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Togo- Hémicycle : Ce que révèle le bilan de la stratégie Adjamagbo

Samedi, à l’occasion d’une rencontre citoyenne tenue à Lomé, la députée de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), Brigitte Adjamagbo-Johnson, a dressé un bilan détaillé d’une année de combat institutionnel mené depuis l’Assemblée nationale. L’opposante y a également affiché ses ambitions pour l’année 2026. Lisez ci-après l’intégralité de son discours ayant sanctionné cette rencontre.

RENCONTRE CITOYENNE POUR LA REDDITION DE COMPTE DE LA DEPUTEE DMP AU CENTRE COMMUNAUTAIRE DE TOKOIN 

Lomé, le 31 janvier 2026

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Mesdames messieurs

Chers concitoyens,

Je voudrais d’abord vous remercier d’avoir répondu à notre invitation.

Pour commencer nous saisissons l’opportunité de cette rencontre pour renouveler à vous tous ici présent et à nos compatriotes nos souhaits de santé et de courge pour continuer et achever le combat dans lequel nous nous sommes engagés depuis plusieurs décennies.

Que 2026 soit une page écrite par nous togolais et pour nous. 

Que la peur recule, et que l’espoir s’organise.

Mesdames messieurs

Chers concitoyens,

La rencontre citoyenne à laquelle je vous convie aujourd’hui s’inscrit dans un double esprit : faire une reddition de comptes à laquelle la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) s’est engagée devant les Togolaises et les Togolais, et réaffirmer nos responsabilités politiques, dans un contexte national marqué par une grave crise institutionnelle, sociale et démocratique.

Au lendemain des élections législatives du 29 avril 2024, la DMP a fait le choix difficile mais assumé de siéger au sein d’une Assemblée nationale issue d’un processus profondément vicié, marqué par des fraudes massives et par la volonté manifeste du pouvoir en place de réduire l’opposition à une présence symbolique, marginalisée et sans voix.

Ce choix n’a jamais été une adhésion à l’ordre imposé.

Il a été un acte politique réfléchi, fondé sur quatre principes clairs :

•             le respect dû aux électrices et électeurs qui, malgré tout, ont exprimé leur suffrage ;

•             la nécessité d’occuper un espace institutionnel permettant d’accéder légalement à des informations, des dossiers et des mécanismes de contrôle essentiels pour informer le peuple en lutte ; 

•             la nécessité de parler au nom du peuple togolais en lutte contre la 5e République et de défendre ses intérêts ;

•             la volonté de mener notre combat patriotique et démocratique sur tous les fronts, y compris là où le pouvoir pensait avoir verrouillé toute contradiction.

Mesdames messieurs

Chers concitoyens,

Permettez-moi de réaffirmer ici et avec force qu’aucun régime ne peut réduire la DMP au silence, à l’inaction ou à la résignation.

Tout au long de l’année 2025, au sein de l’Assemblée nationale, la DMP a assumé son rôle avec constance, courage et fermeté. C’est donc dans le cadre de notre devoir de redevabilité envers les populations togolaises qui sont nos mandants que nous vous avons invités aujourd’hui., 

Notre reddition de compte est organisée en trois points :

•             nos actes posés pour dire non à la 5e République ;

•             nos actions en matière de contrôle de l’action gouvernementale ;

•             nos prises de position dans ma mission de légifération.

REFUS DE LA 5e REPUBLIQUE

Mesdames messieurs

Chers concitoyens,

Conformément à sa ligne politique, la DMP a adopté, tout au long de l’année 2025, une posture de refus cohérent et assumé face aux mécanismes de légitimation de la Constitution dite de la 5ᵉ République, qu’elle considère comme anticonstitutionnelle, illégitime tant dans son origine que dans ses effets.

Boycott des évènements du 3 mai 2025 mettant en place les institutions anticonstitutionnelles de la 5e République illégitime.

En mai 2025, un an après la promulgation de la Constitution illégitime, le Togo connait des événements ayant concouru au coup de force contre la Constitution de la 5e République en 2025.  Le pouvoir exécutif, désormais entièrement issu du Parlement, a été installé sans passer par le suffrage universel. 

Le 1er mai 2025, l’Assemblée nationale s’est réunie en session extraordinaire pour reconnaitre la désignation par les militants du parti UNIR de leur chef comme le Président du Conseil. Ce dernier, concentre entre ses mains la quasi totalité du pouvoir exécutif. Il est officiellement investi dans ses fonctions dès le lendemain, le 4 mai, lors d’une cérémonie au siège du Parlement. 

Quelques jours plus tard, le 5 mai, le Congrès, réunissant l’Assemblée nationale et le Sénat, a élu le Président de la République réduit à un rôle honorifique et symbolique, donc ne disposant plus de pouvoirs exécutifs réels. Son investiture a lieu le 6 mai à Lomé, en présence des hauts corps de l’État.

La DMP et sa députée ont boycotté ces évènements et organisé parallèlement une conférence de presse de dénonciation de la poursuite du coup d’État entamé depuis décembre 2023.

Ces actes, présentés comme des formalités constitutionnelles par le pouvoir, constituent en réalité, aux yeux de la DMP et sa députée, des étapes de consolidation d’un ordre institutionnel rejeté par le peuple et par conséquent, dépourvu de légitimité populaire.

En refusant d’y participer, la DMP a voulu marquer face à l’opinion publique nationale et internationale, son refus de servir de caution, même indirecte, à des institutions issues d’un processus anticonstitutionnel et rappeler que la légalité ne peut se substituer durablement à la légitimité.

La constitution de la 5e République imposé de force a été et demeure rejeté par l’immense majorité des Togolaises et des togolais qui exige le respect de leur souveraineté 

Boycott du Congrès consacré au discours sur l’état de la Nation

Sept mois plus tard la DMP a également refusé de prendre part le 2 décembre 2025 au Congrès devant lequel Monsieur Faure Gnassingbé a prononcé son discours sur l’état de la Nation.

Ce refus s’explique par une conviction simple : on ne peut rendre compte de l’état réel de la Nation dans un cadre institutionnel qui est une négation de la souveraineté populaire.

Pour la DMP et sa députée, ce discours s’inscrivait davantage dans une logique de mise en scène institutionnelle que dans un exercice sincère de reddition des comptes. Assister à ces évènements aurait signifié accepter le simulacre de normalité démocratique, alors même que notre pays connait une grave crise de revendication de la souveraineté populaire et de rejet d’un régime auquel les togolais veulent mettre fin.

SOUTIEN AUX MOBILISATIONS CITOYENNES ET DÉFENSE DES LIBERTÉS PUBLIQUES

Mesdames messieurs

Chers concitoyens,

Notre souci au cours de l’année écoulée et conformément à la ligne politique de la DMP a été également de soutenir les efforts de mobilisation citoyenne du peuple togolais en lutte et de défendre des libertés publiques.

Ce soutien s’est notamment exprimé à l’égard du combat courageux mené par monsieur Tchala Essowè Narcisse alias Aamron, puis madame Essossimna Marguerite Gnakadè dont les prises de position et les actions ont contribué à insuffler un souffle nouveau à la lutte démocratique. Par leur engagement, ils ont brisé une forme de résignation ambiante et réveillé une jeunesse longtemps maintenue en marge du débat politique, en redonnant sens à l’action collective, à la parole citoyenne et à la revendication constitutionnelle de Djankassé à Cinkassé.

La DMP considère que ces mobilisations ont joué un rôle déterminant dans la reconfiguration du rapport de force citoyen. Elles ont permis de remettre au centre du débat public des préoccupations fondamentales telles que l’illégitimité des institutions actuelles la mauvaise gouvernance qui a installé une part importante des couches sociales dans la pauvreté, les violations des libertés publiques et individuelles ainsi que de la souveraineté du peuple togolais.

Toujours dans cette dynamique, la DMP et sa députée ont également soutenu par des appels vidéo les mouvements de jeunesse, en particulier le Mouvement du 6 juin ainsi que les manifestations citoyennes des 6, 26, 27 et 28 juin 2025, qui ont conduit à ébranler davantage le régime. 

Ces mobilisations ont démontré la capacité des citoyens, et notamment des jeunes, à s’organiser, à se mobiliser pacifiquement et à imposer un rapport de force symbolique face à des événements perçus comme déconnectés des réalités nationales.

Nous avons également accompagné le mot d’ordre appelant à manifester contre la tenue de la conférence panafricaine au Togo, estimant que l’organisation de tels événements ne pouvait se faire dans un contexte de négation des droits fondamentaux et de crise institutionnelle persistante.

L’analyse politique de la DMP et de sa députée est claire : ces actions constituent des succès, non pas uniquement par leurs effets immédiats, mais par leur impact profond sur la conscience collective, la politisation de la jeunesse et la remise en cause de la normalisation de l’illégitimité.

Malheureusement et comme d’habitude, face à ces mobilisations citoyennes pacifiques, la réponse du pouvoir a été marquée par une répression brutale et disproportionnée. De nombreux jeunes engagés dans les manifestations de juin, ainsi que dans la mobilisation citoyenne sur les réseaux sociaux, ont été victimes de violences, d’arrestations arbitraires et de détentions abusives. Certains y ont perdu la vie. Il est essentiel de renouveler notre soutien et notre courage à l’endroit des victimes. Nos pensées vont également aux familles des disparus, auxquelles nous adressons nos sincères condoléances.

Devant la gravité de ces faits, et face au silence coupable des institutions, mes deux collègues du parti ADDI, messieurs Gogué et Wrogna et moi avons pris l’initiative d’adresser une lettre au Président de l’Assemblée nationale demandant que le parlement demande des comptes au gouvernement sur les graves violences qui ont endeuillé le pays en réaction aux manifestations.

Notre démarche dénonçait le fait que le Parlement national ne se soit pas autosaisi des mouvements sociaux majeurs qui ont marqué le mois de juin 2025, alors même que ces événements relevaient pleinement de sa mission constitutionnelle de contrôle et de protection des libertés publiques.

Dans la continuité de cette initiative, nous avions adressé une question orale au Ministre de la justice et de la législation, Garde des Sceaux, portant notamment sur : 

•             la situation des jeunes ayant perdu la vie ; 

•             le sort de ceux qui ont été arrêtés et emprisonnés ; 

•             les responsabilités liées à la répression exercée contre des manifestations citoyennes pacifiques. 

À ce jour, aucune réponse n’a encore été apportée à notre interpellation parlementaire.

La non réaction de l’Assemblée nationale du Togo est un signe que l’institution ne se sent en réalité pas redevable aux populations togolaises, et est dans une logique d’accompagnement d’un pouvoir exécutif illégitime.

Pour la DMP et sa députée, la mobilisation citoyenne, en particulier celle de la jeunesse, constitue une composante essentielle du combat démocratique. La DMP et sa députée continueront en conséquence, à soutenir toutes les initiatives patriotiques pacifiques visant à défendre la Constitution, les libertés publiques, la dignité du peuple togolais et à œuvrer à la fin du régime soixantenaire dont les actions sont éminemment néfastes pour les togolaises et les togolais.

CONTRÔLE DE L’ACTION GOUVERNEMENTALE SUR LE TERRAIN

Mesdames messieurs

Chers concitoyens,

Au cours de l’année 2025, nous avons mené un travail constant de contrôle de l’action gouvernementale, en privilégiant une approche de terrain, au plus près des réalités vécues par les populations.

Ce contrôle s’est traduit d’abord par des visites dans les CMS de Kodjoviakopé et d’Adakpamé, afin d’évaluer les conditions d’accueil, l’accès aux soins et les dysfonctionnements signalés par les usagers qui nous ont sollicité. Ces constats ont donné lieu à des questions écrites adressées au Ministre de la santé et de l’hygiène publique, portant en particulier sur la situation préoccupante du CMS de Kodjoviakopé.

Nous avons a également effectué des visites dans les établissements d’enseignement primaire : 13 janvier ; Kélégougan ; Massouhoin ; Général Gnassingbé Eyadéma ; Kodomé et Boka. Ces descentes sur le terrain ont permis d’observer de graves insuffisances en matière d’infrastructures scolaires, de conditions d’hygiène, de cantines, de disponibilité des enseignants et de gouvernance des établissements. Ces constats ont été formalisés dans des questions écrites au ministre des enseignements primaires et secondaires, ainsi qu’un rapport transmis au Président de l’Assemblée nationale qui a par ailleurs reçu les vidéos permettant de voir les réalités observées sur le terrain.

Dans le domaine de l’urbanisme, nous avons procédé à une série de visites de chantiers à Lomé, notamment sur les boulevards Houphouët-Boigny et Mobutu, ainsi que dans plusieurs rues en réhabilitation. Ces visites ont mis en évidence des dysfonctionnements importants dans l’exécution des projets d’aménagement urbain. Une conférence de presse a été organisée pour restituer publiquement les résultats de ces constats. Elle a été suivie de questions écrites adressées au ministre de l’urbanisme, de l’habitat et de la réforme foncière, portant à la fois sur l’état des chantiers et sur les dispositions budgétaires prévues pour 2026.

Mesdames messieurs

Chers concitoyens,

Nous nous sommes aussi intéressés à un autre sujet éminemment important pour les Togolaises et les Togolais. Il s’agit des conditions de détention des prisonniers. Nous avons à cet fin effectué une démarche officielle d’information sur notre projet de visite de la prison civile de Lomé. Il est regrettable que le ministre en charge de la justice ait fait obstruction à la réalisation de notre activité en prétextant, à tort, dans sa réponse à notre lettre d’information que le contrôle de l’action gouvernementale par les parlementaires ne peut être que collectif et non individuel. Cette réaction montre une fois de plus que le régime que nous combattons est en réalité incapable d’avoir une gouvernance démocratique comme le réclament les togolaises et les togolais.

À travers l’ensemble de ces actions, la DMP et sa députée réaffirme leur attachement à un contrôle parlementaire sérieux, fondé sur l’observation directe, et la nécessité de remonter les préoccupations citoyennes afin qu’elles soient prises en compte. 

Participation à l’étude du budget exercice 2026 avec une volonté de défendre les intérêts et besoins des populations

Le budget de l’exercice 2026 est examiné et voté dans un contexte exceptionnellement grave, marqué par la crise née du coup d’État institutionnel contre la constitution de 1992, la confiscation des libertés publiques et individuelles avec comme corollaires la répression violente des manifestations et des arrestations arbitraires qui ont grossi le nombre de prisonniers politiques, un contexte enfin marqué par une situation économique et sociale alarmante.

L’analyse du Projet de loi de finances 2026 et des principaux documents qui l’accompagnent révèle un décalage structurel profond entre les priorités réelles des populations et les arbitrages budgétaires opérés.

Des secteurs sociaux structurellement sous-financés

Les secteurs à forte demande sociale restent marginalisés dans la répartition des ressources. L’analyse du budget montre ainsi que : 

•             l’éducation ne dispose que de 212,2 milliards FCFA (environ 7,7 % du budget total) ; 

•             la santé, 118,4 milliards FCFA (environ 4,3 % du budget total ; 

•             l’eau et l’assainissement : 25,0 milliards FCFA (environ 0,9 % du budget total) ; 

•             la justice 2,5 milliards FCFA (environ 0,09 % du budget). 

Par ailleurs, dans le budget, les investissements structurants sont sacrifiés au profit des dépenses de fonctionnement et les Projets Annuels de Performance (PAP) ont des objectifs ambitieux mais sans fonds conséquents, sans indicateurs de résultats précis et mesurables et sans grands moyens de pilotage (suivi, statistiques, digitalisation). 

A titre d’exemples :

•             au ministère de l’éducation nationale, 94,47 % du budget est absorbé par les dépenses ordinaires, laissant seulement 5,53 % pour les investissements structurants, pourtant indispensables pour résorber la pénurie de salles de classe, moderniser l’enseignement ou intégrer le numérique.

•             au ministère du genre et de la protection de l’enfance, le Programme de Pilotage absorbe 44 % du budget, alors que la protection de l’enfant ne dispose que de 408 millions FCFA, malgré des besoins qualifiés « d’insuffisance grave » en personnel, infrastructures et accompagnement social.

Budget dominé par le service de la dette

En 2026, près de 35 % des recettes de l’État seront absorbées par le seul service de la dette, réduisant drastiquement les marges de manœuvre pour les politiques sociales.

Cette situation place le pays dans une trajectoire budgétaire dangereuse, en contradiction avec les engagements pris auprès des partenaires techniques et financiers, et fait peser le poids de l’endettement sur les générations actuelles et futures.

Des entreprises publiques peu contributives : à quoi servent les ressources tirées du phosphate, du port autonome de Lomé et des autres entreprises publiques ?

Les principales entreprises publiques affichent des performances économiques significatives sans contribution proportionnelle au budget national. Les données financières transmises sur les principales entreprises publiques montrent un désalignement entre leurs performances économiques et leur contribution au budget national, comme l’illustrent les cas suivants :

•             le Port autonome de Lomé (PAL) produit plus de 52 milliards FCFA, avec une marge nette entre 13 et 17 %. Mais le Parlement national n’a aucune information claire sur les dividendes ou redevances versées au Trésor ;

•             la CEET est dans une situation critique avec une contribution fiscale de 3,6 milliards soit 1,5 % du chiffre d’affaires de 243 milliards ; des pertes nettes récurrentes, jusqu’à –59,1 milliards FCFA ; des investissements en baisse malgré la crise énergétique et curieusement des effectifs en hausse de 26 % sans amélioration de performance ; 

•             la TdE contribue au budget à hauteur de 307 millions FCFA, soit 1,5 % des produits, et ses charges absorbant jusqu’à 96 % de ses revenus ; 

•             la SNTP, en principe un des poumons économiques du Togo  ne donne au budget que 5 086 milliards FCFA, et 5 000 milliards dividende soit au total 6,5 % du produit d’exploitation.

Cette situation accentue la pression fiscale sur les ménages et les entreprises, tandis que des structures stratégiques échappent à toute exigence de rendement public.

Dans le cadre de l’étude du projet de loi de finances 2026, nous avons donc adressé un nombre important de questions écrites aux membres du   Gouvernement afin d’attirer leur attention sur les nombreux dysfonctionnements, incohérences et fragilités relevés au cours de l’analyse budgétaire. 

Ainsi 267 questions formelles ont été adressées à travers le Président de la commission des finances. Elles couvrent les finances publiques, les entreprises d’État, les secteurs sociaux (éducation, santé, eau, protection sociale), la justice et les droits humains, notamment les conditions de détention des prisonniers, l’agriculture, l’environnement, les transports, la gouvernance locale et la diplomatie, ainsi que la jeunesse, le sport et l’enseignement supérieur et finalement l’impact réel des programmes prévus pour 2026.

D’autres question portant sur le cœur même du budget de l’État, ont été adressées au Ministre des Finances et du Budget, concernant notamment l’analyse globale du Projet de loi de finances 2026, la structure et la soutenabilité des recettes, ainsi que la situation financière réelle de plusieurs entreprises publiques stratégiques. 

À l’occasion de cet exercice, la DMP a interrogé le gouvernement sur la contribution effective de la CEET, de la LONATO, du Port autonome de Lomé, de la SNTP et de la Togolaise des Eaux au budget national, au regard de leur poids économique et de leurs performances affichées.

L’ampleur et la diversité de ces interpellations traduisent la volonté de la DMP, à travers sa députée, d’exercer pleinement sa mission de contrôle parlementaire, malgré les contraintes imposées par le contexte institutionnel.

Elles illustrent également une démarche cohérente : mettre le gouvernement face à ses responsabilités, exiger des réponses claires, et défendre un budget orienté vers les besoins réels des Togolaises et des Togolais, plutôt que vers des équilibres comptables déconnectés de la réalité sociale.

CONCLUSION ET PERSPECTIVES

Mesdames messieurs

Chers concitoyens,

Au terme de cette conférence de presse, une réalité s’impose avec clarté : nous sommes restée fidèle à nos engagements auprès de la population et à la ligne politique de la DMP qui s’articule en deux axes : mener avec le peuple togolais le combat pour la fin de ce régime et l’alternance ; un combat qui passe par le combat contre la 5e République ; en attendant la fin du régime obliger les autorités illégitimes à prendre en compte les intérêts et besoins des togolais dans les projets de lois soumis à l’assemblée et dans les actes de gouvernement qu’il pose.

Tout au long de l’année 2025, nous avons mené le combat sur tous les fronts. Nous avons refusé toute légitimation d’un ordre constitutionnel imposé contre la volonté populaire. Nous avons assumé des choix politiques parfois difficiles, mais toujours cohérents, qu’il s’agisse de notre posture au Parlement, de notre soutien aux mobilisations citoyennes ou notre travail de contrôle de l’action gouvernementale qui a porté sur les besoins essentiels des togolais en matière de santé, d’éducation, d’infrastructure routière et d’équipements publics aussi importants que les marchés.

Face à une crise institutionnelle profonde, à une situation sociale alarmante et à une gouvernance budgétaire déconnectée des réalités du peuple, nous avons choisi comme députées DMP d’agir plutôt que de nous taire. 

Nous avons interpellé le gouvernement à travers 267 questions écrites, visité le terrain, documenté les dysfonctionnements, soutenu les victimes de la répression et porté la voix de celles et ceux qui n’en ont plus. A ce jour nous n’avons eu que deux réponses à nos interpellations.

En tant qu’élue du peuple, nous ne pouvons que nous réjouir de conter que les actions menées sur le terrain, telles que des bouteilles jetées à la mer, ne sont pas vaines. L’exemple du Centre Médical de Kodjoviakopé en est une illustration parlante. Lorsque j’ai effectué une visite de ce centre en février 2025, l’état des infrastructures était alarmant et ne permettait plus d’assurer des soins dignes et sécurisés aux populations. Cette visite, suivie de questions écrites et d’une interpellation publique, visait avant tout à rendre visibles des réalités que l’on préfère souvent taire, mais que vivent quotidiennement les usagers et le personnel de santé. Aujourd’hui le CMS a été reconstruit et équipé. Il peut à nouveau servir les populations en matière de santé. Cette évolution rappelle une vérité simple mais fondamentale : ce gouvernement ne réagit que lorsqu’il est mis face à ses propres manquements, lorsqu’on enlève le voile sur des situations qu’il voudrait invisibles. 

Je relance ici un appel solennel afin que les chantiers de réhabilitation de voies urbaines en souffrance depuis quatre ans au moins soient achevés cette année comme le gouvernement s’y est engagé devant la représentation nationale. Je réitère la recommandation invitant le gouvernement à améliorer le cadre et les conditions de travail des écoles publique primaires de la capitale comme de l’intérieur du pays avec un accent prioritaire sur l’EPP de Massouhoin qui est dans un état indigne d’un établissement scolaire situé à côté de la présidence et du ministère de tutelle. 

Je voudrais faire observer que le travail de dénonciation mené de façon constante par certains journalistes engagés, notamment Ferdinand Ayité, contribue également à créer ce rapport de force indispensable à toute avancée. Ce qui importe aujourd’hui, ce n’est pas la paternité politique d’une décision, mais le fait que des populations longtemps oubliées puissent enfin espérer accéder à des soins dans des conditions plus humaines. 

C’est précisément pour cela que le combat parlementaire, la vigilance citoyenne et la liberté de la presse doivent continuer à se renforcer mutuellement. Pour ma part, cet exemple renforce ma conviction que le rôle d’une élue ne se limite pas à voter des textes, mais consiste aussi à aller sur le terrain, à déranger, à questionner et à refuser le silence. C’est à ce prix que les lignes bougent, et c’est à ce prix que l’action publique peut, parfois, être contrainte de servir réellement l’intérêt général. 

Nous nous engageons à continuer à suivre les autres dossiers relatifs à la réhabilitation des voies urbaines afin que ces travaux soient enfin achevés et que les populations des quartiers Bè, à Lomé et à l’intérieur du pays puissent être soulagées.

Il n’y a pas de quoi crier victoire avec les petits résultats obtenus. 

L’analyse du budget 2026 confirme malheureusement un décalage profond entre les priorités affichées par le pouvoir et les besoins réels des populations. Un budget dominé par le service de la dette, des secteurs sociaux sous-financés, des entreprises publiques peu contributives et des programmes emblématiques sans résultats concrets. C’est pour toutes ces raisons que la DMP a voté contre la Loi de finances 2026.

Mais au-delà du vote, la DMP tient à réaffirmer un message essentiel : le combat pour la Constitution, pour les libertés publiques, pour la justice sociale et pour une véritable alternance démocratique ne se limite ni à un hémicycle, ni à un texte budgétaire.

La mobilisation citoyenne, en particulier celle de la jeunesse en 2025, a montré que le peuple togolais n’est ni résigné ni indifférent. Malgré la répression, malgré le silence institutionnel, malgré les tentatives d’intimidation, la conscience citoyenne progresse et le débat démocratique reste vivant.

Avant d’aborder les perspectives, nous voudrions adresser nos sincères remerciements au Groupe de veille citoyenne Milawoè et Djitri, animé sur Tik Tok par des compatriotes, qui ont collaboré avec nous tout au long du processus d’examen de la loi de finances 2026. Nous saluons la qualité, la rigueur et la constance du travail de ce groupe produit et diffuse par ailleurs des analyses économiques de qualité. 

Nous vous invitons à suivre leur live véritable outil d’éclairage sur la gouvernance financière et économique du régime, ainsi que ses impacts réels, souvent défavorables, sur le bien-être des Togolaises et des Togolais.

Pour ce qui nous concerne, comme élue de la République, nous continuerons d’assumer pleinement notre mission. Nous resterons debout aux côtés du peuple togolais, fidèle à la ligne claire de la DMP : refuser l’injustice, dénoncer l’illégitimité, défendre les droits fondamentaux et travailler sans relâche pour un Togo libre, juste et démocratique. 

Par ailleurs, comme député de la nation, nous entendons déployer aussi nos actions à l’intérieur du pays comme nous l’avions commencé en 2024 à Notsé, Atapkamé et Kpalimé, où nous avons eu des rencontres citoyennes de reddition de compte. Nous nous attacherons à poursuivre notre partenariat avec tous les groupes multiformes de citoyens qui souhaitent faire leur part dans cette phase de combat citoyen qui s’impose à nous pour libérer notre pays et le transformer afin qu’il ressemble au Togo que nous voulons.

L’histoire nous enseigne que les constructions politiques fondées sur la contrainte finissent toujours par céder. Nous sommes convaincues que la fin du régime actuel et le retour à un ordre constitutionnel légitime et à une gouvernance au service du peuple ne sont pas une question de « si », mais une question de « quand ».

Ce qui importe, c’est que chacune et chacun fasse sa part, avec la conviction profonde qu’aucune action patriotique n’est vaine lorsqu’elle est guidée par un objectif juste.

Comme le rappelle un proverbe africain bien connu : « Les petits ruisseaux font les grandes rivières. » 

Chaque action, aussi modeste soit-elle, contribue à bâtir le rapport de force nécessaire au changement. 

L’histoire de nos luttes nous enseigne que ce sont souvent l’accumulation des gestes courageux, la persévérance collective et la constance dans l’engagement qui finissent par faire tomber les systèmes les plus verrouillés autrement dit : « On ne renverse pas un baobab d’un seul coup de hache », dit un proverbe africain. Mais chaque coup compte, à condition qu’il soit porté dans la bonne direction.

C’est avec conviction, constance et responsabilité que nous poursuivrons le combat.

Je vous remercie.

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