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Paris sportifs : quand le rêve de gagner piège la jeunesse togolaise

Ils promettent une sortie rapide de la précarité, un avenir sans diplôme, parfois même une revanche sur la vie. À Lomé comme dans d’autres villes du Togo, les paris sportifs se sont imposés comme un phénomène de masse chez les jeunes. Derrière les écrans de smartphones et les salles climatisées des bookmakers, c’est pourtant une réalité bien plus sombre qui se joue.

Samedi 10 décembre 2026. Quart de finale de la CAN Maroc 2025. La Côte d’Ivoire affronte l’Égypte. Pour Vivien, jeune plombier togolais, ce match n’est pas qu’un spectacle. C’est un pari sur son avenir. Il mise plus de 100 000 FCFA sur la victoire ivoirienne, convaincu de tenir enfin le « gros coup » qui lui permettrait d’acheter une moto et développer son activité. Cet argent ne lui appartient même pas : il devait servir à acheter du matériel pour un chantier.

Quand la Côte d’Ivoire est éliminée, tout s’écroule.

« J’ai tout misé parce que je voyais la Côte d’Ivoire favorite. Depuis le début de la CAN Maroc 2025, je gagnais de petites sommes. Mais ce match, je le sentais. Je pensais que c’était le bon », confie-t-il, abattu. Aujourd’hui, Vivien a perdu l’argent de son client et vit dans l’angoisse des conséquences.

Son histoire illustre un engrenage bien connu : l’illusion du contrôle. Beaucoup de jeunes pensent qu’en analysant les statistiques ou la forme des équipes, ils peuvent battre le hasard. En réalité, les plateformes sont conçues pour gagner, pas pour enrichir les parieurs.

Au Togo, des bookmakers comme PremierBet, 1XBet ou MelBet séduisent par des bonus, une publicité agressive et des témoignages de « grands gagnants ». Ces récits entretiennent l’idée que « ça peut arriver à n’importe qui ». Pedro, jeune graphiste, en est la preuve. « J’ai commencé en classe de première. J’ai misé une partie de mon écolage… Quand le Barça a marqué à la 93e minute, j’ai gagné une grosse somme pour moi à l’époque. Ça m’a marqué. »

Mais les gains sont rares et les pertes fréquentes. Pire, le phénomène touche désormais les mineurs. Dans certaines salles de paris, on croise des élèves encore en uniforme. Junior raconte : « Après les cours, on vient ici. Quand mes parents me donnent de l’argent, je garde une partie pour jouer. »

Les conséquences sont lourdes : décrochage scolaire, conflits familiaux, stress, addiction. « Quand un enfant continue de jouer aux paris sportifs, il compromet sérieusement son avenir », alerte le Dr Emmanuel Sogadji, président de la Ligue des consommateurs du Togo.

Dans un pays marqué par le chômage et le manque d’opportunités, les paris sportifs exploitent une vulnérabilité profonde : l’espoir de réussir vite. Sans régulation stricte ni véritable politique de protection, ce business continuera de prospérer sur les rêves brisés. Et pour des milliers de jeunes, le pari le plus risqué n’est peut-être pas celui d’un match, mais celui de leur avenir.

Note éditoriale

Cet article est réalisé à partir du dossier d’enquête publié par notre confrère togopost.tg.

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