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Togo- Faute de juges, la présumée s’auto-saisit

Dans un pays où les scandales financiers se banalisent, il est légitime de questionner son pouvoir judiciaire qui semble regarder ailleurs. Les révélations récentes n’ont rien d’un cas isolé. Avant elles, d’autres affaires, tout aussi troublantes, avaient déjà traversé l’espace public, suscitant indignation et débats. Puis, comme souvent, le silence. 

Ce n’est pas tant le scandale qui surprend, mais ce qui suit – ou plutôt, ce qui ne suit pas. Dans un pays normal, des accusations étayées enclencheraient sans délai des procédures visibles. Les juges s’autosaisiraient, les enquêtes avanceraient, les responsabilités seraient établies. Ici, la mécanique coince dès qu’il s’agit de deniers publics.

Et pourtant, la justice sait aller vite. Très vite, même. Mais à condition que la cible ne soit pas la même. Lorsqu’il s’agit de voix dissidentes, de critiques trop audibles ou de paroles jugées dérangeantes vis-à-vis du régime, ou de simple likes sur des contenus dits illicites (sic) sur les réseaux sociaux, là, la machine se met en branle avec une efficacité redoutable. Convocations, procédures, détentions : la balance fonctionne, mais elle semble n’obéir qu’à une seule gravité.

Une vieille formule attribuée à La Fontaine résume cruellement cette impression : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Difficile de ne pas y voir un écho troublant.

Dans ce contexte, le dernier épisode prend des allures de paradoxe. Celle que l’opinion place au cœur des soupçons choisit, elle-même, de saisir la justice. Non pas pour répondre à une convocation, mais pour en provoquer une. Comme si, face à une institution qui ne s’éveille pas d’elle-même, il fallait la contraindre à exister. Une justice sollicitée par ceux-là mêmes qu’elle devrait, en théorie, convoquer.

Le mot circule, de plus en plus ouvertement : impunité. Non pas comme une accusation isolée, mais comme un sentiment installé, presque banal. Une impression que certaines lignes ne seront jamais franchies, que certaines affaires, aussi rocambolesques que scandaleuses, resteront sans suite, quel que soit leur degré de gravité.

A force de ne jamais lever le petit doigt face aux soupçons de détournement, la justice finit par envoyer un message clair – même sans le dire. Et ce message, chacun semble l’avoir compris : ici, la balance ne penche pas au hasard. Elle penche toujours du même côté.

One thought on “Togo- Faute de juges, la présumée s’auto-saisit

  1. Espèrons que la justice togolaise fait son travail avec confiance, transparence et impartialité… Elle est censée ne pas faire du bruit autour des présomptions. A suivre…

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