Kétao, petite cité rurale et carrefour commercial majeur située à une vingtaine de kilomètres de Kara, dans la préfecture de la Binah, est aujourd’hui l’un des visages de la lutte contre la malnutrition infantile au nord du Togo. Au cœur de cette bataille silencieuse mais décisive : les Groupes de soutien à l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE), composés de femmes issues des différentes localités du canton.
Un constat préoccupant sur le terrain
Dans les communautés rurales comme urbaines, les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’allaitement maternel restent encore mal appliquées. L’OMS préconise un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois, puis la poursuite de l’allaitement jusqu’à deux ans ou plus, avec une alimentation complémentaire adaptée. Mais sur le terrain, les pratiques diffèrent souvent. « Dans nos milieux, il est fréquent de donner de l’eau ou d’autres aliments au nourrisson dès les premiers jours, parce qu’on pense que le lait maternel ne suffit pas », explique Assima Diawè, ingénieur en santé environnementale au centre médico-social (CMS) de Kétao.
Cette introduction précoce d’aliments ou de liquides autres que le lait maternel affaiblit le système immunitaire du nourrisson, favorise les maladies et peut entraîner des cas de malnutrition, parfois sévère. « Le lait maternel contient des anticorps essentiels. Quand on y associe autre chose avant six mois, l’enfant tombe plus facilement malade et ne grandit pas comme il se doit », ajoute-t-il.
Une réponse communautaire appuyée par l’État et l’UNICEF
Face à ce constat, le gouvernement togolais, avec l’appui de l’UNICEF, a mis en place des Groupes de soutien ANJE, formés essentiellement de femmes leaders communautaires. Leur mission : sensibiliser, accompagner et soutenir les mères dans l’adoption de bonnes pratiques nutritionnelles.
À Kétao, ces groupes ont été formés pour relayer les messages clés sur l’allaitement, l’hygiène et l’alimentation complémentaire à base de produits locaux. « L’UNICEF a financé la formation de ces femmes et leur a montré comment utiliser les ingrédients disponibles localement pour fabriquer des farines enrichies », précise Assima Diawè.

UNICEF/Togo/CombeyCOMBETEY
Maïs, sorgho, soja, haricots, voandzou, petits poissons séchés, moringa : autant de produits accessibles qui, bien combinés, permettent de préparer une bouillie enrichie répondant aux besoins nutritionnels des jeunes enfants.
Des femmes, vecteurs de changement
À Kadjanga, l’un des villages couverts par le programme, Abalo Essossimna, 42 ans, mère de deux enfants et femme leader ANJE, témoigne de l’impact concret de cette initiative. « On nous a appris à griller le maïs orange, le soja, les haricots, à ajouter des petits poissons et du moringa, puis à tout moudre pour faire une farine. Avec ça, on prépare la bouillie pour l’enfant matin, midi et soir, tout en continuant l’allaitement », explique-t-elle.
Après la formation, ces femmes restituent les connaissances acquises lors des réunions communautaires, des rencontres d’associations féminines ou au sein des ménages. « Quand tu enseignes à une autre femme et qu’elle voit que ton enfant ne tombe plus malade, elle comprend et elle accepte de faire pareil », souligne Abalo Essossimna.
Un relais essentiel du système de santé
Les Groupes de soutien ANJE travaillent en étroite collaboration avec les agents de santé communautaires (ASC), véritables ponts entre les populations et les formations sanitaires. « Quand une femme détecte un enfant qui ne va pas bien, elle alerte l’ASC. Celui-ci mesure le périmètre brachial pour identifier une éventuelle malnutrition », explique le docteur Tchondo Bawanm, médecin responsable du CMS de Kétao.

UNICEF/Togo/CombeyCOMBETEY
Selon la gravité du cas, l’enfant est soit pris en charge dans la communauté, soit référé au centre de santé. Après la prise en charge, le suivi nutritionnel se poursuit à domicile, avec l’appui des femmes ANJE. « Grâce à ce travail de proximité, les cas de malnutrition sévère ont considérablement diminué », se réjouit le médecin.
Des résultats visibles et durables
Au-delà des chiffres, les résultats se voient dans les communautés : des enfants en meilleure santé, moins de maladies, une meilleure croissance et des parents mieux informés.
« Ce que nous utilisons, ce ne sont pas des produits extraordinaires. Ce sont des aliments que la communauté possède déjà », rappelle le docteur Tchondo.
À Kétao, ces femmes engagées prouvent qu’en misant sur la sensibilisation de pair à pair, les produits locaux et le renforcement communautaire, il est possible de bâtir une réponse durable contre la malnutrition infantile.


