À travers une réflexion inspirée de l’Évangile selon Matthieu (10, 37-42), l’universitaire togolais Roger Folikoué met en garde contre trois grands dangers existentiels : l’absolutisation des liens familiaux, l’idolâtrie des œuvres humaines et l’égocentrisme. Il invite à reconnaître la primauté de Dieu comme fondement d’une vie authentiquement accomplie.
L’ ABSOLUITÉ DE DIEU EN FACE DE TROIS GRANDS DANGERS EXISTENTIELS
Par : Roger la Joie de la Croix FOLIKOUE
Tout être humain qui existe dans ce monde a ses géniteurs. Au plan biologique tout comme au plan métaphysique, on peut affirmer, sans aucun doute, que nos géniteurs ou nos parents sont nos présupposés.
Il y a ainsi un rapport d’antériorité qui nous relie à eux et qui exige le respect. Et, dans les conditions normales, cela crée une relation affective. Il est alors de toute évidence, et c’est une loi de la nature, que nos parents sont nos présupposés.
Mais le premier danger que nous rappelle le passage de Mt 10, 37-42 est que nos parents ne sont pas des présupposés absolus car eux aussi ont leurs présupposés.
Dieu se pose comme Le Présupposé Absolu, car Il est la Raison d’être de tout. Je peux ne pas connaître mes arrières , arrières grands-parents, mais le fait de ne pas les connaître ne supprime pas leur existence. Ainsi aimer ses parents, ses géniteurs et tous ceux qui jouent ces rôles pour nous c’est bien, c’est recommandé car souhaitable mais les prendre pour Dieu, c’ est prendre l’ombre pour la réalité ( cf le mythe de la caverne de Platon).
C’ est alors la première indignité proclamée par le Christ. Ce passage nous rappelle une exigence de la vie: Mettre Dieu à la première place est un acte de Reconnaissance. Quelle que soit notre puissance, sur tous les plans, nous demeurons des êtres finis et limités. Oublier cela est le premier danger existentiel indépendamment de nos religions.
*Ensuite, nous faisons tous et toutes l’expérience de nos nombreuses et immenses capacités.* *Nous sommes des inventeurs, des inventrices, et ainsi l’être humain n’ a cessé d’imaginer, de créer. Et cette puissance se déploie plus encore dans notre monde moderne.*
Nous sommes même parfois en admiration devant les différentes prouesses technologiques. C’est super mais …. Nos progénitures comme toutes les œuvres que nous réalisons et qui nous accordent, à juste titre, des raisons de gloire et de fierté, peuvent devenir pour nous des veaux d’ or. N’ est-ce pas cela l’idolâtrie ?
Aimer plus son fils ou sa fille , n’est pas une simple affaire de transmission de vie mais c’est prendre tout ce qui vient de nous pour notre Dieu.
Quand nous prenons nos créations, nos inventions, nos talents et nos charismes, qui nous confèrent une certaine prestance, pour Dieu, nous sommes sur la dangereuse piste de la deuxième tentation existentielle.
Faire de nos propres créations notre Dieu, c’est oublier l’éphémérité de notre monde. C’est aussi ne plus se souvenir du principe de sagesse de Qohélet : Vanité des vanités.
Aimer plus son fils ou sa fille n’ est plus uniquement une affaire biologique mais une tentation qui nous guette tous : prendre notre avoir, nos richesses, nos créations comme notre Dieu.
La tentation de l’inversion des Valeurs n’est- elle pas une tentation quotidienne?
Le rappel du Christ , nul ne peut servir Dieu et l’argent ne serait-il pas du même ordre?
La reconnaissance de l’ ABSOLUITÉ de Dieu n’est pas facultative.
Après avoir réaffirmé ces deux choses et nous mettre en garde contre deux graves dangers, Jésus, comme un guide , nous indique le chemin de notre croissance: prendre sa croix.
Il y a ici quelque chose de paradoxal. Personne n’aime la croix mais Jésus nous dit que prendre sa croix est le chemin de la vie. On peut croire que cela ne concerne que ceux et celles qui se réclament du Christ et pourtant ce qui est dit concerne tout être humain. Et il me semble que c’est ce qu’il fait en rappelant le principe de » celui ou celle qui veut conserver sa vie la perdra mais celui ou celle qui donne sa vie la gagnera ». Jésus, comme Maître spirituel, donne à chacun et à chacune la clé de la réussite : le don de soi.
N’ est-ce pas cela la croix à laquelle aucune vie humaine ne pourra échapper?
Une vie réussie et épanouie est une vie donnée et cela exige de nous, non pas le refus de la recherche des biens de ce monde et des intérêts, mais de ne pas vouloir nous prendre pour et de vouloir tout ramener à nous. Nous ne sommes pas le centre du monde.
Lutter contre l’égocentrisme est une croix à porter et c’est le chemin qui conduit à la vie qui est relation intrinsèque avec les autres et avec l’Autre.
Dieu est Dieu et le reconnaître c’est se découvrir, dans le monde, comme un Homo capax ( un être capable de) qui doit être branché sur le Générateur Source pour briller et comme cette Source est Amour, les traces de l’ Amour sont en nous et nous sommes invités au don de nous-mêmes.
Source : Afriqueenligne
