Allons-nous vers une nouvelle révision constitutionnelle au Togo quelques mois après la promulgation de la Constitution de la Ve République ? C’est ce que croient savoir plusieurs mouvements politiques et organisations citoyennes de l’opposition. Le 12 mars 2026 à Lomé, les responsables de ces organisations dont la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK-Originale), la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), Lumière pour le Développement dans la Paix (LDP) et le front « Touche Pas à Ma Constitution » ont affirmé disposer d’informations faisant état d’un scénario politique que le pouvoir envisagerait de mettre en œuvre.
A en croire ces organisations Faure Gnassingbé est confrontée à une pression interne et externe après l’adoption controversée de la constitution de la 5e République qui fait de lui le Président du Conseil des ministres « désigné par son parti ». « Nous observons qu’à cette forte pression intérieure s’ajoute également une pression externe. Elle s’accompagne d’une certaine réticence des chefs d’Etat de la sous-région et de la communauté internationale à maintenir à Faure Gnassingbé la considération et le rang protocolaire dont il jouissait lorsqu’il était le président de la République et le chef de l’Etat ‘élu’ », avancent les premiers responsables.
Pour ces derniers, cette espèce de mise au ban par ses pairs est la conséquence directe de sa manipulation de la Constitution : « Non seulement il n’est plus chef d’Etat, mais il n’a surtout plus aucune légitimité populaire aux yeux du monde, ce qui lui fait perdre à l’extérieur les considérations et les prestiges qui viennent avec ce statut ».
Cet embarras à l’international est aussi le résultat du coup froid qui s’installe entre Faure Gnassingbé et ses pairs, particulièrement ceux de la sous-région. D’une manière générale, les chefs d’Etat n’ont pas apprécié au sein de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la livraison aux autorités burkinabè de l’ancien chef d’Etat du Burkina Faso, Paul-Henri Dambia, dans des conditions très contestables. Le Togo avait pourtant délibérément accepté de l’accueillir. Cette posture embarrassante s’explique aussi par le positionnement ambigu du Togo entre, d’un côté, la CEDEAO, et de l’autre, l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Face à cette situation, Faure Gnassingbé chercherait donc une solution.
Un scénario semblable à celui de 2005
L’idée de Faure Gnassingbé derrière cette nouvelle révision de la constitution, selon les organisations, est de tenter de procurer l’évolution légaliste à tous points de vue sur le plan international. Un scénario semblable à celui de 2005 où après le décès de son père, confronté à la pression internationale après avoir pris le pouvoir par un triple coup d’état militaire, constitutionnel et électoral, a trouvé un stratagème pour se sortir d’affaire. « Faure Gnassingbé a commencé par quitter le pouvoir en mettant un homme de paille comme président intérimaire, en violation de la Constitution en vigueur. Ensuite, il a organisé une élection calamiteuse et s’est octroyé la victoire, afin de se donner une légitimité frauduleuse », rappellent-elles.
Nathaniel Olympio et les siens estiment que le nouveau scénario pourrait passer par la tenue d’un dialogue politique impliquant certains acteurs de l’opposition, notamment ceux du cadre du Cadre permanent de concertation (CPC). « Les informations qui nous parviennent avec insistance sont inquiétantes. Elles indiquent que le régime planifie de s’engager dans le stratagème suivant : lancer un dialogue avec des acteurs choisis dans l’opposition, afin d’entériner les décisions déjà prises dans le stratagème conçu par le pouvoir, au sein du Cadre Permanent de Concertation (CPC) ou dans un autre cadre ; annoncer que le dialogue a décidé d’une révision de la Constitution qui exigera que le président du conseil soit un député, une manière de faire croire que le pouvoir est à l’écoute de son opposition et a assoupli sa position ; faire adopter cette révision constitutionnelle par les députés ; dissoudre l’Assemblée nationale et organiser des élections législatives frauduleuses ; faire de Faure Gnassingbé un député, puis président du conseil des ministres ; il pourra alors se prévaloir à l’international d’une légitimité populaire frauduleuse ; le chef de l’Exécutif prendra le titre de président du conseil de la République », dénoncent-ils. Un schéma qui viserait à donner au pouvoir une « légitimité populaire » sur le plan international.
Face à cette situation, les responsables de l’opposition lancent un appel à une mobilisation nationale des Togolais. Ils exigent la libération de tous les détenus politiques, le retour des exilés politiques, la fin de la dictature, l’ouverture d’une transition politique visant à « refonder la nation », ainsi que le rétablissement des libertés démocratiques et de la cohésion nationale. Ils appellent également les forces politiques, les organisations de la société civile et la diaspora togolaise à coordonner leurs actions pour relancer la dynamique de mobilisation engagée ces dernières années.
Enfin ils exhortent les populations à rester vigilantes et à se tenir prêtes à répondre aux mots d’ordre qui pourraient être lancés prochainement. « C’est pourquoi nous, signataires de cette déclaration adressons cet appel solennel à toutes les Togolaises et à tous les Togolais de rester vigilants, et surtout de rester à l’écoute des mots d’ordre qui seront lancés dans très peu de temps pour des actions conjointes à nos organisations, et à toutes les forces restées loyales à la lutte, tant sur le terrain que dans la diaspora ».
Joël D.
Source : Libertetogo.tg

