Encore un an et les Togolais auront bouclé les six décennies (60ans) du régime Gnassingtbé de père en fils. 60 années d´un régime d´exception qui a hypothéqué le destin de plusieurs générations de citoyens et de citoyennes togolais. Et c´est connu à travers le monde entier qu´un régime de dictature, qui a forcément à son actif de nombreuses violations de toutes sortes, et qui n´entend pas rendre compte, ne quitte jamais le pouvoir de son propre gré. Et c´est ce que le peuple togolais, à travers son opposition, avait compris en initiant des mouvements de contestation contre le régime de Gnassingbé Éyadéma au début des années ´90, pour une démocratisation du pays. De cette époque à nos jours la situation politique togolaise est en dents de scie, synonyme d´une crise politique permanente. Et au moment où de nouvelles rumeurs concernant un éventuel dialogue entre pouvoir et opposition font le tour des réseaux sociaux, nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler du plus grand dialogue ou assises au Togo que fut la conférence nationale de Juillet et août 1991.
Cette forme de pourparlers fut copiée du Bénin voisin qui l´initia avec succès en 1990. Et si la république du Bénin, notre voisin à l´est, avait profité de sa conférence nationale pour laver son linge sale en famille, c´était grâce à la bonne volonté d´un homme, Mathieu Kérékou; ce ne fut pas le cas pour le Togo. La conférence nationale togolaise, dite souveraine, n´était en réalité souveraine que selon la volonté du dictateur d´alors, Gnassingbé Éyadéma. C´est ainsi que les décisions de ces assises nationales qui écartaient peu à peu Éyadéma du pouvoir, comme ce fut le cas au Bénin, furent acceptées du bout des lèvres par ce dernier. Et les coups de force successifs contre le gouvernement de transition donnèrent lieu à des crises politiques régulières qui se terminèrent par des dialogues entre les leaders de l´opposition et un pouvoir qui ne cachait plus son aversion pour une vraie démocratie. C´était le début des interminables dialogues qui n´ont jamais vraiment résolu le problème togolais. Et la raison aujourd´hui de l´existence d´une crise politique permanente au Togo est le refus par le pouvoir en place d´une vraie démocratie avec alternance au sommet de l´état, sa résistance à une ouverture démocratique sincère comme c´est le cas dans certains pays de la sous-région.
Et c´est tout naturellement qu´un régime comme celui que nous avons au Togo, réfractaire à un quelconque partage sincère du pouvoir politique, n´organise pas de dialogues ou pourparlers avec l´opposition pour perdre le contrôle. Et c´est pourquoi ce n´est pas étonnant que les multiples dialogues inter-togolais depuis le début des années ´90, entre pouvoir et opposition, ne furent jusqu´à ce jour que de permanents marchés de dupes, où les conclusions n´ont jamais été appliquées de façon satisfaisante pour tout le monde. Avec toutes ces malheureuses expériences concernant la mauvaise foi du régime Gnassingbé quant à sa volonté à voir se résoudre de manière durable les problèmes politiques au Togo, la question qui se pose aujourd´hui est de savoir si on a encore besoin d´un dialogue qui n´aboutirait à rien, ou qui ne ferait que renforcer ce régime contesté de part et d´autre par les Togolais. En dehors de la mauvaise foi du pouvoir d´en face, l´autre raison qui ne militerait pas actuellement pour un dialogue dont l´issue serait catastrophique pour le peuple et l´opposition, est le contexte politique actuel.
Au soulèvement populaire du 19 août 2017 initié par le PNP de Salifou Tikpi Atchadam, le régime de dictature, fortement ébranlé, avait répondu par une répression sauvage faite d´assassinats, d´arrestations, d´enlèvements et de départs en exil.
Depuis lors, toute manifestation de contestation du pouvoir de Faure Gnassingbé est, soit étouffée dans l´oeuf, soit sévèrement réprimée. L´opposition togolaise, divisée, n´est plus aujourd´hui que l´ombre d´elle-même. Et là où le bât blesse est qu´il semblerait, d´après nos recherches au pays, que des partis politiques de l´opposition, comme l´UDS, Santé du Peuple, Togo Autrement et le CAR joueraient des pieds et des mains auprès des représentants de l´Union Européenne et de Faure Gnassingbé pour obtenir un dialogue. Faure Gnassingbé est aujourd´hui tout puissant, pas parce qu´il jouit d´une légitimité quelconque; mais compte sur une armée très loin d´être républicaine pour continuer à être le maître du jeu malgré l’opposition des Togolais. Le rapport de forces n´est nullement en faveur de l´opposition et du peuple, bien au contraire.
Pour nous, pour qu´un dialogue ait un minimum de chance de réussite, malgré la légendaire mauvaise foi du pouvoir, il faudrait que le régime contesté soit affaibli d´une façon ou d’une autre. Un dialogue ou des assises au Togo à l’heure actuelle sera une occasion pour le régime togolais de dicter encore une fois sa volonté et de se renforcer encore plus. Il faudrait un mouvement d´ampleur de contestation, à l´instar du 19 août 2017, par exemple, qui pourrait ébranler encore une fois le régime et le faire douter. La peur doit d´abord changer de camp, comme dirait l´autre. Aujourd´hui, le fils à papa togolais se croit au firmament de son pouvoir basé sur une dictature pure et dure, et les populations togolaises, que ce soit au pays ou dans la diaspora, et le régime de terreur, se regardent en chiens de faïence. C´est pourquoi un dialogue de plus avec un régime de dictature qui n´a aucun intérêt à scier la branche sur laquelle il est assis, sans que rien ne l´y oblige, serait mal venu et surtout suicidaire pour la suite de la lutte pour le départ pur et simple de Faure Gnassingbé du pouvoir.
Samari Tchadjobo
Allemagne
Dialogue ou assises nationales: À quoi servirait un nouveau marché de dupes?



Je me demande pourquoi il y aurait une énième assise… Les gouvernants doivent éduquer leurs militants pour que les élections soient sécurisées. Il y aurait des militants d’Unir, membres des bureaux de vote, qui prennent l’initiative, de leur propre chef, de bourrer les urnes. Ils doivent être sensibilisés. L’opposition doit se mettre au travail et mobiliser ses troupes… Avec la vrai vérité des urnes, la transparence des urnes, point besoin d’assise… Le pouvoir se gagne par les urnes…