Comme à son habitude, le mouvement des étudiants panafricains de l’université de St Louis du Sénégal (MEPUS), est en fête, en célébration, en commémoration des indépendances africaines. A 65ans, âge de vérité et de vérification, le continent est à la loupe des panafricains. A travers cet écrit, les Afriques, les contraintes ou embûches du continent et une prospection solutions sont esquissés. Après, « l’Afrique de l’ouest un adulte mal dans son âge, de la prévalence de l’instabilité politico-militaire face à la pertinence de la piste fédérale » (Kanté, 2010, Nanterre Paris X, 50 ans des indépendances) ; la quintessence du débat des panafricains, aujourd’hui » (Kanté, 2020) suivi de «60 ans des indépendances africaines : Entretien avec le responsable scientifique du mouvement des panafricains de l’université de St louis » (Kanté, 2020, Aminata.com). Le responsable scientifique du MEPUS marque le moment, affute les arguments et balise l’horizon vers un retour radieux à notre passé prestigieux fait de grands ensembles, d’un fédéralisme prospères à travers l’adhésion à notre grand destin, les Etats Unis d’Afrique.
Le mouvement des étudiants panafricains de l’université de St Louis (MEPUS) est une structure de réflexions et d’actions panafricaines œuvrant pour une union féconde du continent. Pour ce faire, il travaille à l’érection dans toutes les universités et lycées africains d’associations panafricaines donnant un réseau motivant et pressant les élites africaines vers « notre grand destin, les Etats unis d’Afrique » (Dr Cheikh T Gadio, ex ministre des affaires étrangères sénégalais). Le panafricanisme dont nous nous réclamons est un mouvement de résistance, de solidarité et de libération qui est né parmi les Africains déportés en captivité dans les Amériques entre le xvie et le xixe siècle.
Il y a 65 ans, dix-sept pays africains accédaient à leur indépendance. Aujourd’hui, après 65ans de marche des indépendances, le continent africain est à nouveau ausculté, questionné pour faire le point sur ses succès, ses symptômes et les solutions envisagées à sa situation. Et cette tentative de diagnostic prescriptif, est tenue avec les yeux rivés sur l’objectif, le parti pris partout et pour tout prioritaire, les Etats unis d’Afrique. Ainsi, il s’agit, ici, d’une étude de la faisabilité et de la pertinence de l’option fédérale africaine. Et cet élan ancien mais persistant a connu et connait encore des entraves à sa matérialisation allant de l’intention politique défaillante aux conflits déchirants (actuellement, le conflit RDC-Rwanda, le conflit soudanais…) passant par les affres du sous-développement, l’absence d’une intégration économique effective. Le continent africain fait face aussi aux défis que sont la jeunesse de sa population et une démographie galopante source d’espoir mais exigeante (les pays du continent présentent la croissance démographique la plus importante de la planète), l’émigration dégradante de bras valides désabusés, les entorses à la démocratie et à la stabilité politico-sociale, le terrorisme internationale (Mali, Burkina, Nigéria, Somalie…), la scission de l’AES entrainant une autre fracture, la précarité socio-économique avec des besoins fondamentaux élémentaires insatisfaits : alimentation (Selon la FAO, aujourd’hui, près de 33 pour cent de la population d’Afrique subsaharienne soit environ 200 millions de personnes sont sous alimentés dont 60 pour cent dans des pays en conflit. Toujours, l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) indique qu’à l’horizon 2050, la population africaine doublera vraisemblablement, pour atteindre 2,2 milliards d’habitants). L’eau, éducation, l’enclavement, les défis environnementaux avec le changement climatique sont aussi prégnants (les incidences climatiques sur le développement avaient fait aviser des experts comme (Pierre Ozer, 2010) que d’ici 2020, les rendements de l’agriculture pluviale allaient chuter de 50°/° avec comme conséquences notables d’un tel fait, une augmentation des mouvements volontaires communément appelés migrations) … Face à toutes ces interpellations, les organismes d’intégration sous régionale (UMA, COMESA, CEN SAD, CAE, CEEAC, CEDEAO) et continentale (UA) planifient, agissent mais de façon encore trop symbolique, trop molle.
En effet, malgré des avancées, l’OUA devenue l’UA en 2002 et les organes panafricains sont souvent dans une position protocolaire quasi inefficace. L’organe panafricaine fait avec un défaut de « moyens de ses ambitions » (formule de Mitterrand), une observation, délibération et arbitrage stériles. Les moyens financiers et armés sont des manquements souvent ressentis. Si on prend l’exemple du président de la commission de l’UA sortant, le tchadien Moussa Faki, on voit un leader très au fait de la donne africaine mais se conduisant tel un journaliste, un observateur, or l’organe fédéral devrait avoir une prise sur la réalité, donner le tempo. Dans ce sens, un tribunal arbitral continental avec une force contraignante d’imposition des résolutions est un besoin urgent comme en témoigne les conflits RDC-Rwanda, celui soudanais où des belligérants martyrisent entre deux feux des populations civiles sans crainte de représailles.
Tout ceci sera possibilisé par des cotisations régulières des Etats membres et une activation de la force africaine en attente basée au Cameroun. Réactive, cette force à la manière de l’ECOMOG de la CEDEAO saura faire savoir raison gardée à ceux qui en dehors de tout mérite mais seulement par témérité retardent le continent (exemple des interventions en Sierra Léone, au Libéria et récemment en Gambie). Toutefois, cette force doit être impartiale, une incarnation de l’intérêt impersonnel comme y invitait le président Wade, les taxant de : « syndicat de chefs d’Etats ». La scission récente de l’AES aussi pointe du doigt cette iniquité de nos organes d’intégration où quand un chef d’Etat massacre son peuple ces institutions observent un mutisme et quand il est renversé, on assiste à une levée des boucliers (exemple de Condé en Guinée qui a fait couler le sang de son peuple pour un troisième mandat impunément).
Aujourd’hui, le fédéralisme, l’union prônés par nous panafricains est la solution à notre équation car allant avec une compensation des disparités et carences localisées d’où une intégration et un aménagement. Ils seront une mutualisation, une solidarité d’où plus de force, de sollicitude dans un continent où le passé fut fédérateur et l’histoire avec ses séquelles est unificatrice. L’Afrique, dans sa marche, a connu et connait des conflits déchirants, fractionnistes qui sont aussi une motivation supplémentaire à l’union préservatrice (exemple de l’Afrique de l’ouest souvent instable : « les Etats ouest africains avaient une forte propension à la violence politique » (P Mc Gowan et T Johnson, 1984). En effet, l’unité contraire du conflit est aussi solution au conflit. Mais aussi, de bonnes nouvelles sont à relever du coté du Maroc, du Rwanda, du Cap vert, de l’Afrique du sud avec d’encourageants progrès dans la marche de ces nations.
Cette positivité des perspectives si foi en soi, en l’union de l’Afrique est d’autant plus défendable du fait d’un besoin mondial multiforme d’Afrique ou les motifs de l’intérêt africain (Kanté, 2011, FESMAN). En effet, L’Afrique est un mendiant assis sur de l’or, voilà une formule populaire, et qui sied bien à la réalité africaine. En effet, elle possède 40% du potentiel hydro-électrique mondial, le gros des ressources mondiales de diamant et de chrome, 50% de tout l’or du monde, 90% du cobalt, 50% des phosphates, 40% du platine, 8% des réserves connues de pétrole et des millions et des millions d’hectares de terres arables inexploitées. Les atouts et atours africains, ne font ni l’objet d’un secret, ni d’un doute, tant ils sont consistants. Cela surtout, si l’on sait que le seul Zaïre dispose d’un potentiel de 600 milliards de KWH (10 fois la production hydraulique de la France). Alors que l’Afrique toute entière ne fournit que 45 milliards de kWh d’électricité hydraulique soit moins que la France…
La positivité des perspectives agricoles africaines est plausible, de nos jours où, de plus en plus l’exigence de qualité, le désir d’agriculture propre ; mais aussi la non rentabilité de l’intensification occidentale (l’épisode de déversement du lait en Europe par les éleveurs), surtout que L’UE régule les subventions à l’agriculture suivant ainsi les recommandations de l’OMC ou effets obligés de la crise, augurent de lendemains meilleurs pour l’agriculture périphérique, africaine. Les fertilisants surtout occidentaux sont d’autant plus indexés que leur mal dépasse les consommateurs, mais nuit aussi à l’environnement qui se dégrade, connaît des difficultés de régénération (sol comme végétation sans parler des eaux contaminées). L’étendue du territoire africain est aussi en mesure de produire toutes les cultures selon différentes saisons nous révèle le défunt agronome sénégalais Moussa Seck, théoricien des agropoles. Le marché africain constitué d’environ 1, 5milliard d’habitants, avec une dormance industrielle, d’où une dépendance en productions manufacturées pesante à l’Afrique, est favorable aux pays industrialisés. Malgré la ZLECA (Kanté, 2019, « Afrique, à l’heure de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), un début de matérialisation de l’appel des panafricains ? » in impact.sn, lejecos ), une initiative salutaire mais à concrétiser. Cette attractivité du marché africain est d’autant plus vraie que la main d’œuvre bon marché et les potentiels naturels et humains poussent de plus en plus à des délocalisations vers l’Afrique. L’Afrique consommatrice de nouvelles technologies, d’armement, d’expertise de pointe, bref un client insatiable qui gagnerait à s’industrialiser FUBU (for us, by us). Le besoin mondial multiforme que constitue l’Afrique est ainsi à considérer avec le besoin d’intégration et d’intelligence économique africain. Cheikh T Gadio, ex ministre des affaires étrangères sénégalais et Lionel Zinsou, ex premier ministre béninois, étaie eux aussi ce positivisme panafricain continental (Gadio et Zinsou, 2023).
Toujours, dans les mobiles et méthodes d’érection des Etats unis d’Afrique à l’an 65 des indépendances, notamment, du point de vue économique, les deux principales considérations théoriques justifiant la formation de blocs commerciaux sont l’effet d’allocation (le signal entre consommateurs et producteurs déclenche une production efficiente). De cet effet est dérivé, les «effets d’échelle et de variété» (Baldwin, 1997). S’agissant de l’effet d’échelle, c’est une rationalisation par un marché plus vaste avec moins de protection d’industries inefficientes. En effet de variété, l’intégration offre des commodités aux consommateurs et aux producteurs. Le deuxième effet majeur du régionalisme, l’effet d’accumulation s’observe dans les circuits de l’investissement et du commerce (Baldwin, 1997). Dans les marchés régionaux davantage de fournisseurs sont attirés vers le marché régional, d’où une concurrence profitable. La pertinence de ces théories intégrationnistes n’a pas échappé à la vigilance du Pr Cheikh Anta Diop qui s’étonnait du manque de compétitivité et d’intégration africain tant la viande d’Amérique latine était moins chère que la nôtre sur le continent. Ces exigences de connexion et coordination sont d’autant plus fondées que le pragmatisme des systèmes économiques étrangers concurrents, dans un monde globalisé, est redoutable (Cheikh Anta Diop, 1984).
Cette fragilité économique du continent a été mise plus en lumière par le COVID 19 et le conflit ukrainien. Dans ce sens, l’Etat fédéral africain gagnerait beaucoup à gérer une porte feuille de redynamisation, modernisation, connexion ou actualisation des canaux de production économique grâce aux innovations scientifiques et techniques, donc d’intelligence économique. En effet, éparpillée la voix de l’Afrique ne peut aller loin, et elle se trouve contrainte au consentement face aux puissants en regroupements. Ainsi, ce qui reste constant chez tous, est l’affirmation du (Pr. Makhtar Diouf, 1984) : « Pas de développement en Afrique sans intégration économique…L’intégration de la production un impératif pour l’Afrique ».
En somme, il est temps pour le continent africain d’avancer avec les avancés et d’attirer les attardés (ceux qui ne sont pas prêts). Ailleurs en Europe par exemple, tout le monde n’a pas été sur la ligne de départ, c’est la bonne fortune des 6, aujourd’hui 27, l’Union des records positifs représentant 450 millions d’européens sur une superficie de 4,2 millions de km2 qui a fait et continue de faire des émules tant les candidats à l’union sont soumis à des critères d’éligibilité. Ici, les leçons de notre fédéralisme passé mais présent avec le Nigéria et les contradictions actuelles territoriales, politiques, religieuses, sécuritaires de l’ancien empire du Mandé (Mali) à arbitrer avec une décentralisation intégrative constituent des cas d’école pour savoir s’unir. Et au moment où la scission de l’AES est actée c’est le lieu de dire que les initiatives pour mieux renouer avec nos frères sécessionnistes doivent être poursuivies : nous visons un plus grand et plus soudé ensemble et non une balkanisation accentuée.
Et donc, aujourd’hui, les perspectives africaines et panafricanistes sont positives si foi en soi, en l’unité africaine, solution à notre équation !
Sénégal, 02-04-2025
P B Moussa Kanté
Responsable scientifique du Mouvement des étudiants panafricains de l’Université de St Louis du Sénégal (MEPUS)
Chercheur en développement au laboratoire Lares (Université Gaston Berger de St Louis)
Positions d’un panafricain à l’an 65 des indépendances africaines: Les Afriques, contraintes du continent et prospection solutions
