Le Conseil des ministres togolais vient d’adopter un décret créant une Direction de la protection des hautes personnalités et des institutions. Officiellement, il s’agit d’adapter le dispositif sécuritaire aux « mutations du contexte » et à la « visibilité internationale croissante » du pays. Sur le papier, la logique est imparable : un État doit protéger ses dirigeants et ses institutions.
Mais la vraie question est ailleurs : est-ce la priorité du moment ?
Le Togo traverse une période économique difficile. Le poids de la dette pèse sur les finances publiques. Le coût de la vie érode les revenus. Dans de nombreux foyers, se nourrir correctement deux fois par jour relève du miracle. La précarité gagne du terrain, silencieuse mais visible. Les attentes sociales sont immenses : emploi, pouvoir d’achat, services publics plus efficaces.
Dans ce contexte, la création d’une nouvelle unité dédiée à la protection des hautes autorités donne lieu à une inégalité structurelle. D’un côté, un État qui renforce la sécurité de ses dirigeants. De l’autre, des citoyens qui peinent à sécuriser leur quotidien.
Certes, le gouvernement évoque la rationalisation du commandement et la mutualisation des moyens entre police et gendarmerie. L’argument technique se tient. Mais la politique n’est jamais qu’une affaire d’organisation administrative. Elle est aussi une question de symboles.
Et le symbole est puissant.
Créer une direction supplémentaire pour protéger les institutions, alors que l’urgence sociale demeure pressante, envoie un message ambigu : celui d’un pouvoir qui consolide ses mécanismes de protection pendant que la population attend des réponses plus tangibles à ses difficultés.
La sécurité d’un pays ne se limite pas à la protection rapprochée des dirigeants. Elle inclut la sécurité alimentaire, la stabilité économique des ménages, l’accès à des opportunités dignes. La véritable stabilité repose sur la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Renforcer la protection des hautes personnalités n’est pas illégitime. Mais sans effort parallèle, visible et massif en faveur des conditions de vie des citoyens, cette décision risque d’alimenter un sentiment de distance entre l’État et la société.
Protéger le pouvoir est nécessaire. Protéger le peuple est indispensable.
Et c’est peut-être là que se joue la priorité.


