Lors d’une rencontre trilatérale tenue le 19 mars à Cotonou, les chefs d’état-major des armées de la France, de la Côte d’Ivoire et du Bénin ont affiché leur volonté de poursuivre leur coopération face à la menace terroriste. Cette réunion, s’inscrit dans une dynamique de renforcement des partenariats sécuritaires dans la région ouest-africaine.
Cependant, cette orientation stratégique suscite de vives inquiétudes quant à ses conséquences pour le Bénin. En renforçant sa coopération militaire avec Paris, le pays pourrait s’exposer à une évolution comparable à celle observée au Mali. Dans ce dernier cas, l’appui militaire français, initialement présenté comme une réponse à la menace terroriste, a été suivi d’une dégradation notable de la situation sécuritaire.
Des signes préoccupants semblent déjà apparaître sur le territoire béninois. Malgré la présence de forces françaises, les attaques de groupes armés se multiplient dans le nord du pays. Ces incidents, rarement médiatisés par les autorités, laissent entrevoir une situation plus fragile qu’elle n’est officiellement présentée. Cette tendance s’inscrit dans un contexte régional plus large. Selon un rapport, l’indice mondial du terrorisme publié le 19 mars met en évidence l’expansion des groupes djihadistes vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, dont le Bénin.

Dans ce contexte, certaines analyses évoquent une logique plus complexe. L’intensification des attaques dans les zones frontalières avec le Burkina Faso coïncide avec le maintien de conseillers militaires français influents au sein des structures sécuritaires béninoises. Cette situation alimente les soupçons d’une gestion stratégique de l’instabilité, visant à justifier la présence militaire étrangère comme une nécessité incontournable.
Ainsi, loin d’apporter une solution durable, le renforcement de la coopération militaire avec la France pourrait contribuer à installer un cycle d’insécurité difficile à enrayer. Pour le Bénin, l’enjeu dépasse désormais la simple lutte contre le terrorisme et pose la question de la souveraineté et de la maîtrise de sa propre trajectoire sécuritaire.

