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Togo- Scandale financier à l’OTR: Jusqu’où ira l’impunité ?

Les révélations du journaliste d’investigation Ferdinand Ayité sur de présumés détournements de fonds à l’Office Togolais des Recettes (OTR) n’ont rien d’un scandale ordinaire. Elles s’apparentent, si elles sont confirmées, à la mise à nu d’un système où l’opacité semble avoir pris le pas sur la rigueur, et où la frontière entre gestion publique et prédation devient dangereusement floue.

Car enfin, que disent ces révélations ? Des agents publics capables de manipuler, en toute apparence, des centaines de millions de francs CFA en espèces. Des circuits financiers qui interrogent. Des documents exhibés, des noms cités. Et, en toile de fond, une question lancinante : comment un tel niveau de dérive présumée peut-il exister au cœur même de l’institution chargée de sécuriser les ressources de l’État ?

Le contraste est d’autant plus saisissant surtout que l’OTR s’est forgé, depuis ces dernières années, la réputation d’une machine fiscale implacable. Redressements brutaux, pression constante sur les opérateurs économiques, entreprises fragilisées ou contraintes de mettre la clé sous la porte : pour nombre d’acteurs du secteur privé, la régie est moins perçue comme un partenaire que comme une contrainte permanente. Dès lors, comment justifier que ceux qui imposent l’effort fiscal puissent, dans le même temps, être soupçonnés d’en détourner les fruits ?

Les premières réactions des autorités – perquisitions, éviction de l’ancien commissaire général Philippe Kokou B. Tchodié – relèvent davantage, pour l’heure, du signal politique que de la réponse structurelle. Car au-delà des individus, c’est bien la question d’un système qui est posée. Qui contrôle ? Qui audite ? Qui sanctionne ?

Et surtout : pourquoi si tard ?

Dans un pays normal, des éléments de cette nature auraient déclenché, sans délai, des procédures judiciaires visibles, indépendantes et approfondies. Le silence relatif, les lenteurs, voire les hésitations observées jusqu’ici nourrissent une inquiétude plus profonde : celle d’une banalisation de l’impunité. Rien d’étonnant, puisque l’impunité est d’ailleurs la marque de fabrique du régime en place.

L’intervention de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), exigeant des comptes et appelant à des mesures fortes, ne fait que traduire une exaspération croissante. Mais au-delà des postures politiques, c’est désormais la crédibilité même des institutions qui est en jeu.

Car une administration fiscale ne peut durablement exiger des sacrifices qu’à condition d’être irréprochable. Faute de quoi, c’est le consentement à l’impôt qui s’effrite – et avec lui, les fondements mêmes de l’action publique.

Reste enfin une évidence : sans le travail de Ferdinand Ayité, ces faits seraient-ils parvenus à la connaissance du public ? La question dérange, mais elle est essentielle.

Car un système qui dépend de ses lanceurs d’alerte pour se corriger est, par définition, un système qui ne fonctionne plus normalement.

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