Il paraît que les Togolais sont heureux. La TVT l’a prouvé… scientifiquement : elle a promené sa caméra dans la rue, trouvé quelques âmes souriantes, et voilà, le bonheur est officiellement togolais.
Micro tendu, réponses bien repassées : « la tranquillité », « l’hospitalité », « la paix », « la joie d’enseigner », « manger à 100 francs CFA ». À écouter ce micro-trottoir, le Togo ressemble à une carte postale où même la pauvreté sourit poliment.
Une dame est heureuse parce qu’elle a trouvé 100 francs CFA le matin pour « manger Ayimolou » (plat populaire local). Un enseignant rayonne quand ses élèves « admettent (ndlr, sont admis) ». Un autre citoyen remercie les autorités pour leur lutte contre le terrorisme…
Touchant. Vraiment touchant. On comprend mieux pourquoi le ministre Bob Dussey avait déclaré à l’ONU, la main sur le cœur, pendant que les manifestants se faisaient matraquer à Lomé : « Le Togo va bien, le Togo va même mieux ». Encore un peu, et on aurait cru que le Togo faisait partie des tops 5 des pays les plus heureux du monde. Ce qui n’est pas le cas, selon le Word Happiness Report 2025/2026.
Pendant que la TVT filme ce Togo version carte postale, un autre Togo, beaucoup moins photogénique, fait irruption… sans autorisation de tournage. Selon le dernier rapport d’Afrobarometer, plus de 75 % des Togolais vivent dans une pauvreté modérée ou sévère. 90 % manquent régulièrement d’argent liquide. 59 % peinent à accéder aux soins. 52 % à l’eau potable. Et près d’un sur deux manque de nourriture. Autant dire que le bonheur, là-bas, n’est pas en promo.
Pendant que certains parlent de « tranquillité », d’autres fouillent les dépotoirs à la recherche de riz avarié. Pendant que la TVT capte des sourires, Lomé nage sous les eaux, entre inondations et coupures d’électricité signées CEET. Le bonheur, oui… mais avec des bottes et une bougie.
Sur les réseaux sociaux, les Togolais n’ont pas tardé à réagir. Moqueries, sarcasmes, ironie : « C’est à croire qu’il y a deux Togo », lâche un internaute.
Et c’est sûrement vrai. Il y a d’abord, celui de la caméra TVT… et celui des Togolais. Dans le premier, on est heureux avec 100 francs CFA et une assiette chaude. Dans le second, on survit avec des coupures d’électricité, des routes impraticables, des hôpitaux défaillants et une économie qui tousse plus qu’elle ne respire.
Mais après tout, peut-être que le vrai génie du reportage est là : montrer que même dans la galère et dans la misère ambiante, les gens trouvent encore la force de sourire. Ou du moins… de répondre correctement quand la caméra passe.
Au Togo, le bonheur existe. Il suffit juste de bien cadrer.

