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Deux blocs de l´opposition togolaise pour le même combat. L´union est-elle vraiment impossible?


«…Peut-on à la fois vouloir renverser un système et négocier avec lui? Peut-on marcher dans deux directions opposées sans se perdre? La réponse est simple, implacable: c’est l’un ou l’autre. Les deux simultanément sont impossibles. Cette ambiguïté n’est pas une simple erreur rédactionnelle. Elle est une faiblesse stratégique. Et toute faiblesse stratégique, dans un combat asymétrique, devient une faille exploitable… » Rufin Gandah, un compatriote de la diaspora allemande

L´exposition de ce point de vue de notre compatriote engagé, comme beaucoup d´autres au Togo et dans la diaspora, pour la libération de notre pays, met l´accent, comme s´il en était encore besoin, sur le caractère ambigu et quelquefois contradictoire des prises de position de l´opposition ou des oppositions togolaises, en lutte contre le régime Gnassingbé, de père en fils, depuis plusieurs générations. Cependant, notre intention en écrivant cet article n´est pas de nous apesantir sur des critiques stériles des tenants de l´opposition togolaise.

« Cadre National de Concertation pour le Changement au Togo »(CNCC), voilà le sigle et la dénomination du tout nouveau regroupement de l´opposition, ou plutôt d´une partie de l´opposition togolaise. Une création d´un regroupement de l´opposition qui sonne comme du déjà vu, comme d´ailleurs cette phrase qui résume les principaux objectifs de la nouvelle organisation: « Mobiliser toutes les forces de résistance de l’intérieur comme de la diaspora pour la fin de la dictature au Togo. » Des objectifs plusieurs fois proclamés par divers regroupements de cette opposition togolaise depuis plusieurs décennies et plusieurs fois étouffés dans l´oeuf par le caractère impitoyable du régime de terreur. Et c´est tout à fait compréhensible que le peuple togolais, à travers son opposition, ne baisse pas les bras tant que ce pouvoir, incarné aujourd´hui par Faure Gnassingbé, ne serait pas prêt à mettre de l´eau dans son vin, en humanisant et en démocratisant sa gouvernance, comme cela se passe ailleurs. Et c´est pourquoi la création du CNCC mérite d´être saluée. Mais là où le bât blesse est que le CNCC, fraîchement porté sur les fonts baptismaux autour des leaders qui sont loin d´être des inconnus sur la scène de l´opposition togolaise, comme Jean-Pierre Fabre, Professeurs Wolou et David Dossey, ou encore Maître Apévon, pour ne citer que ceux-là, n´est pas le seul regroupement d´une opposition togolaise qui fait face au même régime de dictature depuis plusieurs décennies et qui appartient au même peuple dont il faut soulager les souffrances. En dehors donc du « Cadre National de Concertation pour le Changement au Togo », (CNCC), il existe un autre regroupement d´oppposants togolais, pas des moindres, qui tiennent également des réunions, dénoncent la mauvaise gouvernance incarnée par Faure Gnassingbé, appellent à un changement de régime et cherchent des voies et moyens pour y parvenir. Une organisation des partis politiques et d´associations de la société civile, mise sur pied et animée entre autres, par des leaders comme Madame Brigitte Adjamagbo Johnson de la DMP (Dynamique pour la Majorité du Peuple), des représentants de la DMK-Originale (Dynamique Monseigneur Kpodzro), Natahniel Olympio de «Touche Pas A Ma Constitution », Tchagnaou OURO-AKPO de LDP (Lumière pour le Développement dans la Paix,) et beaucoup d´autres, qui poursuit pratiquement les mêmes objectifs, que le CNCC; à savoir, s´organiser et organiser le peuple pour mettre fin au régime de dictature des Gnassingbé.

Alors si les objectifs sont et ont toujours été les mêmes pour la même vraie opposition togolaise, pourquoi ne pas se mettre ensemble pour le combat décisif, surtout que les Togolais et leur opposition ou leurs oppositions, ne sont pas à leur premier échec face à ce régime rétrograde qui a juré la perte de son propre peuple? Pourquoi, pour le Togo pour lequel tout le monde dit se battre, il n´est pas possible de former une opposition solide, à même de parler d´une voix? Voilà quelques-unes des questions que se posent des Togolais abasourdis devant tant d´incompréhension et de division entre ceux qui ont pris sur eux, depuis des décennies, de représenter le peuple. Malheureusement, les faiblesses humaines étant ce qu´elles sont, même en lutte contre une dictature de l´acabit de celle que subissent les Togolais depuis plus d´un demi-siècle, les jalousies, l´ego surdimensionné des uns et des autres et les problèmes de personnes jouent certainement un rôle dans ces travers que connaît l´opposition togolaise pour se mettre ensemble. En dehors de ces lacunes humaines, et d´après nos recherches au pays, auprès des uns et des autres, il existerait une grande différence de points de vue quant aux méthodes et à la manière avec lesquelles il faudrait désormais aborder la lutte pour en finir avec le régime Gnassingbé.

Pendant que les uns seraient favorables à l´organisation et à la sensibilisation du peuple pour un soulèvement populaire «à la Tikpi Atchadam», les autres, malgré les amères expériences faites par l´opposition depuis des décennies, quant à la mauvaise foi et au jusqu´au-boutisme du régime de dictature d´en face, semblent n´avoir pas appris la leçon et seraient toujours dans la logique électoraliste et des négociations avec le pouvoir dictatorial de Lomé. Si nous retournons à l´extrait des propos de notre compatriote de la diaspora allemande du début de l´article en reposant la question. « Peut-on à la fois vouloir renverser un système et négocier avec lui? », si nous évoquons ici les propos du Professeur David Dossey du Cadre National de Concertation pour le Changement au Togo (CNCC), parlant d´un possible refus du régime togolais de les laisser organiser le meeting du 9 mai 2026, nous sommes en droit de nous demander, si après plus d´un demi-siècle de dictature familiale de père en fils, avec son corollaire de gabégie économique, de népotisme, d´emprisonnements, de tortures et d´assassinats politiques qui continuent d´ailleurs, pratiquer aujourd´hui l´aplaventrisme de la part de l´opposition, en essayant de «faire gentil, gentil» face à un régime qui ne connaît que le langage de la répression aveugle contre son peuple, est la meilleure solution pour arriver à la vraie libération de notre pays. Pour l´amour du Togo et des Togolais, nous espérons que les deux blocs de l´opposition togolaise, dont les positions, quant à la manière d´en finir avec le dictateur, sont aujourd´hui divergentes les unes des autres, trouveront bientôt un terrain d´entente pour former une union solide.

Samari Tchadjobo

Allemagne

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