Au Togo, surtout dans les villages des Plateaux et de la Kara, la lutte contre la traite des enfants dépasse le simple sauvetage. À travers le Programme de coopération 2024-2026, le Gouvernement togolais, avec le soutien de l’UNICEF, mène des actions structurantes pour protéger, former et réinsérer les enfants victimes, en leur offrant non seulement un refuge, mais aussi les outils pour devenir acteurs de changement au sein de leurs communautés.
Au cœur de ce dispositif se trouve le Programme MPTF (Fonds fiduciaire multipartenaires), mis en œuvre entre le Gabon et le Togo et coordonné par l’UNICEF. Ce programme vise à lutter contre l’exploitation domestique, le travail forcé et le trafic transfrontalier. Il adopte une approche multisectorielle combinant prévention, protection, réinsertion et renforcement institutionnel.
Les résultats enregistrés à ce jour sont probants : 750 enfants identifiés et protégés, 400 familles appuyées pour la réinsertion, 180 agents frontaliers et acteurs judiciaires formés, et 12 comités locaux de vigilance rendus opérationnels. Mais derrière ces chiffres, ce sont des parcours humains qui témoignent de l’impact réel de ces actions.
Agnès, de victime à actrice de prévention
À Akparé, dans la préfecture d’Agou, Agnès, 20 ans, cinquième d’une fratrie de dix enfants, raconte son vécu : « Quand j’ai eu mon CEPD, mon oncle m’a proposé de travailler comme domestique à Lomé. J’y ai passé un an. J’étais maltraitée, mal nourrie et je n’ai jamais été payée. Quand j’ai voulu partir, on a refusé. »



Revenue au village sans ressources, son cas est identifié lors d’une mission de terrain menée par les services sociaux avec l’appui de l’UNICEF. « Une délégation de l’UNICEF était venue dans notre village. J’ai raconté mon histoire. C’est comme ça que j’ai pu signer un contrat d’apprentissage. J’ai déjà fait six mois sur les trois ans. »
Aujourd’hui, Agnès est accueillie dans une famille d’accueil, qui est aussi son cadre d’apprentissage. Elle témoigne de son quotidien : « Je me sens bien chez ma tutrice et son mari. À 7 heures, nous sommes déjà à l’atelier et nous respectons les heures normales de travail. Quand je finirai l’apprentissage, je veux ouvrir mon propre atelier grâce à l’appui du gouvernement. »
La famille d’accueil, un maillon essentiel
Sa tutrice, qui l’héberge et la forme, confirme son intégration : « Agnès est une bonne personne. Elle est encore jeune, elle fait ce qu’elle peut. Depuis qu’elle est ici chez moi, je n’ai pas encore remarqué d’écarts. ».
Son époux, également membre de la famille d’accueil, salue l’initiative tout en lançant un appel : « Agnès fait ce qu’elle peut. Je veux remercier le gouvernement pour son programme, mais je profite pour souligner qu’il faudrait nous accompagner davantage, parce que beaucoup de choses restent à faire. »
Un accompagnement structuré pour prévenir les rechutes
Dans la région des Plateaux, ils sont au total 40 enfants dont 26 filles à être réinsérés en apprentissage dans cinq préfectures ciblées. Les familles d’accueil jouent un rôle central : souvent, la tutrice est aussi la formatrice, ce qui sécurise le parcours de l’enfant et renforce l’efficacité de l’accompagnement, explique Pierre Paniza, chef division Plateaux. Le programme comprend également des sessions de parentalité positive et de dialogue communautaire, pour sensibiliser les parents aux risques de la migration et déconstruire les perceptions sociales sur la traite.


« Environ 90 % des enfants partis chercher des moyens reviennent sans rien, parfois malades. La pauvreté joue un rôle, mais l’ignorance est un facteur déterminant », rappelle Pierre Paniza.
Pour garantir la réussite des apprentissages, les enfants bénéficient de kits alimentaires et de matériel professionnel, leur permettant de suivre leur formation dans de bonnes conditions.
« Sans accompagnement, les enfants repartent au point de départ. Avec l’appui de l’UNICEF, nous assurons le suivi régulier et préparons leur installation après l’apprentissage, en leur fournissant le matériel nécessaire et un local pour travailler », précise Nanou Idrissa, Directeur préfectoral des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance.
Au-delà de la formation professionnelle, le programme inclut des sessions de Compétences de Vie Courante (CVC). Les enfants y apprennent à prendre des responsabilités et à sensibiliser leurs pairs et parents.
« Les enfants identifiés comme Agnès servent de modèles dans leurs communautés », souligne Pierre Paniza. Ces sessions permettent de partager leur expérience, d’alerter sur les dangers de la migration précoce et de renforcer les pratiques de parentalité positive au sein des communautés.
Un impact durable pour la communauté
À travers ces interventions, le Gouvernement togolais et l’UNICEF démontrent que la lutte contre la traite ne se limite pas au sauvetage : elle se construit sur le long terme, en restaurer la dignité, l’autonomie économique et la participation active des enfants à la vie de leur communauté. Ces jeunes deviennent non seulement des bénéficiaires, mais également des acteurs de prévention, capables de sensibiliser leurs pairs et les parents sur les risques de la traite.
Le cas d’Agnès illustre cette dynamique : de victime d’exploitation à future entrepreneure et messagère dans sa communauté, elle incarne le succès du partenariat entre l’État, l’UNICEF et les acteurs communautaires, prouvant qu’un accompagnement global et durable peut transformer profondément la vie des enfants vulnérables au Togo.


