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Le Togo entre peur et incertitudes

Dans notre pays, il y a des réalités qui sont si visibles qu’il est trop difficile de les nier. Elles s’imposent dans le quotidien des citoyens, dans les conversations privées et même dans les silences prudents qui dominent l’espace public.

La première de ces réalités est la volonté d’instaurer une pensée unique. Les voix critiques sont systématiquement perçues comme une menace plutôt que comme une contribution au débat national. Le pluralisme, pourtant indispensable à tout progrès social, n’en finit pas de laisser la place à une communication officielle où seules les opinions de UNIR comptent.

La télévision nationale est davantage le relais de ce parti que celui de la nation. Elle pourrait être rebaptisée TVU (Télévision UNIR), au lieu de TVT, tant la frontière entre information publique et communication politique est inexistante.

Une deuxième réalité, plus inquiétante encore, concerne la perception de l’État par les citoyens. Ailleurs, l’État représente une protection, une garantie de droits et de justice. Au Togo, beaucoup de citoyens ne voient plus l’État comme une providence mais comme une menace, un piège qui peut se refermer brusquement,  à tout moment. Les citoyens ne craignent pas l’Etat, ils en ont peur.

Et ce n’est pas seulement la justice, la gendarmerie ou la police qui inspirent la peur. Des institutions administratives telles que l’Office Togolais des Recettes ou encore la HAAC sont également généralement perçues, à tort ou à raison, comme des instruments susceptibles d’être utilisés pour régler des comptes ou faire taire des voix discordantes. Qu’elles soient justifiées ou non, ces perceptions témoignent d’un malaise profond dans la relation entre l’État et les citoyens.
Dans ce contexte, le chiffre selon lequel 62 % des Togolais estiment que le pays n’est pas «sur la bonne voie» mérite réflexion. Ce sentiment ne découle pas nécessairement d’une analyse précise ou d’indicateurs objectifs reconnus. Il vient surtout de l’impression qu’on ne sait pas clairement quelle direction le pays est en train de prendre.

Les changements fréquents et brutaux de Constitutions, le refus persistant de rendre compte de la gestion publique et la concentration du pouvoir autour d’un seul parti alimentent ce sentiment d’incertitude. Beaucoup de Togolais ont l’impression que la trajectoire nationale se décide sans eux, dans des cercles fermés pas forcément compétents, et que cette trajectoire pourrait conduire le pays vers des zones de turbulence.

À cela s’ajoutent les annonces spororadiques de tentatives de coup d’État, de complots ou d’atteintes à la sûreté de l’État. Ces accusations, qu’elles soient fondées ou pas, renforcent l’idée d’un pays instable où la menace est permanente. Elles contribuent à entretenir l’impression d’un pays constamment sur la défensive, comme s’il naviguait sans cesse dans des eaux agitées.

Certes, 62 % des citoyens affirment que le pays «n’est pas sur la bonne voie». Mais de quelle voie parle-t-on exactement ? Peu de gens sauraient vous le dire. C’est là, le cœur du problème.

Le Togo continue d’être dirigé d’une main de fer, comme à l’époque du président Eyadéma. Mais malgré cette fermeté, le pays donne l’impression d’avancer comme un bateau ivre. Non pas parce qu’il manquerait de ressources ou de talents, mais parce qu’il manque d’un équipage capable de rallier la confiance de tous et de conduire la nation vers un cap clairement défini.
Un pays ne peut durablement avancer sans adhésion populaire. Sans légitimité, le pouvoir peut être maintenu par la force, mais il restera fragile. 

Le navire Togo risque de ne pas atteindre le port parce que les marins eux-mêmes ne connaissent pas le cap choisi. «62% des Togolais pensent que le Togo n’est pas sur la bonne voie», traduction en français facile : «62% des Togolais pensent que le Togo ne sait pas là où il va»

N’djo

Source : Sikaajournal

One thought on “Le Togo entre peur et incertitudes

  1. La TVT n’arrange pas du tout le PCM… Tout reportage est fait comme si les ministres et autres personnels de l’administration ne font qu’exécuter les ordres du PCM. Le super pouvoir accordé au PCM fait que tout le monde interpelle le PCM, en cas de tout petit problème, même un problème de double vente de terrain.

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