Tel fat éthéré qui, de mongolfière en mongolfière, se gargarise de ses mélodies dans les nues, ne distille au menu peuple, demeuré à terre, qu’un vent pestilentiel et fort méphitique.
En un pays brûlant, sous un ciel de fournaise, Où la misère étreint et la faim jamais n’apaise, Un Prince fort bedonnant, vêtu d’or et d’écarlate, Fit gonfler un ballon — vaste, pompeux, écarlate — Et s’éleva des sols qu’il ne daignait plus fouler, Laissant son peuple en bas, à crever et râler.
« Ô mes chers bien-aimés ! » cria-t-il dans les airs, Sa voix portée du vent à travers l’univers, « Je vous parle d’en haut, car c’est de là qu’on voit, Que la vérité brille et s’impose à la foi ! Regardez comme je plane ! Admirez ma clémence ! C’est pour mieux vous aimer que j’accrois ma distance ! »
Or le peuple, là-bas, dans la boue et la poudre, Levait les yeux en l’air, ne sachant que résoudre : Les enfants sans sandales, aux ventres creux et ronds, Les vieillards que l’on chasse, et qu’on nomme fardons, Les femmes au puits sec, les hommes sans salaire — Tous regardaient en l’air ce discours millénaire.
« Courage ! hurlait-il, le progrès est en marche ! Voyez : la nation prospère sous ma marche ! J’ai bâti des routes, — enfin, on me l’a dit — Des hôpitaux nombreux, — du moins c’est dans l’écrit — L’avenir est radieux ! » Et son écharpe flotte Pendant que sous ses pieds le misérable grelotte.
Un vieux paysan chenu, qui n’avait plus de dents, Cracha dans la poussière et dit à ses enfants : « Mes fils, voilà quarante ans qu’il nous parle d’en haut, Quarante ans qu’il nous dit que nous allons bientôt… Mais bientôt ne vient pas. Le ballon, lui, s’élève, Et nous, nous demeurons — attachés à sa grève. »
Car tel est le mystère en ces pays obscurs : Le Prince vole haut mais les chaînes sont sûres. L’orateur monte aux cieux, et le discours s’envole, Mais la corde du ballon est clouée à la geôle. Il parle, il gesticule, il pleure pour la foule — Pendant que dans la nuit, discrètement, on boule.
Ô montgolfière vaine ! Ô rhétorique creuse ! Ton altitude même est ta preuve menteuse : Qui gouverne vraiment n’a nul besoin de hauteur, Il marche dans les rues, il connaît la sueur, Il n’a pas peur du sol, ni de la main tendue — Le berger qui s’envole a perdu son troupeau de vue.
MORALE : Méfiez-vous du chef qui plane avec emphase : Plus son ballon est haut, plus sa parole est frase. L’aigle vole très haut — mais ce n’est point un roi. Le lion, lui, demeure — et règne dans la loi.
La majesté aérienne n’est pas la légitimité terrestre. Un vrai souverain, dans la tradition classique de la fable, se mesure au contact de son peuple, pas à sa distance. Vive la Montgolfière ! Vive la Lumière ! — dit-il, le nez pincé, l’œil larmoyant, Ignorant encor que toute cette sphère Ne lui souffle au visage que du néant.
Par : Ben Djagba


Pures vérités.
Un pays qui bombarde l’autre… Des rebelles qui attaquent leurs pays en quête de gains faciles ou du pouvoir sans assise politique… Telles sont aussi quelques réalités qui peuvent détourner les rares ressources de leurs objectifs de développement.
Faure exagère de trop. Voila que Sieur Djagba Ben déssine une mongolfière pour lui