Selon Kathryn Reid de World Vision, des millions de femmes et de filles en Afrique passent plus d’une heure par trajet à aller chercher de l’eau pour leur survie quotidienne, ce qui met en évidence d’importantes lacunes en matière d’infrastructures hydrauliques. La plupart des familles doivent effectuer ce trajet plusieurs fois par jour. Le défi est aggravé par le fait que peu de routes mènent à ces points d’eau.
Dans de nombreuses zones rurales, où les infrastructures pour répondre aux besoins les plus élémentaires sont quasi inexistantes, les populations creusent pour trouver de l’eau ou la puisent dans des mares contaminées. Pire encore, elles doivent parfois gravir des terrains escarpés, éviter les abeilles et les serpents, et rester constamment vigilantes face aux bandits susceptibles de leur faire du mal.
Blessing Dagin, du réseau HUDE, une initiative médiatique sud-africaine axée sur la jeunesse, affirme que les projets d’infrastructures doivent commencer par des « équipements sociaux nécessaires à une existence humaine réussie ». Elle souligne que le développement des infrastructures est un moteur clé du progrès de l’Afrique, capable de stimuler la croissance économique, le développement humain et la réduction de la pauvreté, tout en inspirant confiance dans le potentiel futur du continent.
Pas de baguette magique
Il serait idéal que les pays africains puissent faire apparaître des milliards de dollars pour financer les projets d’infrastructures nécessaires. Cependant, contrairement aux pays occidentaux développés, les ressources financières sont limitées. Cette situation peut susciter des inquiétudes quant à la faisabilité des progrès. Pour de nombreux pays africains en difficulté, le service de la dette dépasse souvent leur capacité à financer des projets essentiels, ce qui souligne la nécessité de stratégies de financement plus créatives.
Par exemple, des chiffres récents de la Banque africaine de développement indiquent que, collectivement, les pays africains n’investissent qu’environ 4 % de leur produit intérieur brut (PIB) total dans leurs infrastructures. Selon un récent rapport de l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA), cela laisse un déficit annuel de 70 milliards de dollars entre les fonds alloués aux projets et les besoins globaux.
Le déficit d’infrastructures qui en résulte a créé une crise d’accessibilité financière dans les secteurs de l’énergie, du logement et des transports, selon Philippe Heilmann, expert en infrastructures gouvernementales en Afrique. L’électricité, lorsqu’elle n’est pas interrompue par des pénuries et des coupures, n’atteint qu’environ 65 % des foyers urbains. Dans les zones rurales, seuls 28 % des ménages ont accès à l’électricité. L’impact global de ce déficit se traduit par une croissance économique réduite et une augmentation de la pauvreté. L’urbanisation rapide pour accueillir des populations en expansion, ainsi que la corruption généralisée au sein de gouvernements instables, ne font qu’aggraver le problème.
Tous les acteurs s’accordent à dire que la réduction des déficits d’infrastructures en Afrique prendra en fin de compte plusieurs années, voire des décennies. Mais plus le comblement de cet écart tarde, plus celui-ci s’élargira. Pour réduire le temps nécessaire à l’obtention des financements, une convergence de stratégies est indispensable.
Des solutions créatives au problème du financement
Un récent rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) montre que l’investissement privé dans les infrastructures africaines reste limité en raison de l’aversion au risque et de l’augmentation du coût du capital. Le manque de transparence continue de décourager les investisseurs. Selon ce rapport, seuls 33 pays africains ont déjà reçu une notation de crédit de la part d’une agence centrale de notation.
Le coût du capital, c’est-à-dire le taux de rendement nécessaire pour compenser les risques liés à l’investissement, est souvent plus élevé en Afrique que dans d’autres régions du monde. Plusieurs études de l’OCDE suggèrent que le coût moyen pondéré du capital, en particulier dans le secteur de l’énergie, peut être jusqu’à sept fois plus élevé que dans les pays développés. En termes simples, le coût de l’emprunt pour les pays africains souhaitant financer des projets d’infrastructures se traduit par des taux d’intérêt élevés.
Selon des données récentes de la Banque mondiale, plus de 80 % du capital privé destiné aux projets d’infrastructures en Afrique provient d’investissements en fonds propres plutôt que de financements par la dette. David Kindness, expert en finance d’entreprise et expert-comptable agréé (CPA), explique la différence.
Il précise que les investissements en fonds propres consistent pour une entreprise à céder une part de propriété à un investisseur en échange de capitaux de fonctionnement. En revanche, dans le cas du financement par la dette, l’investisseur fournit des fonds qui doivent être remboursés avec intérêts, comme pour tout prêt.
Le recours aux fonds propres pour financer des projets d’infrastructures n’est pas idéal, car les investisseurs ont besoin de garanties quant à la récupération de leur capital au fil du temps. La seule façon d’y parvenir est d’investir dans des projets générateurs de revenus, tels que l’énergie, les ponts à péage et les établissements de santé privés. Étant donné que les écoles, les routes et les systèmes d’approvisionnement en eau ne génèrent généralement pas de revenus, il est beaucoup plus difficile d’attirer des investisseurs privés pour financer ces besoins essentiels.
Pour aider les pays africains à obtenir des financements pour de futurs projets d’infrastructures, les dirigeants mondiaux ont créé la Commission sur le coût du capital. L’objectif de cet organe d’enquête est d’analyser les raisons pour lesquelles le coût du capital, mesuré par les taux d’intérêt, est si élevé en Afrique. Une autre fonction de la commission est d’améliorer la transparence dans l’environnement de la notation de crédit. Elle fournit aux banques et aux investisseurs des informations précises sur les risques associés à un projet donné.
Aller de l’avant
D’autres initiatives comprennent des options de financement mixte, des garanties de prêt et des mécanismes avancés d’atténuation des risques, qui visent tous à améliorer le paysage des infrastructures. Toutefois, il reste à voir si ces stratégies aideront les nations africaines en difficulté à atteindre leurs objectifs déclarés. La perspective pour les fabricants et les détaillants des pays développés d’ouvrir de nouveaux marchés en Afrique et d’augmenter potentiellement leurs profits garantira leur engagement dans cette démarche.


