«… Premier fils de président africain à accéder au pouvoir à la mort de son père, en 2005 – au prix d’une répression qui a fait plus de 400 morts selon l’ONU, avant Ali Bongo Ondimba au Gabon, Uhurru Kenyata au Kenya ou encore Joseph Kabila en République démocratique du Congo (RDC), Faure Gnassingbé est aussi le dernier d’entre eux encore en fonction… L’homme timide mais têtu n’aime pas l’expression : elle rappelle qu’il doit sa fonction à son père, Etienne Eyadema Gnassingbé… Le général a enseigné à son fils le talent de la médiation au fur et à mesure des fonctions qu’il lui a confiées : conseiller du président, ministre et député, puis dauphin. Un héritage encombrant qui fait de lui un homme moins regardant sur les principes démocratiques… » lemonde.fr, en novembre 2023
On ne le dira jamais assez, notre pays le Togo est à bout de souffle sur tous les plans. Manques d´infrastructures de base pour les besoins élémentaires des populations, les rares chantiers sont à l´arrêt, conséquences d´un endettement endémique, d´un népotisme au vu et au su de tout le monde et surtout d´une corruption sans contrôle, l´impunité étant devenue depuis longtemps, un instrument béni depuis le haut lieu pour que l´argent public prenne la direction des comptes privés des personnalités autour du pouvoir. Et le sport favori du peuple qui doit essayer de vivre ou de survivre, d´une façon ou d´une autre, reste la débrouillardise. Et comme tout pays au monde a à sa tête une organisation politique pour faire en sorte que les choses aillent dans le bon sens, tout observateur, au parfum de la catastrophique situation togolaise, se demanderait ce qu´il en est de la gouvernance politique dans ce petit bout de terre situé en Afrique de l´ouest. Le Togo est-il dirigé? Oui, une question simple mais pertinente qui viendrait à l´esprit de n´importe qui visiterait pour la première notre pays et se trouverait confronté aux dures réalités de vie des Togolais et des Togolaises.
Et si tout ce drame que vivent les Togolais, depuis plus d´un demi-siècle, avait été voulu et préparé par le géniteur de Faure Gnassingbé, Éyadéma Gnassingbé? Cette haine du débat contradictoire de sa part, cette haine de l´opposant et de tout ce qui venait troubler, selon lui, la tranquillité de son petit monde de dictateur, avait eu pour conséquence la stratégie de la terreur mise sur pied pour persécuter, envoyer en exil, voire assassiner des leaders de l´opposition et des Togolais qui en avaient et en ont toujours assez d´une gouvernance peu encline à se mettre au service du citoyen. L´installation d´une armée très loin de représenter le peuple togolais dans ses différentes composantes, l´imposition de Faure Gnassingbé aux Togolais en février 2005; une imposition très loin d´être fortuite si nous nous référons, comme s´il en était encore besoin, à l´extrait de « lemonde.fr ». Toutes ces considérations concourent à légitimer la thèse selon laquelle Gnassingbé Éyadéma a bel et bien préparé ce qui arrive aujourd´hui à notre pays. Et la relative facilité avec laquelle le testament fut exécuté à la lettre, conduisant au malheureux statu quo actuel, peut s´expliquer par la volonté de «l´héritier Faure Gnassingbé» de ne pas voir le peuple togolais accéder à la liberté et à la démocratie de sitôt, comme ce fut la dernière volonté de son géniteur. Ne dit-on pas, tel père, tel fils?
Après avoir créé du vide autour de lui en neutralisant par la terreur, à l´aide d´une armée presque personnelle, toute opposition crédible, après avoir écarté de la gestion du pouvoir, devenu familial, son demi-frère Kpatcha, en le jetant en prison depuis presque 17 ans, en se donnant toutes les prérogatives pour faire et défaire les textes constitutionnels selon sa volonté pour s´éterniser au pouvoir, quel profit les Togolais peuvent-ils aujourd´hui tirer du fait que Faure Gnassingbé est au pouvoir? Le fils à papa togolais, pour espérer détourner l´attention des uns et des autres de sa gouvernance ô combien oisive, et se donner un semblant de légitimité qui lui manque cruellement, se promène presque toutes les semaines en avion un peu partout sur le continent, pour, soi-disant apporter la paix chez les autres. Et le plus grave est que tous ces déplacements qui ressemblent plus à des voyages de plaisance et de jouissance d´un pouvoir dont on ne sait quoi faire, reviennent très cher à des populations togolaises dont la majorité tire quotidiennement le diable par la queue.
Faure Gnassingbé sait-il encore vraiment ce qu´il fait? Est-il vraiment conscient de la grande responsabilité qui devrait être la sienne en tant que premier responsable du pays, qu´il soit Président de la République ou Président du Conseil, comme il se fait appeler aujourd´hui? Même les plus grands tyrans de ce monde, malgré le rejet dont ils font l´objet à cause de leurs méthodes autoritaires, pensent au développement de leurs pays. Et l´exemple le plus frappant aujourd´hui est la Chine qui n´est pas forcément une démocratie, mais qui rivalise avec les États-Unis d´Amérique pour la place de la première puissance économique au monde. C´est pourquoi tout le monde au Togo et à l´étranger s´attend à ce qu´un dirigeant comme Faure Gnassingbé, malgré le caractère autoritaire de son régime, se mette au travail pour montrer qu´il a au moins la volonté de penser au bien-être de son pays, comme les autres le font pas très loin de chez nous. Toutes les promesses faites par le maître des lieux au Togo dans ses différentes allocutions depuis qu´il est au pouvoir, peuvent remplir des livres, mais sont restées jusqu´à ce jour lettre morte. Faure Gnassingbé, grisé par le pouvoir, trompé par un entourage corrompu et béni-oui-oui, acculé par les nombreux abus et violations de toutes sortes dont il fait l´objet, est-il dépassé par les évènements? La situation socio-politique de notre pays n´est plus tenable. C´est pourquoi la délivrance que les Togolais attendent devrait être double: celle pour retrouver la liberté, la démocratie et la prospérité; et surtout celle qui devrait contribuer à soulager Faure Gnassingbé du poids qui l´accable aujourd´hui et qui donne l´impression qu´il est arrivé au bout du rouleau et qu´il n´attend plus que le coup de grâce.
Samari Tchadjobo
Allemagne
Togo – Une gouvernance en mode «pilotage automatique» : Et si Faure Gnassingbé attendait le coup de grâce ?


