Ce mercredi 20 mai à Lomé, le Forum de plaidoyer « Culture et politiques publiques : de l’impact à l’engagement » a réuni acteurs culturels, décideurs publics et partenaires internationaux autour d’une conviction commune : la culture n’est pas un luxe, c’est une infrastructure.
Hôtel Mirambeau, Lomé, 9 heures du matin. Dans la salle Pagouda, des acteurs culturels togolais côtoient des représentants de plusieurs ministères, des élus locaux, des partenaires internationaux et des délégués venus du Bénin et du Tchad. Le décor est planté pour un forum de plaidoyer intense, organisé dans le cadre du projet « Accès Culture, Traces et Héritages », porté par JUNA Togo et IYAWO, avec l’appui de l’Agence française de développement et de l’Institut français du Togo.



« Une coquille vide sans elle »
Le ton est donné d’emblée par la keynote inspirant de Carlos Adekambi Zinsou, professionnel des arts et de la culture, coprésident de la Commission internationale du Théâtre Francophone. Pendant plusieurs minutes, il tisse une plaidoirie pour la culture comme infrastructure fondatrice des sociétés.
« Réfléchir à ce qui fait une société – le lien social, l’échange de mémoire, de gestes et de savoir-faire – voilà ce qu’est la culture », lance-t-il. « Si une route est dégradée, elle pourrait être réparée. Mais si la culture se dégrade, avec quoi pourra-t-on la réparer ? Sans elle, nous sommes une coquille vide. Mais avec elle, nous sommes une société vivante. » Et d’appeler les États africains à « inscrire la culture et les arts au cœur de leurs politiques de développement », rappelant que « l’économie sans la culture est un mécanisme froid » et qu’« investir dans la culture, c’est investir dans l’humanité. »
Des impacts concrets, des politiques à construire
C’est précisément ce lien entre culture et politiques publiques que le forum entendait consolider. Frédéric Tsatsu, président de JUNA Togo, a rappelé le chemin parcouru par le projet InPaCTS Eco (Initiatives pour le Partage Culturel et la Transformation Sociale et Écologique) à travers les Joutes Verbales Francophones, le Grand Oral, l’Orator’Ship Academy ou encore le Festival IYé Ma Rue Ma Musique. « Notre ambition demeure claire : rassembler les talents, protéger la pensée et transformer la société », a-t-il affirmé, soulignant que le forum marque « une nouvelle étape : celle de la valorisation des impacts et du plaidoyer institutionnel. »
Du côté des pouvoirs publics, le représentant du ministère de la Culture, Dr. Bakayota Koffi Kpaye, a salué des initiatives « particulièrement inspirantes », citant notamment les Joutes Verbales Francophones qui « ont permis de redonner à la parole toute sa noblesse et sa puissance éducative. » Il a réaffirmé la position du gouvernement : « il devient impératif d’inscrire pleinement la culture au cœur des politiques publiques, non comme un supplément d’âme, mais comme un levier stratégique de transformation sociale. »
Co-construire, pas seulement débattre
L’originalité du forum résidait dans sa méthodologie. Après deux tables rondes réunissant acteurs culturels et décideurs, quatre ateliers de co-construction ont permis de travailler sur des thématiques concrètes : financement innovant de la culture, culture et jeunesse, culture et territoires, éducation et transmission. Chaque atelier, piloté par un ministère, devait produire trois à quatre recommandations opérationnelles.
La présence de Célestin Mawndoé du Tchad et de Carlos Zinsou du Bénin a donné à l’événement une dimension africaine revendiquée. « Votre présence donne à cette rencontre une dimension africaine forte, fondée sur le partage d’expériences et la construction d’une vision commune », a relevé Frédéric Tsatsu.
La dynamique ne s’arrête pas là. Un Grand Oral citoyen se tient ce jeudi soir à l’Institut français du Togo, et un film documentaire de plaidoyer est en préparation pour capitaliser les impacts du programme Accès Culture, Trace et Héritages.
