Par N’djo
Le journal L’Alternative vient de révéler ce qui pourrait constituer un énième scandale financier d’ampleur. Il évoque des montants se chiffrant pour le moment en centaines de millions. Au cœur de cette affaire se trouvent deux femmes fonctionnaires qui auraient déposé plus d’un milliard de francs CFA comme épargne auprès de compagnies d’assurance.
Une révélation d’une telle gravité aurait, dans un État soucieux de transparence, provoqué une onde de choc, des enquêtes, des réactions officielles, des débats publics considérables. Mais chez nous, plus d’une semaine après, c’est toujours le silence, banal, prévisible. La règle reste toujours la même: il s’agit de ne pas faire de bruit, préserver « la paix », celle qui permet de gouverner sans aucune contrainte, quitte à laisser les pires des choses se passer sans aucun bruit.
On dit souvent que l’argent n’aime pas le bruit. Cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’argent d’origine douteuse. Dans ce cas, le silence est une stratégie, une nécessité pour ceux qui ont intérêt à ce que les affaires ne soient jamais éclaircies. Moins on parle, mieux l’argent circule et disparaît au feu rouge.
Que les autorités choisissent de ne pas réagir, cela peut se comprendre dans une logique de préservation du système. Mais l’absence de réaction des citoyens eux-mêmes, cela inquiète, car il s’agit ici d’argent public, donc de leur argent. Et pourtant, ils ne disent rien. Pas d’indignation, pas de débat, pas de mobilisation.
Le pays est plongé dans la torpeur. Plus rien ne surprend, plus rien n’émeut. Ni les réalisations positives, ni les pires scandales ne suscitent des réactions. La société s’est habituée à tout, y compris à l’inacceptable. A coups de matraque et de balles, le régime a réussi à créer une population figée, comme des corps à la morgue, incapables de s’indigner ou de se réjouir.
Une société où l’émotion s’est éteinte. Le pouvoir évolue sans contradictions ni contraintes. L’absence de pression de l’opposition, des médias et de la société civile (tous neutralisés) a créé un vide. Et dans ce vide, le gouvernement s’est installé confortablement, soutenu par des instruments de dissuasion comme le SCRIC, apparemment capables de faire taire toutes voix dissidentes. Exprimer une critique ou appeler à la vigilance citoyenne devient risqué, très risqué.
En l’absence de contrôle, les dérives se multiplient. Les détournements de fonds publics semblent naturels. Le gaspillage s’installe. Le travail bâclé se banalise et devient normal.
L’ampleur réelle du scandale présumé des deux femmes fonctionnaires n’est pas encore connue et n’est qu’un épisode de plus. Mais elle est déjà révélatrice d’un problème de mauvaise gouvernance et de démission collective du peuple.
Un pays ne se dégrade pas seulement à cause de ceux qui abusent du pouvoir, mais aussi à cause de ceux qui devraient s’indigner mais ne le font pas ou sont privés de la possibilité de le faire.
Source : Sikaajournal.com

