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Togo : La 5ème République, ou l’art de l’inamovibilité

Togo : La 5ème République, ou l’art de l’inamovibilité

Par Rodrigue Ahégo

La Voix des Sans Voix

Au Togo, le passage à la 5ème République ne ressemble pas tant à une modernisation institutionnelle qu’à une habile manœuvre de survie politique. Derrière les ajustements techniques se dessine une réalité limpide : Faure Gnassingbé et son cercle restreint réécrivent les règles du jeu, en à la fin du temps règlementaire, pour ne jamais avoir à quitter le terrain. En tournant le dos à la Constitution du peuple, celle de 1992, le pouvoir RPT/UNIR ne fait pas qu’évoluer dans ses délires et dans l’obsession de Faure Gnassingbé, il contourne les garde-fous qui garantissaient, jadis, l’espoir d’une transition démocratique.

Le changement de règles est fait sur la seule mesure de Faure Gnassingbé, faisant du 19 avril 2024, une date qui marque un tournant silencieux mais radical. En basculant d’un régime présidentiel vers un système dit parlementaire, le RPT/UNIR a supprimé le suffrage universel qui est le dernier lien direct entre le citoyen et le sommet de l’État.

Désormais, le destin du pays ne se joue plus dans l’isoloir, mais dans les couloirs d’une Assemblée monocolore où s’entremêle des copains, copines, coquins, coquines. Et cette Assemblée dite nationale résulte des élections législatives hautement frauduleuses au cours desquelles des images devenues virales sur la toile, montrant la capacité de bourrages d’urnes, de traficotages de résultats… des militants et sympathisants du RPT/UNIR.

Avec le changement de règles dans les minutes additionnelles, l’exécutif change de nom, mais pas de main. Et le pouvoir réel glisse vers le “Président dit du Conseil”, nommé par de pseudos députés qui lui font allégeance et dont le siège constitue une gratification pour service rendu dans les opérations de fraudes électorales.

Son pouvoir demeure absolu : Diplomatie, armée, nominations stratégiques… toutes les clés de la nation sont concentrées comme toujours, dans ce nouvel habillage.

Et dans son rêve que personne n’arrive à lui expliquer, l’horizon lui semble infini. Contrairement à la présidence classique, Faure Gnassingbé, à son nouveau poste ne connaît aucune limite de mandat. Tant que le RPT/UNIR continuera d’alimenter et d’huiler sa machine à fraudes pour s’offrir la majorité des sièges à l’Assemblée nationale, tant que son machin de Sénat sera la table de banquet de ses serviteurs les plus loyaux, il reste en place. Indéfiniment.

L’illusion de la réforme

Si les autorités invoquent une “modernisation” de l’État, l’absence de référendum populaire trahit une certaine crainte du verdict des urnes, mieux le doute que les électeurs ne feront jamais aucun choix qui apportera une satisfaction à l’obsession de Faure Gnassingbé. Et il le sait très bien, mieux que quiconque. Il sait aussi que sa machine électorale a et beaucoup de mal lors des dernières élections législatives et que le record de bassesses et de fraudes électorales à été battue. Comment parler de progrès quand on retire au peuple son droit le plus fondamental, celui de choisir librement, à travers un processus électoral démocratique, inclusif et transparent, son dirigeant ?

Pour la société civile et l’opposition, le diagnostic est sans appel. Ce n’est pas une réforme pour le Togo, c’est une réforme pour un homme. Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, entame ainsi une nouvelle ère sous une nouvelle identité institutionnelle, effaçant d’un trait de plume les compteurs du passé qui affichaient 20 ans.

Un serment, deux réalités

Le 03 mai 2025, en prêtant serment comme “Président du Conseil”, Faure Gnassingbé a acté ce glissement à la fois dangereux et curieux. Il n’est plus le président élu par la nation, mais le chef d’un système qu’il a hérité de son géniteur et qu’il a lui-même contribué à façonner, mieux rebâtir. Ce “cinquième mandat” qui ne dit pas son nom produit le même effet qu’une présidence à vie. Il verrouille l’avenir et étouffe l’alternance. La communauté internationale en générale, l’Union Africaine et la CEDEAO le savent mieux que quiconque. Mais elles ont comme d’habitude, en ce qui concerne la curiosité togolaise, de faire le silence, le sourd-muet.

Le cri de la société civile

Face à ce verrouillage, la résistance s’organise et s’exprime malgré la pression, la répression, l’oppression, la violence, l’arbitraire, l’impunité.

La rue a grondé et grondera. Des citoyens ont manifesté et manifesteront jusqu’à la victoire finale, leur refus d’être mis devant le fait accompli, leur rejet de l’accaparement d’un pouvoir dont ils sont les seuls dépositaires.

L’autorité morale crie et criera aussi longtemps que la crainte de Dieu demeurera en elle. La Conférence Épiscopale du Togo a tiré la sonnette d’alarme, craignant que la fin des limites de mandats ne fragilise durablement la cohésion sociale. Elle devra passer à la vitesse supérieure. L’Eglise en République Démocratique de Congo (RDC) n’est pas différente de celle du Togo. Le peuple togolais attend son “Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya”. Il demande à l’Eglise de quitter l’égrenage des chapelets, les refrains à n’en point finir, les lettres…, pour s’ériger en sauveur du peuple de Dieu en captivité.

Le débat de fond s’impose. Au-delà des mots, c’est la question de la souveraineté qui est posée. Le peuple est-il encore l’arbitre de sa propre histoire ? A chacun d’y répondre et de sa réponse, que jaillisse la lumière pour une prise de conscience et de responsabilité collective.

Sous une démocratie en trompe-l’œil, le passage à la 5ème République n’est pas la rupture stabilisatrice promise. C’est un mécanisme sophistiqué qui transforme le pouvoir personnel en une institution pérenne. En contournant l’élection directe et la limitation des mandats, le régime togolais s’éloigne des standards démocratiques pour entrer dans une zone d’ombre où le pouvoir, à force de vouloir se conserver, finit par se couper de sa base.

N’ignorons pas la Trêve Patriotique. C’est la Voix du Peuple. Elle nous appelle à la sagesse.

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