Que penser d’un ministre qui refuse de s’exprimer suite à des situations s’étant déroulées dans son ministère ? Brandir la menace de saisir l’autorité de régulation des médias au motif que le journal serait en train de le harceler ne fait que renforcer les soupçons de collusion avec le principal auteur des actes.
Lorsqu’un collaborateur use de prérogatives réservées à un ministre pour outrepasser ses pouvoirs ou poser des actes contre nature, il revient normalement au ministre de solliciter des médias pour apporter des clarifications afin de se dédouaner. Mais quand c’est plutôt le même ministre qui refuse de s’exprimer sur les tenants et aboutissants du problème, sa responsabilité devient pleine et entière ; et ce ne sont pas des menaces voilées qui vont réfréner l’obligation d’informer du journal « Liberté ».
A la suite de ce qu’il convient d’appeler le « passeportgate » (trafic de passeports de service) qui n’a pas fini d’éclabousser le Togo en général, et ce ministère dont nous taisons le nom, il est apparu des incongruités qui n’auraient pas dû se produire. Une situation qui, pour être démêlée, nécessitait la version de celui dont la signature a été abusée, le membre du gouvernement.
Ainsi, le 9 février 2026, nous avons sollicité un rendez-vous avec le ministre aux fins d’avoir sa version sur cette sulfureuse affaire. Mais lorsque le grand commis de l’Etat nous a rappelés le lendemain, c’était pour nous dire en substance que notre démarche s’apparente au harcèlement ; parce que le journal l’aurait contacté deux semaines auparavant sur un sujet et malgré sa réponse, nous avions publié un article le concernant. Et comme pour nous prévenir, le ministre dit se réserver le droit de saisir l’organe de régulation des médias au cas où nous publierions des choses portant atteinte à son honneur. « Je n’ai pas le temps de vous recevoir », a-t-il terminé avant de raccrocher.
Malheureusement, il en faut beaucoup plus pour dégonfler certains chiens de garde. Parce que, par les actes posés au sein de son ministère, c’est tout le Togo dont certains citoyens seraient désireux de se rendre aux Etats-Unis, qui est puni, étant donné que désormais, il est exigé de tout candidat au voyage, le dépôt d’une caution de 15 000 dollars US.
Au mois de mai 2023, le secrétaire général a autorisé des Togolais non en service audit ministère à se faire délivrer des passeports de service. Toujours en 2023, toujours sur instructions de ce ministère, celui des Affaires étrangères aurait demandé à l’ambassade des Etats-Unis de fournir des visas à trois autres Togolais au motif que ceux-ci se rendaient à New York pour participer au 2ème tour des consultations informelles sous la direction de la division des affaires juridiques et du droit de la mer des nations unies sur la thématique « Océans et droit de la mer ».
Entre-temps, des informations ont révélé que ceux ayant bénéficié des visas, ne travailleraient pas au sein du ministère. La confirmation vient de la lettre circulaire n°007/SSG/2024 portant sur la nouvelle procédure d’établissement des passeports de service.
« Il a été donné de constater que des passeports de service sont demandés et délivrés à des personnes qui ne sont pas des agents de l’Etat ni des collectivités ou de ses établissements publics. De même des autorisations de sortie du territoire national sont délivrées anarchiquement par certains départements ministériels. Cette pratique n’est pas sans préjudice sur la réputation, l’image de notre pays et la fiabilité des documents administratifs… », tel est le constat établi par le secrétariat général du gouvernement à l’attention des présidents des institutions, ministres d’Etat, ministres et ministres délégués.
L’information s’est avérée, vu que le secrétaire général, Kouété Koffi Afachawo a été mis aux arrêts et placé sous mandat de dépôt le 4 décembre 2023 par le juge du 8ème cabinet d’instruction pour « complicité de fausses déclarations et trafic illicite de migrants », suite à une plainte du ministre…
Mais 9 mois après, soit le 13 septembre 2024, le prévenu a été libéré sans procès et par ordre par le juge du 3ème cabinet d’instruction. La raison serait que le ministre plainant ne serait plus présenté pour la suite de la procédure. Vrai ou faux ? C’est justement pour informer l’opinion que nous avions pris langue avec l’intéressé. Sauf que, comme dit plus haut, il « n’a pas le temps de nous recevoir ».
Quel est le degré d’implication du ministre dans ce dossier, pourquoi n’a-t-il plus poursuivi sa démarche après avoir porté plainte, et qu’est-ce qui peut expliquer son mutisme après qu’il a été sollicité par le journal pour donner sa version des faits ?
Godson K.
Source : Libertetogo.tg

