Lorsque sa fille a eu une forte fièvre, Jean n’a pas hésité : il s’est rendu au centre de santé. Cultivateur à Agokpo, dans la région des Plateaux, à environ 100 kilomètres au nord de Lomé, il se souvient du jour où sa fille Adèle, âgée de huit ans, y a été admise.
Au-delà de la rapidité de la prise en charge, ce qui l’a surtout marqué, c’est l’accueil et la clarté des explications. « À notre arrivée, elle a été testée. Les agents de santé nous ont expliqué qu’il s’agissait du paludisme. Ils nous ont donné le traitement, et à part le paracétamol, tout était pris en charge », raconte-t-il.
Son expérience est loin d’être isolée. Au Togo, le paludisme demeure un important problème de santé publique. Transmise par les moustiques, la maladie touche principalement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. En 2025, plus de 2,2 millions de cas et 939 décès ont été enregistrés. Malgré ces chiffres élevés, une amélioration progressive est observée : depuis 2019, les décès ont reculé de 16 % et l’incidence globale de 2 %.
Dans les zones rurales comme Agokpo et Asrama, l’accès aux soins reste parfois difficile pour les familles. La distance, les coûts et le manque d’information continuent de retarder la consultation, augmentant ainsi le risque de complications, en particulier chez les enfants.
Pour répondre à ces difficultés, le gouvernement a renforcé ses actions avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Cet appui s’est traduit de manière concrète : révision du plan stratégique national, élaboration du plan 2023–2026 visant une réduction de 65 % de la mortalité, et stratification épidémiologique nationale en 2022 permettant d’adapter les interventions district par district. Grâce à l’analyse régulière des données, les ressources sont désormais orientées là où elles sont le plus nécessaires, que ce soit pour la chimioprévention saisonnière, la distribution ciblée de moustiquaires ou le déploiement du vaccin dans les zones à forte transmission.
Parmi les mesures les plus structurantes figure la gratuité du diagnostic et du traitement, étendue à l’ensemble de la population togolaise. Tests de diagnostic rapide, médicaments pour les formes simples comme graves, tout est désormais pris en charge dans les formations sanitaires accréditées. L’OMS a activement soutenu la communication autour de cette politique et le suivi de la disponibilité des intrants, en veillant à prévenir les ruptures de stock. Ce changement a profondément modifié les comportements : les familles consultent plus tôt, ce qui permet d’éviter les formes sévères de la maladie. « Sans la gratuité, j’aurais sans doute attendu avant d’y aller », reconnaît Jean, qui insiste aussi sur les conseils reçus pour l’usage quotidien des moustiquaires.
Dans les centres de santé, les effets sont déjà visibles. À Asrama, Sèdomon Tchedjingni, responsable du centre médico social, constate une amélioration des pratiques. « Avant, certains parents hésitaient à venir à cause des coûts. Aujourd’hui, les enfants arrivent plus tôt et nous évitons davantage de cas graves », explique t il. Cette prise en charge plus rapide facilite aussi le travail des équipes et améliore les résultats.
Ces progrès s’inscrivent dans une stratégie nationale coordonnée par le Programme national de lutte contre le paludisme. Son coordonnateur, le Dr Somiabialo Atekpe, rappelle que la maladie demeure très présente. « Le paludisme demeure la première cause de consultation, mais les résultats montrent une dynamique positive grâce à la combinaison de la gratuité des soins, de la surveillance et des actions de prévention », indique t il.
Pour le Représentant de l’OMS au Togo, le Dr Nouhou Hamadou, les avancées reposent sur une action intégrée. « Quand la prévention, le diagnostic rapide et le traitement sont accessibles, les effets sont palpables. Il faut poursuivre ces efforts pour mieux protéger toute la population, en particulier les plus vulnérables, à savoir les femmes et les enfants », souligne t il.
Au-delà du soin curatif, la prévention joue un rôle tout aussi central. Moustiquaires imprégnées, chimioprévention saisonnière, traitement préventif chez les femmes enceintes, l’arsenal est large. Et depuis septembre 2025, il s’est enrichi d’un outil inédit : le vaccin antipaludique R21/Matrix-M, intégré au Programme élargi de vaccination et déployé sur l’ensemble du territoire national avec l’appui technique et financier de l’OMS. Faisant du Togo le 22e pays africain à franchir ce pas, son introduction marque une étape décisive dans la protection des plus jeunes.
À Asrama Fiokomé, Emala, couturière, a vécu de près l’impact de ces mesures contre le paludisme dans sa famille. Son aînée a été malade en 2025, une expérience marquante. Aujourd’hui, elle constate un changement avec son nourrisson, qui a reçu les doses du vaccin antipaludique. « Avec mon plus jeune enfant, je suis plus sereine. Jusqu’ici, il n’a jamais contracté la maladie », confie t elle.
Pour Emala, la régularité du suivi est essentielle. « Je respecte les rendez vous et les conseils du centre de santé. Cela me rassure et m’aide à mieux organiser ma vie », explique t elle, soulignant que cette stabilité lui permet aussi de se concentrer sur son travail et sa famille.
À l’échelle nationale, la combinaison de ces interventions commence à produire des résultats mesurables. Dans plusieurs districts, les équipes de santé constatent une baisse des cas chez les enfants et une diminution des hospitalisations pour formes graves. La majorité des patients sont pris en charge selon les recommandations nationales, et la couverture des interventions préventives reste élevée.
Des défis persistent toutefois, notamment pendant la saison des pluies, lorsque la transmission augmente, ainsi que dans certaines zones rurales où l’accès aux services de santé reste limité. Maintenir les efforts et renforcer les actions ciblées demeure donc essentiel.
À travers ces expériences, une même réalité ressort : des soins plus accessibles, une prévention renforcée et une confiance accrue dans le système de santé contribuent à réduire progressivement l’impact du paludisme au Togo.
Pour les familles, ces changements se ressentent dans la vie quotidienne. « Aujourd’hui, je suis plus tranquille. Je n’ai plus cette inquiétude constante de devoir courir à l’hôpital ou de payer les soins », dit Emala. Elle insiste aussi sur des gestes simples qui protègent ses enfants. « La vaccination, les moustiquaires, la consultation rapide… quand on suit les conseils des agents de santé, on voit vraiment la différence », affirme t elle.
Source: OMS Togo [Titre original – Gratuité et prévention : des enfants mieux protégés contre le paludisme au Togo]

