À Pyramide FM, la parole semble libre… tant qu’elle ne concerne pas les conditions de travail. Cinq journalistes titulaires de l’une des radios les plus écoutées de Lomé viennent d’en faire l’amère expérience. Leur tort ? Avoir osé demander l’essentiel pour exercer leur métier : du matériel fonctionnel, un minimum de protection sociale et le respect des droits élémentaires du travailleur. Résultat : licenciement sec, immédiat, estampillé « faute grave ».
Les journalistes concernés – Richard Aziague, David Cudjoe Amekudzi, David Assimadi, Maruis Attor et Jean-Jacques Snoby Attikpo – ont été remerciés sans préavis par la direction du Groupe Média Pyramide, dirigé par le député UNIR, Germain Wona. Une décision brutale, qui soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Wona Kokouvi Germain PDG du Groupe Pyramide FM
Des journalistes sans crédit, sans matériel, sans protection
Tout commence pourtant de manière classique. Le 15 décembre 2025, les journalistes adressent un courrier à la direction. Ils y dressent un état des lieux peu reluisant : suppression des crédits de communication pourtant indispensables au travail journalistique, matériel défectueux compliquant l’enregistrement des émissions et la production des journaux, difficultés techniques devenues chroniques.
À ces obstacles professionnels s’ajoutent des manquements sociaux lourds : pas de déclaration à la Caisse nationale de sécurité sociale, aucune assurance maladie, pas de congés, alors même que les intéressés travaillent comme permanents. Autrement dit, une rédaction exposée, sans filet, priée d’informer coûte que coûte. La direction ne répond pas.
Un préavis… puis un recul
Face à ce silence, les journalistes déposent un préavis de grève, conformément aux usages. Mais la grève n’aura jamais lieu. Un intermédiaire est envoyé pour calmer les esprits. Les journalistes acceptent le dialogue et écrivent pour suspendre leur préavis. Le message est clair : priorité à la discussion.
Une rencontre a ensuite eu lieu avec le PDG. Mais, selon les journalistes concernés, l’échange a tourné court. « Le PDG nous reçoit pour qu’on discute. Mais au lieu de voir le fond de nos revendications, il se contente de s’intéresser à la forme de nos lettres : les tournures, les verbes, les phrases, etc. Hier (mercredi, ndlr), le 7 janvier, nous avons envoyé un autre courrier pour le remercier de la rencontre. Puis, ce midi, il nous a envoyé une lettre de licenciement avec effet immédiat, avec comme motif une faute grave », a confié l’un des journalistes concernés.
Une grève qui n’a jamais existé… mais qui coûte un emploi
Dans les lettres de licenciement, la direction reproche aux journalistes une action revendicative irrégulière, un préavis de grève prétendument exécuté en violation du Code du travail, un défaut de loyauté et des manquements professionnels répétés.
Un détail intrigue : la grève n’a jamais été observée.
Comment reprocher l’exécution d’un mouvement suspendu ? Comment parler d’atteinte aux intérêts de l’entreprise quand les journalistes ont précisément renoncé à l’arrêt de travail pour privilégier le dialogue ?
Un signal inquiétant pour toute la profession
Au-delà des cinq journalistes licenciés, l’affaire pose une question plus large : que devient le droit de revendiquer dans les médias privés togolais ? À Pyramide FM, réclamer un minimum de dignité professionnelle semble désormais assimilé à une faute capitale.
Cette décision plonge plusieurs familles dans la précarité et installe un climat de peur dans une profession déjà fragile. Informer sans droits, produire sans moyens, se taire pour conserver son poste : voilà le message que beaucoup disent avoir entendu.
Le dossier pourrait désormais quitter les studios pour les bureaux de l’inspection du travail, voire les tribunaux. En attendant, à Pyramide FM, les ondes continuent de vibrer. Mais pour cinq journalistes, le silence est désormais total.
À suivre.


