Dans le nord du Togo, aux confins de la région des Savanes, un phénomène discret mais profond est en train de transformer les villages : la ruée vers l’or. Chaque semaine, des jeunes quittent Dapaong, Cinkassé ou de petites localités rurales pour rejoindre les sites d’orpaillage du Burkina Faso ou du Mali, attirés par l’espoir d’une fortune rapide.
Ici, les départs se font sans bruit. « Aujourd’hui, dans beaucoup de villages, il n’y a presque plus de jeunes », témoigne Barka, habitant de la région. « Ils partent pour se chercher. Je peux dire qu’ils ont raison. » La pauvreté, le chômage et l’absence de perspectives locales poussent cette jeunesse à tenter sa chance ailleurs, malgré les dangers.
Pour Damhane, jeune diplômé sans emploi, la tentation est bien réelle. À 25 ans passés, il observe autour de lui des amis plus jeunes revenus du Mali avec motos et argent. « Tu te poses la question : est-ce que moi aussi, je pourrais le faire ? Tu fais des études, mais tu ne sais pas si tu seras inséré. Alors tu te dis que peut-être, il faut tenter l’aventure », confie-t-il.
Cette fascination pour l’argent rapide trouve sa source dans une réalité économique dure. L’agriculture, longtemps pilier de la région, ne suffit plus. « Elle ne nourrit plus, faute d’appuis, de moyens et de débouchés », explique Rabiou Alassani, conseiller municipal de Kpendjal 2 Borgou. Selon lui, l’orpaillage apparaît comme une échappatoire, même si les risques sont énormes : insécurité, exploitation, accidents, parfois la mort.
Les conséquences locales sont déjà visibles. Les villages se vident. Les écoles perdent élèves et parfois enseignants. Dans les champs, les bras manquent, la production chute, la pauvreté s’aggrave. Les familles se fragilisent. « Si rien n’est fait, à moyen ou long terme, notre région risque un abandon progressif des villages », s’inquiètent plusieurs acteurs locaux.
Face à cette situation, l’État togolais a lancé le Programme d’urgence de renforcement de la résilience dans la région des Savanes. L’initiative vise le désenclavement, l’accès à l’eau et à l’électricité, l’amélioration de la santé, de l’éducation et le soutien à la transformation agricole. Mais sur le terrain, ces efforts peinent encore à convaincre une jeunesse pressée de réussir.
En attendant, l’or du Sahel continue d’exercer son attraction. Et chaque départ est un pari : celui d’un avenir meilleur, loin de chez soi, au prix d’un exode silencieux qui fragilise tout un territoire.
IciLome avec DW (Deutsche Welle)


