« Faure Gnassingbé prépare-t-il l´adhésion du Togo à l´AES? L´extradition de l´ancien chef de l´état burkinabè, Paul-Henri Sandaogo Damiba, du Togo vers le Burkina-Faso où il est poursuivi, pose question. Comment expliquer ce geste de Faure Gnassingbé? Est-ce le gage de bon profil pour une acceptation de l´adhésion du Togo à l´AES? » Nathaniel Olympio, en Janvier 2026 (porte-parole du front «Touche-Pas-À-Ma-Constitution»)
Nous pouvons affirmer sans nous tromper que ce qui est aujourd´hui dans l´air du temps en Afrique, à savoir, la soif répandue de la souveraineté africaine et du panafricanisme, est devenue une aubaine pour un potentat comme Faure Gnassingbé, contesté dans son pays. Une occasion rêvée pour le dictateur togolais pour se faire passer lui aussi comme un amoureux de l´Afrique, en un mot, comme un panafricaniste; pour détourner l´attention des Togolais d´abord, des Africains ensuite et de la communauté internationale, de la catastrophique situation politique intérieure dont il est en grande partie responsable. Le «médiateur» qu´il est devenu dans les crises des autres, ici et là, sur le continent, l’organisation de sommets bidon sur le supposé panafricanisme à Lomé, tout cet actionnisme, inutilement coûteux pour le budget togolais, s´inscrit dans la même logique d´escroquerie politique. Et cette manie qui consiste à jouer à l´agneau innocent chez les autres, pendant qu´il est à l´origine de la répression aveugle qui s´abat sur son peuple, semble réussir à Faure Gnassingbé, surtout chez des Togolais naïfs ou profiteurs du statu quo, et chez des Africains qui ne connaissent pas les réalités politiques togolaises.
Pendant que la majorité des états de la CEDEAO boudait à juste titre les trois régimes putschistes du Sahel, le Burkina-Faso, le Mali et le Niger, pour leur refus de revenir à l´ordre constitutionnel et pour leur tendance populiste, seul Faure Gnassingbé prit sur lui le risque de mettre à mal la cohésion au sein de l´organisation sous-régionale, en restant proches de ces trois pays qui se font aujourd´hui appeler les pays de l´AES (Alliance des États du Sahel). Certes, le bilan de la CEDEAO, qui a en son sein beaucoup d´autres brebis galeuses, dont justement Faure Gnassingbé lui-même, est très loin d´être positif; mais l´esprit de solidarité du groupe aurait dû faire en sorte que le premier responsable de fait du Togo adoptât un comportement plus responsable. Mais Faure Gnassingbé est resté «ami» des trois pays de l´AES qui se sont finalement retirés de la CEDEAO. Pendant qu´au Sahel les autres dirigeants francophones ouest-africains sont considérés comme des rénégats, hommes de la France, Faure Gnassingbé y est vu comme un vrai ami du panafricanisme, qui aurait une oreille attentive pour leur cause. Mais beaucoup d´observateurs estiment que cette posture, relativement positive, des trois pays de l´AES vis-à-vis du «président du conseil» togolais cache mal une certaine naïveté de leur part, une méconnaissance des réalités politiques togolaises et des vraies intentions de Faure Gnassingbé lui-même, qui, en fait, n´est entrain que de se livrer à un jeu trouble pour son maintien au pouvoir au Togo. Un pays qui, sous Faure Gnassingbé, contrairement aux trois pays du Sahel, n´a jamais mis fin à sa coopération avec l´ancienne puissance colonisatrice, la France; que ce soit militaire ou autre.
Coincé entre deux pays où l´alternance démocratique est entrée dans les moeurs depuis plusieurs décennies, le Ghana à l´ouest et le Bénin à l´est, Faure Gnassingbé, réfractaire à toute idée d´une démocratie véritable, s´est tourné vers les pays du Sahel, régulièrement en proie aux bruits de bottes, pour espérer surfer sur le panafricanisme et gagner du temps face à la pression intérieure dont il fait l´objet de la part du peuple togolais et de son opposition de plus en plus exigeante. Et la tentative de coup d´état au Bénin le 7 décembre dernier, dont l´auteur, le Lieutenant-colonel Pascal Tigri, aurait trouvé protection auprès des hautes autorités de Lomé, vient confirmer, comme s´il en était encore besoin, le rôle trouble de Faure Gnassingbé dans la région.
Comme d´ailleurs l´extradition, il y a deux semaines, de l´ex-chef de l´état burkinabè, Paul-Henri Sandaogo Damiba, réfugié au Togo depuis 2022, qui vient porter de l´eau au moulin de ceux qui estiment que le «PC» togolais, pour son pouvoir qu´il veut éternel, serait prêt à toutes les contradictions possibles. Vu tout ce qui précède, ajouté au fait que Faure Gnassingbé fût dans le secret des dieux concernant la tentative de putsch au Bénin, dont la réussite aurait fait l´affaire des trois pays du Sahel, et le «paquet Damiba» livré à Ibrahim Traoré, beaucoup, comme Nathaniel Olympio que nous avons cité en début de texte, se demandent si Faure Gnassingbé n´a pas l´intention de se joindre aux trois pays du Sahel pour former avec eux la confédération AES.
Plusieurs éléments militent contre une telle éventualité. Tout d´abord le Togo n´est pas la propriété personnelle de Faure Gnassingbé, pour qu´il puisse faire ce qu´il veut du Togo et des Togolais. La majorité des Togolais et des Togolaises rejette la gouvernance de Faure Gnassingbé avec sa supposée 5e république et se bat pour un changement de régime, pour une véritable démocratie, comme cela se passe ailleurs, pas loin de chez nous. Et les trois pays de l´AES, confrontés au terrorisme, se battent pour trouver leur voie et ne sont pas encore totalement sortis de l´ornière.
En un mot, ce n´est pas encore forcément le paradis, et nous pensons que le panafricanisme qu´on y prône serait vraiment celui des pères fondateurs, comme Sylvanius Olympio, Patrice Lumumba ou encore Kwame N´Krumah, s´il y avait moins d´émotion, de compdelotisme, de populisme, et surtout dérive autoritaire. Vous avez dit AES? Non, merci. Les Togolais n´ont pas besoin d´aventures aux lendemains incertains. Les Togolais et les Togolaises veulent un Togo sans Faure Gnassingbé, qui est arrivé au pouvoir en 2005 dans les conditions que tout le monde connaît. Les Togolais pourraient alors se démocratiser et choisir librement la voie qui leur plaira comme les autres le font aujourd´hui.
Samari Tchadjobo
Allemagne


