Avec Son Excellence Madame Victoire Tomégah-Dogbé, ancienne Première ministre du Togo, comme Guest Speaker, et une cérémonie officiellement lancée par le Ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance (MSGFPE), la troisième édition de Ladies Movement a réuni plus de 300 jeunes, avec une participation en présentiel et en ligne. Une mobilisation qui confirme l’ambition d’IYAWO et de sa présidente, Elisabeth APAMPA, initiatrice de ce rendez-vous : faire du maintien des filles à l’école, de leur protection et de leur leadership une responsabilité collective.
Le 31 octobre 2026, au Golden Plaza, à Tokoin, à Lomé, la troisième édition de Ladies Movement a placé l’éducation et la protection des jeunes filles au cœur des échanges. Organisé par l’association IYAWO dans le prolongement de la Journée internationale de la jeune fille, célébrée chaque 11 octobre, ce rendez-vous annuel a réuni des jeunes, des représentants des pouvoirs publics, des partenaires techniques, des professionnels et des acteurs de la société civile autour d’une préoccupation majeure : « Maintenir les filles à l’école et lutter contre les violences basées sur le genre en milieu scolaire ».


Au-delà de la rencontre, cette édition a voulu aborder les obstacles qui fragilisent le parcours scolaire des filles, mais aussi les moyens de renforcer leur confiance, leur autonomie et leur capacité à prendre leur place dans la société. La participation de plus de 300 jeunes, complétée par une audience en ligne, témoigne de l’intérêt suscité par cette initiative.
Une ouverture officielle marquée par la présence des institutions
La cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs représentants institutionnels et partenaires de l’initiative. La présentation de l’association IYAWO a été assurée par Edem KODJO AOKOU, juriste et membre de l’organisation. Elle a été suivie des interventions de Yayra DOGBO, représentante de l’établissement partenaire Auguste Le Grand, d’Elisabeth APAMPA, présidente d’IYAWO, et de Sylvio COMBEY COMBETEY, représentant de l’UNICEF Togo.
Les représentants de la mairie du Golfe 4 et du Gouverneur du District autonome du Grand Lomé ont également pris la parole. À l’issue de cette séquence protocolaire, le Ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance a procédé au lancement officiel de l’événement.
Cette présence institutionnelle a rappelé que le maintien des filles dans le système éducatif et leur protection contre les violences ne relèvent pas de la seule responsabilité des familles ou des organisations associatives. Ils nécessitent une mobilisation concertée des pouvoirs publics, des collectivités territoriales, des établissements scolaires, des partenaires techniques et de la société civile.
Dans son intervention, le représentant de l’UNICEF Togo a notamment mis l’accent sur le droit des filles à apprendre dans un environnement sûr, à être respectées et à pouvoir signaler les abus. Il a également souligné l’importance de leur participation aux décisions qui les concernent.
Victoire Tomégah-Dogbé, Guest Speaker d’une édition tournée vers le leadership
La présence de Son Excellence Madame Victoire Tomégah-Dogbé, ancienne Première ministre du Togo, en qualité de Guest Speaker, a constitué l’un des temps forts de cette troisième édition.
Sa participation a donné une résonance particulière aux réflexions consacrées au leadership féminin et à la place des jeunes filles dans les espaces de décision. Elle prit le temps de parler de son parcours au public. Elle a également permis de rappeler l’importance des modèles de référence dans la construction des ambitions et des parcours des nouvelles générations.


Cette dimension rejoint l’un des messages portés par Ladies Movement : les filles doivent pouvoir envisager leur avenir sans se laisser enfermer par les stéréotypes de genre. L’accès à l’éducation, à la formation, au mentorat et aux espaces de responsabilité constitue un levier essentiel pour leur permettre de développer leur potentiel et de participer pleinement à la vie professionnelle, sociale et publique.
Elisabeth APAMPA, à l’origine d’une initiative qui prend de l’ampleur
Derrière Ladies Movement se trouve une initiative portée par Elisabeth APAMPA, fondatrice et présidente de l’association IYAWO. Sa conviction est au cœur du projet : l’émancipation des jeunes filles ne peut se construire sans leur donner les moyens de s’exprimer, de participer aux décisions qui les concernent et de prendre leur place dans la société. Fondée en 2018, IYAWO développe des actions autour du leadership, de l’autonomisation des filles et des femmes, de la promotion de leurs droits, de l’égalité et de la lutte contre les violences basées sur le genre. Avec Ladies Movement, Elisabeth APAMPA a voulu créer un rendez-vous annuel qui ne se limite pas à célébrer la jeune fille, mais qui lui offre un espace de parole, de réflexion, d’apprentissage et de partage d’expériences.



L’ambition est également de rapprocher les jeunes participantes de modèles inspirants, de renforcer leurs capacités et de créer des passerelles entre les générations, les institutions et les acteurs économiques et sociaux. Une démarche qui privilégie la participation des premières concernées : il ne s’agit pas seulement de parler des filles, mais de leur permettre de faire entendre leurs préoccupations, leurs aspirations et leurs propositions.
Au fil des éditions, Ladies Movement s’affirme ainsi comme un cadre de sensibilisation et de plaidoyer, mais aussi comme un espace de transmission et de développement du potentiel des jeunes.
Maintenir les filles à l’école : au-delà de l’accès, le défi de la continuité scolaire
Le thème retenu pour 2026 met en lumière une question fondamentale : permettre aux filles d’accéder à l’école ne suffit pas si elles ne disposent pas des conditions nécessaires pour y rester et achever leur parcours.
Les violences basées sur le genre, le harcèlement, les grossesses précoces, les difficultés économiques et certaines pesanteurs socioculturelles peuvent compromettre la scolarité des jeunes filles. À ces obstacles s’ajoute parfois la difficulté de signaler les abus ou d’obtenir un accompagnement adapté.
Lors de son intervention, la présidente d’IYAWO, Elisabeth APAMPA, a évoqué plusieurs données et préoccupations illustrant l’ampleur des défis auxquels les jeunes sont confrontés. Elle a notamment cité le chiffre de 2 284 grossesses précoces en milieu scolaire (2024-2025) et attiré l’attention sur l’actualité préoccupante liée à la montée de la consommation de drogues dans la préfecture de Kloto. Ces phénomènes, auxquels s’ajoutent les violences basées sur le genre, le décrochage scolaire et les vulnérabilités socioéconomiques, rappellent l’urgence de renforcer les actions de prévention, l’information des jeunes, les dispositifs de protection et les mécanismes d’accompagnement au sein des établissements scolaires et des communautés.
C’est autour de cette articulation entre éducation, protection et autonomisation que la programmation de Ladies Movement 2026 a été conçue.
Cinq panels pour croiser les regards et proposer des pistes d’action
La journée a été structurée autour de cinq panels complémentaires. Des intervenants issus du droit, de la santé, de l’éducation, de l’entrepreneuriat, de la culture, des médias et de la société civile ont croisé leurs expériences pour aborder les défis rencontrés par les jeunes filles.
« Jeune fille, prends ta place » : construire la confiance et oser le leadership
Modéré par Abra HANYABOE, ce premier panel a réuni Emmanuella DUGLI, Yawa AGBESSI, Roda GBADEGESIN et Saratou NAYA, jeunes femmes évoluant respectivement dans les domaines de la communication, du droit, de la création audiovisuelle et de l’agroéconomie.



Les échanges ont mis en avant la confiance en soi, la formation, le mentorat et la solidarité entre filles comme des leviers pour favoriser leur épanouissement. Les participantes ont notamment souligné la nécessité pour les jeunes femmes d’investir tous les secteurs professionnels et de ne pas laisser les stéréotypes limiter leurs ambitions.
Santé, droits et protection : faire de la sécurité des filles une exigence
Sous la modération d’Oreta ANANI, juriste, ce panel a réuni Sylvio COMBEY COMBETEY, représentant de l’UNICEF Togo, la gynécologue-obstétricienne Dr Ingrid KENGNE TEGUE, l’activiste Chafatou SAA, Dr Yayra DOGBO et Bérénice HAGBEGNON, professionnelle de la cybersécurité.




Les discussions ont porté sur les violences physiques, psychologiques, sexuelles et numériques, les droits des filles, la santé sexuelle et reproductive, les mécanismes de signalement et l’accompagnement des victimes. Les intervenants ont rappelé qu’un environnement scolaire protecteur suppose des dispositifs accessibles, des personnels sensibilisés et des mécanismes de prise en charge adaptés.
Éducation féministe et industries culturelles et créatives : faire de la culture un levier de transformation
Modéré par Jeff EUSEBIO, ce panel a rassemblé Victoire BIAKU, Joel AJAVON, connu sous le nom de Tha Vicious, Germaine SIKOTA, Menteur Ambulant et Elisabeth APAMPA.
Les échanges ont exploré le rôle de la musique, du slam, de la danse et des industries culturelles et créatives dans la sensibilisation aux violences, à l’égalité et au respect. La culture a été présentée comme un moyen de faire passer des messages auprès des jeunes, de déconstruire les représentations sexistes et de créer des espaces d’expression. Les participants ont également évoqué le potentiel des industries culturelles et créatives comme espaces d’opportunités économiques et professionnelles.
Leadership, entrepreneuriat et éducation financière : renforcer l’autonomie
Animé par Deborah GBESSE, ce panel a réuni Rebecca GNAN, d’Africa Food & Business, Mr Stratégies, d’EZAZOZO, Bangel TOHOEGNO, de BoSweetz, et Eric MALOWA, fondateur de LESCENES.
Les échanges ont porté sur la gestion financière, l’épargne, l’entrepreneuriat et l’importance de l’indépendance économique. L’éducation financière et l’acquisition de compétences entrepreneuriales ont été présentées comme des outils permettant aux jeunes filles de mieux préparer leur avenir. L’autonomie économique constitue également un facteur de protection, en contribuant à réduire certaines situations de dépendance.
Éducation au genre et rôle des communautés : responsabiliser toute la société
Le dernier panel, modéré par Diane N’GONOU, a réuni Hélène DOUBIDJI, journaliste et fondatrice d’EkinaMag, Vicentia ESSIEN, psychologue clinicienne, Amen GALLEY, secrétaire général de l’association Parlons Pères, et Dr Dorcas ESSILIVI, médecin et militante des droits humains.


Les échanges ont souligné la nécessité d’impliquer les hommes et les garçons dans la promotion de l’égalité, de favoriser une parentalité positive et de déconstruire les stéréotypes dès le cadre familial. Le rôle des médias, des leaders communautaires et de l’accompagnement psychologique a également été abordé comme une composante importante de la prévention et de la transformation des comportements.
La diversité des profils réunis au cours de ces cinq panels traduit l’approche transversale défendue par IYAWO : la lutte contre les violences et le décrochage scolaire ne peut être efficace si elle est portée par un seul secteur. Elle suppose des alliances entre les acteurs éducatifs, institutionnels, sociaux, économiques et culturels.
Les académies d’IYAWO : prolonger le plaidoyer par la formation
Au-delà des échanges, cette édition a également permis de mettre en lumière les initiatives de formation développées par l’association, notamment EA IYAWO AKADEMIA LEADERS et LES HOMMES DE VALEUR. Les témoignages d’Emmanuella DUGLI et de Vicencia ESSIEN ont illustré l’apport de ces espaces dans le développement de la confiance en soi, du leadership et de l’engagement personnel.
Cette dimension de formation occupe une place importante dans la démarche d’IYAWO. L’association entend aller au-delà de la sensibilisation en contribuant à donner aux jeunes des outils pour devenir des acteurs de changement dans leur environnement. En associant formation, expression, mentorat et mobilisation communautaire, elle inscrit son action dans une dynamique qui dépasse le temps d’un événement.
De la mobilisation à l’action : des engagements à concrétiser
Au terme de cette troisième édition, plusieurs priorités se dégagent des échanges : renforcer les mécanismes de signalement et de prise en charge des violences ; mieux informer les jeunes sur leurs droits, le consentement, la santé sexuelle et reproductive et la sécurité numérique ; développer l’autonomie financière et le mentorat ; mobiliser les familles, les hommes, les médias et les communautés ; enfin, mieux coordonner les interventions et suivre les progrès en matière de maintien des filles à l’école. Ces orientations posent désormais la question de la continuité du plaidoyer. Les réflexions menées lors du forum gagneront à se traduire par des actions concrètes dans les établissements scolaires, les communautés et auprès des institutions concernées.
Pour Elisabeth APAMPA et IYAWO, l’enjeu est de consolider les alliances, de poursuivre le travail de sensibilisation et de faire en sorte que la parole accordée aux jeunes filles ouvre la voie à des possibilités réelles d’apprentissage, de protection et d’autonomisation.
Trois éditions après son lancement, Ladies Movement porte ainsi une ambition qui dépasse la célébration annuelle de la jeune fille : faire entendre sa voix, défendre son droit à l’éducation et contribuer à construire un environnement dans lequel elle peut apprendre, grandir et prendre pleinement sa place avec les alliés garçons.

