Il y a plus d’une trentaine d’années, durant mon enfance à Mission-Tové, il y avait un fou dont j’oublie le nom (il y en avait cinq ou six dans le village), qui avait pris ses quartiers sous un arbre sur la route menant à notre maison.
Du matin au soir, quand il ne mangeait pas, ne dormait pas ou n’était pas occupé à fouiller les immondices à la recherche de Dieu seul sait quoi, ce fou d’une cinquantaine d’années répétait à hue et à dia : ” La pierre là va tomber et le vieux va se casser les bras en voulant la retenir…”
Personne, bien évidemment, ne savait de quelle pierre ni de quel vieux il parlait. Et la réponse que lui donnaient tous les passants était un grand éclat de rire, pour les narguer, lui, le vieux et la pierre de cet étrange univers connu de lui seul.
Un jour, alors que mon père et moi passions devant lui et qu’il scanda sa phrase, je demandai à mon géniteur ce qu’elle signifiait. Mon père me répondit de sa voix calme: ” Personne ne comprendra jamais ce qu’il dit, parce que personne ne veut le comprendre. Mais il suffit de s’asseoir à côté de lui pendant une journée et lui demander les raisons qui le poussent à prononcer cette phrase pour finir par les connaître.”
Papa, peut-être sans le savoir lui-même, venait de me donner un premier cours sur le déterminisme de Spinoza et la formule : Tout ce qui existe est l’effet de causes antérieures et chaque nouvel effet devient la cause d’un effet suivant.
Voici plusieurs années que l’un des plus brillants journalistes que le Togo ait jamais connus, Ferdinand Ayité, allume sa caméra, souvent chaque dimanche, pour sortir des dossiers et des faits touchant à la gestion du Togo.
Supposons que Ferdinand soit fou (il faudrait d’ailleurs que Ferdinand nous justifie comment il a réussi à ne pas devenir fou depuis ces décennies qu’il patauge dans ces affaires du Togo (moi qui suis d’une quinzaine d’années son cadet et qui n’ai pas fait le centième de ce qu’il a fait dans la vie politique de ce pays, je cherche, certains matins, ma tête devant les histoires du Togo et ne la retrouve point)), supposons, disais-je, que Ferdinand Ayité soit fou (j’ai déjà lu sur Facebook un commentaire d’un défenseur du régime togolais dire que le froid européen l’a rendu dépressif), Ferdinand est donc fou, comme le fou de Mission-Tové (on parle quand même d’un journaliste distingué par plusieurs prix internationaux, mais acceptons sa folie pour évoluer).
Il est fou, celui que beaucoup d’internautes togolais ont surnommé ” Ferdichou l’évêque “. Mais comme il persiste chaque dimanche à répéter que des citoyens togolais volent et dilapident l’argent du Togo, personne, parmi ceux qui ont la responsabilité de la gestion de ce pays, ne s’est jamais senti dans l’obligation de lui accorder le moindre crédit ? Chercher à connaître la cause qui le pousse à ses “délires “, puis la cause de cette cause, la cause de cette deuxième cause… pour voir s’il n’y a peut-être pas une brindille sinon de vérité, au moins de bon sens, dans ce qu’il dit ?
On parle de simples fonctionnaires payés à 1 million au plus par mois, mais qui déposent fréquemment 500 millions sur des comptes, et ça n’intéresse personne parmi ceux qui dirigent le Togo ?
Quelle est donc cette offense que les Togolais ont commise contre ceux qui les dirigent pour mériter un châtiment si sévère ? On parle de centaines de millions détournés par plusieurs personnes, dans un pays où tout le monde manque de tout, et comme réponse on n’a que le silence ? Vraiment ? Toujours ? Éternellement ?
David Kpelly, écrivain, blogueur, enseignant et analyste politique togolais



Oui, la corruption et l’impunité sont les principaux maux de notre pays… Je me dis même que la majorité des corps habillés seraient concernés… Faites attention aux points de contrôle…