citoyens devient impossible. Les hommes ne se parlent plus ; ce sont les partis qui s’affrontent, & dans cet affrontement, la vérité est la première victime.


De l’Application de cette Doctrine au Cas du Togo



Or, si nous transportons maintenant notre regard vers la contrée africaine du Togo, que découvrons-nous ? Un régime qui, sous les apparences d’une démocratie multipartite, incarne précisément les maux que dénonçait Simone Weil, mais portés à un degré d’autant plus extrême qu’ils se combinent avec l’exercice d’un pouvoir dynastique & autoritaire.

Le sieur Faure Gnassingbé, qui tient présentement les rênes de ce royaume, n’est point parvenu au pouvoir par les voies ordinaires de la succession démocratique, mais bien par un coup de main qui, en l’an 2005 de notre ère, lui permit de succéder à son père Gnassingbé Eyadéma, lequel avait lui-même régné en tyran pendant près de quarante années. Voilà une dynastie qui ne dit point son nom, une monarchie qui se déguise sous les oripeaux de la république.

Le système togolais présente cette particularité funeste qu’il combine les vices du système partisan dénoncés par Simone Weil avec ceux d’un pouvoir personnel autocratique. D’une part, il existe en apparence plusieurs partis politiques, ce qui permet au régime de se parer des plumes de la démocratie ; d’autre part, ces partis ne sont que des façades, car le pouvoir véritable demeure concentré entre les mains d’un seul homme & de son clan.
Le parti au pouvoir, que l’on nomme l’Union pour la République, n’est point un parti au sens où l’entendrait un citoyen d’une véritable démocratie, mais plutôt un instrument de domination, une machine destinée à perpétuer le règne de la famille Gnassingbé. Les autres partis, quant à eux, sont tolérés dans la mesure où ils demeurent suffisamment faibles pour ne point menacer le pouvoir établi, ou sont cooptés par des mécanismes de corruption & de patronage.

Ainsi se trouve réalisée la prophétie de Simone Weil : les partis ne servent point le bien commun, mais leur propre perpétuation. Le parti de Gnassingbé n’a d’autre fin que de maintenir sa mainmise sur l’appareil d’État, & les partis d’opposition, même lorsqu’ils sont sincères dans leurs intentions, se trouvent englués dans un système qui les contraint à adopter les mêmes méthodes que leurs adversaires.


Des Manifestations de la Tyrannie & de l’Étouffement de la Vérité



L’observation perspicace de Simone Weil concernant la suppression de la vérité par les partis trouve au Togo une illustration des plus tragiques. Car sous le règne de Faure Gnassingbé, la parole libre est constamment menacée, & ceux qui osent dire la vérité sur les abus du pouvoir s’exposent à la répression.

Les élections, qui devraient être le moment sacré où le peuple exprime sa volonté souveraine, ne sont au Togo qu’une mascarade soigneusement orchestrée. Les scrutins de 2005, 2010, 2015 & 2020 furent tous entachés d’irrégularités manifestes, de fraudes attestées par de nombreux observateurs, tant locaux qu’étrangers. Le pouvoir manipule les listes électorales, intimide les électeurs, truque le décompte des voix, & lorsque le peuple descend dans les rues pour protester contre ces malversations, il est accueilli par la matraque & parfois par les balles.
La presse indépendante, qui devrait être le chien de garde de la démocratie, est muselée par diverses méthodes : censure directe, intimidation des journalistes, fermeture administrative des organes de presse jugés trop critiques. Plusieurs journalistes ont été emprisonnés pour avoir osé enquêter sur la corruption du régime ou pour avoir rapporté fidèlement les manifestations populaires. La vérité, dont Simone Weil faisait la valeur suprême, est ainsi systématiquement étouffée.

L’internet même, cette invention moderne qui permet aux citoyens de communiquer librement par-delà les frontières, n’échappe point à la vigilance du tyran. À plusieurs reprises, lors de périodes électorales ou de troubles sociaux, le gouvernement de Gnassingbé a coupé l’accès à la toile mondiale ou bloqué les réseaux sociaux, privant ainsi les Togolais de leur droit à l’information & à la libre expression.
La société civile, ces associations de citoyens qui, en toute nation libre, contribuent à la vitalité démocratique, est elle aussi sous surveillance constante. Les organisations qui défendent les droits de l’homme ou qui militent pour une véritable démocratisation sont harcelées, leurs leaders sont arrêtés sous de faux prétextes, leurs locaux sont parfois saccagés par des milices à la solde du pouvoir.

De la Corruption du Bien Commun & de l’Enrichissement Illégitime



Simone Weil insistait sur le fait que les partis, en poursuivant leur propre croissance comme fin ultime, perdent de vue le bien commun. Au Togo, cette perversion atteint des sommets vertigineux, car le régime Gnassingbé a transformé l’État en une entreprise familiale destinée à enrichir un petit cercle de privilégiés.
Les ressources du pays, qui devraient profiter à tous les Togolais, sont détournées au bénéfice du clan présidentiel & de ses affidés. Le phosphate, richesse minérale du pays, les revenus du port de Lomé, les diverses taxes & redevances, tout cela alimente une vaste machine de corruption où les postes de responsabilité sont distribués non selon le mérite mais selon la loyauté envers le prince.

Pendant ce temps, le peuple togolais croupit dans la misère. La pauvreté demeure endémique, les services publics sont défaillants, l’éducation & la santé sont négligées. Les jeunes, privés de perspectives d’avenir, n’ont d’autre choix que de tenter l’exil périlleux vers l’Europe, ou de se résigner à une existence précaire dans un pays où toutes les opportunités sont monopolisées par une oligarchie rapace.
Cette situation illustre parfaitement la critique weilienne : lorsque le pouvoir politique devient l’enjeu d’une lutte pour la domination & l’enrichissement personnel, lorsque le parti au pouvoir n’a d’autre fin que sa propre perpétuation, alors le bien commun est nécessairement sacrifié. Le gouvernement cesse d’être au service du peuple pour devenir l’instrument d’une minorité parasitaire.

Des Réformes Constitutionnelles comme Instruments de Tyrannie



L’une des manifestations les plus éclatantes de la volonté de Faure Gnassingbé de s’accrocher au pouvoir à perpétuité fut la modification de la Constitution togolaise. En effet, la Constitution de 1992 limitait le nombre de mandats présidentiels, ce qui aurait dû empêcher Gnassingbé de se représenter indéfiniment. Mais qu’à cela ne tienne ! En 2019, le régime fit adopter par un parlement à sa dévotion une réforme constitutionnelle qui, sous couvert de modernisation, rétablit la limitation des mandats… mais sans effet rétroactif, permettant ainsi au président en place de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2030 au moins, soit vingt-cinq années de règne.

Cette manipulation constitutionnelle suscita l’indignation populaire. Durant les années 2017-2018, des manifestations monstres se déroulèrent dans tout le pays, rassemblant parfois des centaines de milliers de personnes qui réclamaient le départ du dictateur & le retour à la Constitution de 1992. Mais le régime répondit par la violence : des dizaines de manifestants furent tués par les forces de sécurité, des centaines furent blessés ou emprisonnés.
Cette violence d’État, cet écrasement de la volonté populaire, illustre une autre intuition profonde de Simone Weil : lorsqu’un parti ou un pouvoir établi se sent menacé, il n’hésite point à employer tous les moyens, même les plus brutaux, pour assurer sa survie. Le pouvoir devient alors une fin en soi, totalement déconnecté de toute considération morale ou de tout souci du bien public.

De la Dimension Internationale de cette Tyrannie



Il serait incomplet d’examiner la situation togolaise sans considérer le rôle que jouent les puissances étrangères dans le maintien de cette dictature. Car Faure Gnassingbé, loin d’être isolé sur la scène internationale, bénéficie du soutien, ou du moins de la complaisance, de plusieurs nations qui se disent pourtant attachées aux valeurs démocratiques.

La France, ancienne puissance coloniale, maintient avec le régime togolais des relations étroites, justifiées par des intérêts économiques & stratégiques. Les institutions financières internationales, telles que le Fonds Monétaire International ou la Banque Mondiale, continuent d’octroyer des prêts au gouvernement de Gnassingbé, légitimant ainsi un pouvoir illégitime. L’Union Européenne, tout en proclamant son attachement aux droits de l’homme, ferme les yeux sur les violations commises par ce régime, privilégiant d’autres considérations, notamment la gestion des flux migratoires.
Cette hypocrisie internationale, ce double langage des grandes puissances, renforce la critique weilienne du système partisan étendu à l’échelle mondiale. Car ces puissances étrangères agissent elles aussi selon la logique dénoncée par Simone Weil : elles poursuivent leurs propres intérêts, même lorsque ceux-ci impliquent le soutien à des régimes tyranniques, & elles sacrifient volontiers les principes qu’elles proclament au profit de considérations pragmatiques.

De la Résistance du Peuple Togolais & de l’Espérance

Toutefois, il ne faudrait point conclure de ce sombre tableau que tout espoir est perdu pour le peuple togolais. Car malgré la répression, malgré la terreur, malgré le découragement que peuvent engendrer des décennies d’oppression, l’aspiration à la liberté et à la justice demeure vivace dans le cœur de nombreux citoyens de ce pays.
Les manifestations de 2017-2018, bien qu’écrasées dans le sang, témoignent de la vitalité de cette aspiration. Des militants courageux, des journalistes intrépides, des artistes engagés continuent, au péril de leur liberté & parfois de leur vie, à dénoncer les abus du régime & à appeler à une véritable démocratisation. La diaspora togolaise, dispersée à travers le monde, fait entendre sa voix & alerte l’opinion internationale sur la situation de son pays.

Simone Weil elle-même, malgré sa critique radicale des partis politiques, n’était point désespérée quant à la possibilité d’une politique authentiquement orientée vers le bien commun. Elle croyait en la capacité des êtres humains à transcender leurs intérêts particuliers et à servir des valeurs qui les dépassent. Cette foi dans la dignité humaine & dans la possibilité de la justice devrait inspirer tous ceux qui luttent pour la liberté du Togo.

Enfin, des Enseignements à Tirer & de la Nécessité d’une Politique Nouvelle



Au terme de cette dissertation, que pouvons-nous conclure de la confrontation entre la doctrine de Simone Weil sur les partis politiques & la réalité de la dictature de Faure Gnassingbé au Togo ?

Premièrement, l’analyse weilienne se trouve tragiquement confirmée par la situation togolaise. Les partis politiques, lorsqu’ils deviennent des machines au service de leurs propres intérêts plutôt que du bien commun, lorsqu’ils substituent la passion collective à la recherche sincère de la vérité, lorsqu’ils exigent de leurs membres une fidélité aveugle, deviennent effectivement des instruments d’oppression. Le régime togolais, bien qu’il se pare des attributs extérieurs d’une démocratie multipartite, illustre parfaitement cette dérive.
Deuxièmement, la critique de Simone Weil garde toute sa pertinence pour penser les conditions d’une véritable émancipation politique. Car il ne suffira point, pour libérer le Togo, de remplacer un parti au pouvoir par un autre. Il faudra repenser en profondeur les modalités de l’exercice du pouvoir, afin que celui-ci soit véritablement au service du peuple & non d’une faction ou d’un clan.

Troisièmement, la situation togolaise nous rappelle que la démocratie n’est point une simple affaire de procédures formelles, d’élections régulières ou de pluralisme partisan. Elle exige une culture politique où la vérité, la justice & le bien commun sont effectivement recherchés, où les citoyens sont libres de penser & de s’exprimer sans crainte, où le pouvoir est exercé avec humilité & dans un esprit de service.
Que ces réflexions inspirent tous ceux qui, au Togo comme ailleurs, aspirent à vivre dans une société véritablement libre et juste. Que la pensée de Simone Weil, par sa radicalité & sa profondeur, les aide à discerner les fausses solutions & à chercher les voies d’une politique authentiquement humaine. Et que le courage de ceux qui résistent à l’oppression, malgré tous les périls, soit pour nous tous un exemple & une source d’espérance.

Car si la tyrannie semble parfois invincible, l’histoire nous enseigne que les peuples qui persévèrent dans leur quête de liberté finissent toujours, tôt ou tard, par briser leurs chaînes. Puisse le peuple togolais, dans un avenir que nous espérons proche, recouvrer sa pleine souveraineté & bâtir une société où règnent enfin la justice & la liberté.

Par : Ben Djagba
Fait en ce jour du six février de l’an deux mille vingt-six.
Salt Lake City, Utah

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