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Novissi peut-il résoudre le problème de la pauvreté au Togo

S’il y a une formule qui résume très bien le problème dont souffre le Togo, c’est celle-ci : le manque de respect pour l’intelligence du peuple. Dans presque tous les actes des dirigeants, on peut constater facilement un mépris persistant.

Ce mépris n’est pas abstrait. Il se manifeste dans le refus de rendre compte de la gestion des finances publiques, comme si l’argent de l’État n’était pas celui des citoyens. Il se lit dans le mépris vis-à-vis de la société civile, jugée incapable de porter des projets, et tout est décidé par le gouvernement, comme il veut, quand il veut. On voit ce mépris dans le fait que l’essentiel des entreprises et du commerce est confié à des étrangers, au détriment des Togolais. Le mépris s’exprime avec éclat dans le passage à une Cinquième République sans consultation populaire, comme si l’avis du peuple était accessoire lorsqu’il s’agit de redessiner les fondements de la nation. Le mépris se donne à voir dans les vingt ans que le Président Faure a passés au pouvoir, sans accorder une interview à un média togolais (sauf une seule fois à New World Faure-TV), comme si dialoguer avec ses propres concitoyens était une faveur.

À cela s’ajoutent les restrictions continuelles des libertés publiques, les intimidations, les violences policières maquillées en actes pédagogiques, « pour éduquer le peuple ». Au Togo, l’État se comporte trop souvent comme un tuteur face à des citoyens qu’il considère apparemment comme immatures. Condescendance, paternalisme et infantilisation : voilà, semble-t-il, les piliers de sa gouvernance.

Pourtant, l’histoire est sans appel : aucun peuple n’a jamais accédé au progrès dans le mépris. Aucune nation ne s’est développée en étouffant l’intelligence collective. La seule voie qui mène au progrès est celle de la confiance accordée aux citoyens, le respect de leurs libertés, de leur dignité et de leur capacité à penser, choisir et construire.

L’opération Novissi présentée comme une aide sociale peut à juste titre être considérée comme le couronnement d’une longue chaîne d’humiliations ayant conduit une grande partie de la population à la misère. Novissi n’est pas fait pour corriger l’injustice, il est fait pour gérer les conséquences de l’injustice ou même pour permettre à l’injustice de continuer, en anesthésiant le peuple.

À quoi peuvent réellement servir 25 000 francs CFA pour une famille écrasée par la pauvreté, enfermée dans l’ignorance et désorientée par la perte de ses libertés ? Cette somme, tombée comme une manne du ciel, sans préparation ni accompagnement, est vouée à être consommée dans l’urgence, sans planification, sans impact durable.

Si le peuple était respecté, si l’argent public était géré avec transparence, si les droits et les libertés étaient garantis, il n’y aurait pas tant de misère à compenser par des Novissi et autres dons ponctuels. La pauvreté chez nous est le résultat de mauvais choix politiques. Les Togolais n’ont pas besoin d’aumônes, ils ont besoin de bonne gouvernance, de justice, de libertés et de respect. Ils ont besoin qu’on cesse de les prendre pour des enfants et qu’on commence à les traiter comme ce qu’ils sont : des adultes, intelligents, dignes et capables de décider de leur avenir.

N’djo

Source : Sikaajournal.com

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