La décision de la Cour de justice de la CEDEAO a relancé le débat sur la crise politique au Togo ainsi que les appels au dialogue émanant de partis politiques, d’organisations de la société civile et de membres de la diaspora.
Parallèlement, certains activistes présents sur les réseaux sociaux continuent d’appeler à une insurrection, tandis qu’une partie de la population demeure silencieuse. Pour certains observateurs, ce silence s’explique par le traumatisme laissé par les précédentes manifestations. D’autres estiment que de nombreux citoyens ne souhaitent plus être entraînés dans des mobilisations politiques qu’ils jugent davantage motivées par la conquête du pouvoir que par la défense de leurs intérêts quotidiens.
Dans le même temps, les difficultés socio-économiques, notamment la vie chère et la précarité, continuent de peser sur les ménages togolais. Deux approches s’opposent désormais au sein de l’opposition. Les uns estiment qu’il faut créer un rapport de force par la mobilisation populaire avant toute négociation. « Nous ne sommes pas opposés au dialogue, mais le peuple togolais doit se mobiliser afin de nous donner un rapport de force », expliquent certains responsables politiques.
D’autres courants se revendiquent d’une stratégie plus radicale, considérant que seule une mobilisation de grande ampleur pouvant conduire à une insurrection permettrait d’obtenir un changement de régime. À l’inverse, d’autres acteurs restent favorables à une stratégie combinant pression populaire et dialogue, dans la continuité des pratiques observées durant les années 1990.
Le docteur Albert Kate, acteur de la diaspora, défend pour sa part une autre voie, un 1er dialogue direct avec le Président du Conseil Faure Gnassingbé. « Nous appelons à un tête-à-tête entre les acteurs politiques, la société civile, la diaspora, les religieux et le chef de l’État comme première étape. Une idée conclue à la conférence du 13 Décembre organisée par RAAL Diaspora et plusieurs points de discussions étaient proposés pour cet entretien avec le PC dont la libération des prisonniers politiques. Nous nous sommes réjouis de la libération de près de 1 500 détenus et estimons qu’il faut le convaincre pour dégager un compromis sur le cadre du dialogue sincère dont il a parlé, autrement dit, ouvrir un autre cadre en dehors du CPC, lui proposer l’agenda et le calendrier ». a-t-il affirmé.
Une telle approche ne nécessite ni mobilisation populaire ni affrontements avec les forces de l’ordre. Elle repose simplement sur une demande d’audience et sur la voie diplomatique pour un premier échange courtois. Malheureusement, depuis décembre dernier, les principaux leaders politiques semblent avoir privilégié une stratégie plus longue fondée sur les manifestations, avec le risque de provoquer davantage de dégâts collatéraux », précise-t-il.
Toujours selon le Dr Kate, les véritables motivations de cette démarche vers le PC résident avant tout dans la diligence pour alléger les souffrances économiques des populations plutôt que dans la décision de la Cour de justice de la CEDEAO.
Il estime également que certains acteurs politiques accordent davantage d’importance aux enjeux institutionnels qu’aux préoccupations immédiates des citoyens. « Le peuple attend avant tout, des réponses à la vie chère et aux difficultés économiques. Pour beaucoup de responsables politiques, les solutions aux problèmes politiques semblent passer avant les réponses aux préoccupations sociales. », soutient-il.
La faible mobilisation observée lors des récents appels à manifester nourrit également le débat. Certains y voient un manque d’engagement des Togolais vivant au pays, tandis que d’autres rappellent que les citoyens sont les premiers exposés aux conséquences des affrontements avec les forces de sécurité. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes invitent ainsi les membres de la diaspora à venir eux-mêmes constater les réalités du terrain.
Face à l’opinion publique, plusieurs responsables politiques peinent encore à préciser la durée de leur campagne de mobilisation ainsi que les objectifs concrets qu’elle poursuit, entre recherche d’un rapport de force, ouverture d’un dialogue ou changement de régime. Dans ce contexte, les attentes de la population restent principalement centrées sur des réponses rapides aux difficultés économiques et sociales qui affectent le quotidien des ménages togolais.
