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Togo- À la TVT, le délestage existe… mais seulement en Côte d’Ivoire

Il y a encore quelques jours, nous dénoncions un reportage réalisé par la Télévision Togolaise (TVT) où quelques citoyens, soigneusement triés au montage, souriaient devant ses caméras et micros, déclarant qu’ils nagent dans le bonheur au Togo. Alors que la réalité et les statistiques des organisations internationales disent le contraire. On en était encore là, quand cette semaine, la même « chaîne mère » – chaîne mère de quoi, exactement, on se le demande – lors d’une de ses JT de 20 heures, diffuse fièrement le délestage chez nos voisins ivoiriens. Pourtant, les Togolais vivent la même situation depuis des semaines. À cela s’ajoutent les inondations dans les quartiers de Lomé, la capitale togolaise.

Mais ce n’était pas assez pour eux. Non. Après avoir trouvé les « Togolais heureux » dans leur studio, la chaîne a décidé de s’exiler mentalement vers la Côte d’Ivoire. TV5 Monde avait fait le reportage. La TVT l’a repris. Avec le sérieux des grandes rédactions.

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On imagine la réunion de Rédaction : « Les collègues, on parle du délestage ce soir ? Oui, mais lequel ? Celui d’Abidjan, évidemment. Le nôtre, on le connaît déjà, on vit dedans. Et puis, les Togolais sont habitués, pourquoi les déranger avec leurs propres problèmes ? »

Pendant que Lomé prend l’eau, que les Togolais tâtonnent leurs murs à la recherche d’un interrupteur qui ne sert plus à rien depuis deux mois, que les activités génératrices de revenu s’écroulent et que des familles cuisinent à la bougie, notre « télévision terrible » préfère nous infliger les malheurs du voisin. Comme si ça devait nous réconforter. Une leçon de solidarité, ou juste une insulte à l’intelligence de ceux qui payent les factures exorbitantes de la CEET ( Compagnie Energie Electrique du Togo) ?

Il y a peut-être une intention pédagogique. Un message fraternel, presque thérapeutique : « Vous voyez, chers Togolais, vous n’êtes pas seuls dans le noir. Vos frères ivoiriens aussi souffrent… il fait donc noir partout ».

C’est une forme de journalisme. Une forme très particulière, pratiquée avec constance et talent, qui consiste à informer les citoyens de tout ce qui ne les concerne pas et à les tenir soigneusement à l’écart de ce qui les concerne directement. La dernière fois, c’était le retour sur scène de Céline Dion qui était au menu de leur édition.

Pour rappel, le régime a englouti des milliards dans le secteur énergétique depuis des années. Contour Global : 146 millions de dollars, 73 milliards de francs CFA. Promis comme la fin du délestage, brandi en argument de campagne par Faure Gnassingbé en 2010. Résultat : 780 gigawatts/heure promis, une dépendance énergétique confirmée et un éléphant blanc qui broute tranquillement nos impôts.

Centrale thermique Kékéli : 60 milliards FCFA avalés en 2021, toujours aucune solution. Centrale solaire de Dapaong : 39 milliards financés par la Banque mondiale, pour électrifier 60 localités des Savanes à partir de 2026. On attend. Blitta : 9 milliards saoudiens. Projet CIZO, Fonds Tinga… et ainsi de suite, à l’infini. Le barrage d’Adjarala, initié en 1988, n’est toujours pas sorti de terre.

Des décennies de règne. Des centaines de milliards dépensés. Mais toujours rien. Le problème persiste.

La TVT excelle dans l’art du foutage de gueule institutionnel : le délestage en Côte d’Ivoire, pas au Togo. Voilà du journalisme.

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