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Togo- Réflexions sur les Délibérations du Conseil des Ministres du 19 février

Examinons donc avec la plus grande attention et circonspection les matières qui furent délibérées en ce conseil, afin que point n’échappent à notre sagacité les desseins et intentions de nos gouvernants.
Comme le veut le proverbe de nos aïeux, « qui veut bâtir haut doit creuser profond », et c’est bien dans cet esprit que les membres du Conseil, assemblés sous la présidence de Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, ont œuvré en ce jour mémorable. Les décisions adoptées témoignent d’une volonté manifeste d’adapter les institutions de la République aux nécessités du temps présent, quoique l’on puisse s’interroger sur la profondeur véritable des fondations ainsi posées
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De la Microfinance et de ses Promesses


L’adoption du projet de loi portant réglementation de la microfinance constitue, à n’en point douter, une pierre angulaire dans l’édifice de l’inclusion financière. Comme l’enseignait déjà Molière, « il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger », sentence qui trouve ici son application dans le domaine pécuniaire. Les insuffisances du cadre juridique actuel en matière de gouvernance et de contrôle interne ont été reconnues, et la transposition de la loi uniforme de l’UMOA apparaît comme une sage résolution.
Toutefois, que les gouvernants se gardent bien de croire que la simple promulgation d’une loi suffise à transformer les réalités ! Car, ainsi que le veut la sagesse populaire, « l’habit ne fait point le moine ». La microfinance, cette institution charitable destinée à soulager la condition des plus humbles, ne peut prospérer que si les mécanismes de contrôle sont effectivement appliqués et si la probité préside à toutes les transactions. L’histoire nous enseigne que les plus beaux édifices législatifs s’effondrent lorsque la corruption et la négligence en sapent les assises.
Les chiffres présentés lors de la communication sur l’inclusion financière – un taux de 89,04% plaçant le Togo au deuxième rang de l’UEMOA – sont certes flatteurs pour l’amour-propre national. Le Fonds national de la finance inclusive a distribué plus de 116 milliards de francs CFA, chiffre qui donnerait le vertige au plus endurci des économes. Mais rappelons-nous que « tout ce qui brille n’est point or », et que derrière ces statistiques se cachent des réalités humaines complexes. Les 1,9 million de crédits accordés doivent-ils être célébrés si les taux d’intérêt demeurent usuraires et si les emprunteurs se trouvent enchaînés à des dettes insurmontables ? La prudence commande d’examiner non seulement la quantité des services financiers offerts, mais également leur qualité et leur équité.

De la Protection des Hautes Personnalités


La création d’une direction spécialisée pour la protection des hautes personnalités et des institutions soulève des questions d’une nature plus délicate encore. Certes, nul ne contestera que « prudence est mère de sûreté », et que dans un monde en proie aux troubles et aux désordres, la sécurité des dirigeants constitue une préoccupation légitime. L’accroissement de la visibilité internationale du Togo, invoqué comme justification, témoigne d’ambitions diplomatiques respectables.
Néanmoins, que l’on me permette de formuler quelques réserves ! Cette nouvelle structure, qui regroupera des éléments de la police nationale et de la gendarmerie sous un commandement unique, ne risque-t-elle point de devenir un instrument de surveillance et de répression plutôt qu’un bouclier protecteur ? L’Histoire, cette maîtresse sévère, nous a enseigné maintes fois que « qui garde ses gardes ? » – question que posait déjà Juvénal dans la Rome antique. La mutualisation des moyens humains et matériels peut certes améliorer l’efficacité, mais elle concentre également le pouvoir d’une manière qui devrait inquiéter tout esprit attaché aux libertés publiques.
Dans une République véritablement démocratique, la protection des institutions ne saurait se confondre avec la protection personnelle des gouvernants. Les institutions appartiennent au peuple, tandis que les gouvernants ne sont que les dépositaires temporaires de l’autorité souveraine. Cette distinction fondamentale risque de s’estomper dangereusement lorsque l’appareil sécuritaire se confond avec la garde prétorienne d’un pouvoir personnalisé.

De la Cartographie et de la Gestion Territoriale

L’adoption du décret créant l’Institut géographique national du Togo (IGNT) répond à une nécessité incontestable. « Connais-toi toi-même », précepte socratique, s’applique également aux nations qui doivent posséder une connaissance exacte de leur territoire. La transformation de la direction générale de l’information géographique en un institut doté d’autonomie administrative et financière témoigne d’une volonté louable de modernisation.

Les questions foncières, évoquées comme l’un des domaines d’application prioritaire, constituent effectivement une plaie vive dans le corps social togolais. Les litiges relatifs à la propriété terrienne empoisonnent l’existence de nombreuses familles et entravent le développement économique. Un cadastre moderne, des données cartographiques fiables, des outils de géolocalisation performants pourraient contribuer à apaiser ces conflits séculaires. Mais rappelons-nous que « l’outil ne fait pas l’artisan » : la technique ne suffira point si la volonté politique de régler équitablement les différends fait défaut, et si les puissants continuent d’usurper les terres des faibles avec la complicité, hélas! souvent constatée, de certains magistrats et auxiliaires de justice.

Pour Finir

En définitive, les mesures adoptées par ce Conseil des ministres témoignent d’intentions apparemment constructives. L’inclusion financière, la sécurité des institutions, la modernisation des outils de gestion territoriale constituent des objectifs louables auxquels nul homme de bon sens ne saurait s’opposer en principe. Cependant, comme le rappelle ce vieil adage français, « le diable se cache dans les détails », et c’est dans l’application concrète de ces réformes que se révélera leur véritable nature.
Que les gouvernants se souviennent toujours que « noblesse oblige », et que l’exercice du pouvoir implique des responsabilités envers le peuple tout entier, non point envers une oligarchie restreinte. Les beaux discours sur la stabilité financière, la professionnalisation des services et la modernisation technologique ne doivent point servir de paravent à la perpétuation d’un ordre inégalitaire où quelques privilégiés prospèrent tandis que la multitude peine à subsister.
L’avenir seul, ce juge impartial, nous dira si ces réformes auront véritablement servi l’intérêt général ou si elles n’auront constitué qu’un nouvel épisode dans cette longue suite de promesses non tenues qui jalonnent l’histoire des nations africaines depuis l’indépendance. Puisse la Providence éclairer nos dirigeants et leur inspirer la sagesse nécessaire pour gouverner avec justice et équité ! Car, ainsi que l’affirmait déjà Montesquieu, « toute puissance qui n’est point modérée par la vertu conduit infailliblement à la tyrannie ».

Par: Ben Djagba Salt Lake City 20 février 2026

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