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Tribune | Togo, Russie, Sahel : ce que chaque partenaire promet, et ce qu’il apporte

Renaud Dossavi, Journaliste – Ecrivain, Prix de la BAD, “Afrique de mes rêves”

Entre promesses et résultats, que rapportent réellement au Togo ses partenariats internationaux ?

Parler à tous a toujours été une force pour Lomé. Face à la menace qui pèse sur le nord du pays, le Togo discute avec ses voisins africains comme avec les Français, les Américains, les Chinois, les Turcs et désormais les Russes. Un accord de coopération militaire a été conclu avec Moscou en 2025, Faure Gnassingbé a été reçu par Vladimir Poutine le 19 novembre, et la première Commission mixte s’est achevée le 1er octobre. Cette ouverture multiplie les options. Reste à distinguer ce que chaque partenaire promet de ce qu’il apporte réellement.

Le Sahel invite à la prudence. Les dirigeants de l’AES mettent en avant les équipements reçus, les soldats formés, les localités reprises. Certains gains sont réels : selon le Global Terrorism Index 2026, les morts liées au terrorisme ont reculé de 45 % au Burkina Faso en 2025. Le pays n’en reste pas moins deuxième du classement mondial, avec le Mali et le Niger parmi les plus touchés. Au Mali, l’offensive du JNIM et du Front de libération de l’Azawad, lancée le 25 avril, a coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara, et l’Africa Corps s’est retiré de Kidal. L’armée dit l’avoir reprise le 6 octobre, avec son appui, après un repli du FLA présenté comme « stratégique ». Entre-temps, le JNIM a annoncé un blocus de Bamako. Une localité reprise peut être reperdue, et la part propre de Moscou dans ces résultats reste difficile à isoler.

Lomé a fait un autre choix. Le Togo reste « pays ami » de l’AES sans rompre avec ses partenaires de longue date. Le 23 septembre, sur France 24, Robert Dussey a démenti toute présence de mercenaires russes, tout en reconnaissant des formateurs étrangers, français, chinois, américains et russes, qui accompagnent les équipements achetés, des hélicoptères par exemple. Renforcer les forces togolaises est nécessaire ; importer la stratégie d’un voisin ne l’est pas. Un point demeure sensible : des sources ouvertes ont signalé l’escale à Lomé, le 9 juillet, du cargo russe Mikhail Britnev, sous sanctions américaines, dont la cargaison aurait gagné le Mali. Aucune communication officielle n’en a précisé la nature.

La même grille de lecture vaut pour l’économie, où la diversification est déjà visible. Le port de Lomé a manutentionné environ 2,4 millions d’EVP en 2025, en hausse de 16 %, selon Lloyd’s List. Son extension, de plus de 500 millions d’euros, est soutenue par MSC et China Merchants Port Holdings, et une liaison avec le port turc de Mersin est en discussion, dans un commerce avec la Turquie qui dépasse 270 millions de dollars. Côté russe, les promesses devancent les résultats : le commerce pèse une dizaine de millions de dollars, les accords sur les investissements, les douanes et le transport restent à finaliser, sans montant annoncé, et la deuxième session de la Commission mixte n’est prévue qu’en 2028. Quant aux clients sahéliens du port, ils ont des alternatives : Abidjan a vu le transit vers le Mali bondir de 76,4 % en 2025.

Un partenaire peut appuyer une opération sans régler les causes de l’insécurité, livrer un équipement utile aujourd’hui dont l’entretien pèsera demain, financer un quai sans garantir que les emplois et les recettes restent au pays. Moscou défend ses intérêts, comme Ankara, Paris, Washington ou Pékin défendent les leurs. Ce sont ceux du Togo qu’il faut garder au centre, en demandant à chacun des résultats vérifiables, au bénéfice des Togolais plutôt que d’un cercle restreint ou de grands schémas géopolitiques. Car au bout du compte, les accords, les échanges et les manœuvres n’ont de sens que s’ils servent nos peuples.

« Le but de la politique, c’est le bonheur. », que j’aime à repéter…Nos dirigeants ont le devoir de conduire, en définitive, au bien matériel et spirituel du Togo et de chaque Togolais : de quoi manger, se soigner, apprendre et travailler, mais aussi vivre en paix, dignement, avec confiance en demain. Dans cinq ans, on ne retiendra pas avec qui Lomé a signé, mais ce que chaque famille y aura gagné.

La question se pose de nouveau, donc…dans cinq ans, que restera-t-il de tous ces accords ?

A propos de l’auteur :

Écrivain, journaliste économique et blogueur, Renaud Dossavi (Ayi Renaud Dossavi-Alipoeh) est secrétaire général de PEN Togo depuis 2016. Auteur de plusieurs ouvrages, il a été distingué par plusieurs prix dont celui de la Banque africaine de développement, et suit de près les enjeux de gouvernance et de politique étrangère au Togo.

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