Malgré des indicateurs macroéconomiques présentés comme encourageants, la réalité quotidienne des Togolais demeure marquée par de fortes privations. Selon la Dépêche n°1134 publiée le 24 février 2026 par Afrobarometer, trois quarts des citoyens vivent une pauvreté dite « modérée » ou « forte ».
L’enquête, réalisée en novembre 2024 auprès de 1 200 adultes sur l’ensemble du territoire national, met en lumière une précarité largement répandue. L’analyse de l’Indice de la Pauvreté Vécue, fondé sur l’accès aux besoins essentiels tels que la nourriture, l’eau potable, les soins médicaux, le combustible pour la cuisson et les revenus en espèces, révèle que 75 % des Togolais ont connu une pauvreté vécue modérée (45 %) ou forte (30 %) au cours des douze derniers mois. Seuls 25 % déclarent avoir vécu une pauvreté faible ou nulle.
Cette pauvreté se traduit par des privations concrètes et répétées. Ainsi, 90 % des personnes interrogées affirment avoir manqué de revenus en espèces au moins « quelquefois » durant l’année écoulée. Plus de la moitié, soit 59 %, déclarent avoir été confrontées à un manque de soins médicaux, tandis que 52 % évoquent des difficultés d’accès à l’eau potable. Près d’un Togolais sur deux, soit 49 %, indique avoir manqué de nourriture à plusieurs reprises, et 34 % rapportent des pénuries de combustible pour la cuisson.
Les résultats montrent également des disparités importantes selon les régions et les catégories sociales. La pauvreté vécue modérée ou forte atteint 88 % dans la région de la Kara, un niveau supérieur à la moyenne nationale. Elle est plus marquée en milieu rural, où elle touche 84 % des habitants, contre 64 % en zone urbaine. Les femmes apparaissent davantage exposées que les hommes, avec respectivement 78 % contre 73 %. Le niveau d’instruction joue également un rôle déterminant, puisque 91 % des personnes sans éducation formelle vivent une pauvreté modérée ou forte, contre 54 % chez les plus instruites. L’âge constitue un autre facteur aggravant, la proportion augmentant chez les personnes plus âgées.
Au-delà des difficultés matérielles, l’enquête met en évidence un pessimisme croissant quant à la trajectoire du pays. Près de 62 % des Togolais estiment que le pays va dans la mauvaise direction. En outre, 63 % jugent la situation économique nationale « mauvaise » ou « très mauvaise », et 62 % considèrent qu’elle s’est détériorée au cours des douze derniers mois.
Dans ce contexte, de larges majorités désapprouvent les performances du gouvernement en matière de gestion des défis économiques. Ainsi, 85 % critiquent la gestion de la stabilité des prix, 80 % déplorent l’absence de réduction du fossé entre riches et pauvres, 77 % estiment insuffisants les efforts en matière de création d’emplois et d’amélioration des conditions de vie des plus démunis, et 73 % désapprouvent la gestion globale de l’économie.
Malgré ce tableau fort affligeant, l’étude révèle qu’une partie non négligeable de la population conserve une certaine forme d’optimisme. Près de 47 % des répondants pensent que la situation économique pourrait s’améliorer dans les douze prochains mois. Cette coexistence entre espoir et difficultés persistantes traduit une société confrontée à une pression économique durable, où les performances macroéconomiques affichées peinent encore à produire des effets tangibles dans le quotidien des ménages togolais.
Joël D.
Source : Liberte.tg


