Un rapport de Global Financial Integrity publié en janvier 2026 place le Togo parmi les dix pays africains les plus touchés par les flux financiers illicites liés au commerce. Pas en volume absolu, le Togo n’est pas le Nigeria. Mais en proportion de son commerce total, le tableau est brutal.
Sur la période 2013–2022, le Togo a enregistré 13,569 milliards de dollars de pertes cumulées liées à des écarts de valeur commerciale ce que les experts appellent pudiquement des « value gaps », et que l’on peut traduire plus directement par : de l’argent qui disparaît dans les interstices des factures falsifiées, des exportations sous-déclarées et des importations sur-facturées. En moyenne, 1,357 milliard de dollars par an. Soit environ 800 milliards de francs CFA s’évaporant chaque année des circuits économiques togolais.
26 % : le chiffre qui classe le Togo parmi les mauvais élèves
Ce qui distingue le Togo dans ce rapport, c’est moins le volume que la proportion. Selon les données de GFI, 26 % du commerce total du Togo serait affecté par des pratiques de misinvoicing sur la décennie étudiée plaçant le pays au cinquième rang africain en termes de ratio flux illicites/commerce total, derrière la Gambie (44 %), le Gabon (29 %), la Tanzanie (28 %) et le Ghana (28 %). Au-dessus de la moyenne régionale de 24 %.
Dit autrement : sur chaque tranche de 100 francs CFA échangés dans le commerce extérieur togolais, 26 francs font l’objet de manipulations suspectes. Ce n’est pas une anomalie statistique. C’est, selon le rapport, « une caractéristique structurelle » des échanges commerciaux de la région c’est-à-dire un système, pas un accident.
Comparaison régionale : Togo devant le Bénin, derrière le Ghana
Le voisinage immédiat offre un éclairage utile. Le Bénin affiche sur la même période un cumul de 9,909 milliards de dollars de pertes, soit un ratio géométrique moyen de 22 % quatre points en dessous du Togo. Lomé fait donc moins bien que Cotonou sur ce critère, ce qui mérite d’être noté pour deux économies de taille comparable partageant une frontière et un port concurrent.
Le Ghana, lui, est dans une autre catégorie. Avec 54,056 milliards de dollars de pertes cumulées et un ratio de 28 %, Accra figure parmi les cinq plus grands pourvoyeurs de flux illicites d’Afrique subsaharienne en valeur absolue. Sa taille économique explique en partie l’écart avec le Togo mais son ratio proportionnel, légèrement supérieur, indique que la fuite est aussi structurellement ancrée.
Ce que ces chiffres signifient concrètement pour le Togo
Le rapport GFI établit, à l’échelle continentale, que les pays africains à fort taux de flux illicites dépensent en moyenne 25 % de moins sur la santé et 58 % de moins sur l’éducation que leurs homologues à flux plus faibles. Appliqué au cas togolais, ce constat rejoint ce que dénonce le Cadre national de concertation pour le changement, signé le 13 avril 2026 à Lomé : une « manne financière qui, au lieu de subvenir aux besoins du peuple, sert à enrichir une classe dirigeante boulimique ».
Les chiffres GFI ne désignent pas de coupables nominatifs. Ils décrivent un mécanisme, la misinvoicing, la falsification des valeurs à l’import et à l’export, qui prospère là où la surveillance douanière est faible, la transparence des entreprises absente, et l’impunité garantie. Trois conditions que le Togo réunit avec une régularité que le rapport, sans le nommer, documente année après année depuis 2013.
Une tendance qui s’aggrave
Fait aggravant : à l’échelle régionale, le rapport note que les écarts commerciaux, après une légère baisse en 2020, ont atteint des niveaux records en 2021 et 2022, respectivement 139,8 et 152,9 milliards de dollars pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Le Togo suit cette tendance : ses chiffres de 2021 (1,197 Md) et 2022 (1,497 Md) sont parmi les plus élevés de la décennie, après un creux en 2019–2020.
En d’autres termes, la situation ne s’améliore pas. Elle empire.

