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Aggravation de l’état de santé des détenus politiques : Un afro-descendant interpelle Faure Gnassingbé au 9ème congrès panafricain à Lomé

Le deuxième jour du 9ème Congrès panafricain, qui se déroule cette semaine au Palais des Congrès de Lomé, a été marqué par une intervention particulièrement incisive. L’activiste Siphiwe Ka Baleka Bel El, figure du militantisme panafricain et afro-descendant rapatrié en Guinée-Bissau, a tenu un discours d’une intensité remarquable, mettant en exergue la fragilité des droits humains sur le continent et, surtout, la situation préoccupante des prisonniers politiques au Togo.

De sources généralement bien informées, l’état de santé de plusieurs détenus politiques incarcérés au Togo se dégrade gravement suite à la grève de la faim qu’ils observent depuis plusieurs semaines. Deux parmi ces otages du régime, Ouro Sama Abdoul Ganiou et Alassani Saliou ont été évacués d’urgence hier mercredi au Cabanon du CHU Sylvanus Olympio, en plus de Aziz Goma et Grace Bikonibiyate Koumayi qui ont été déjà hospitalisés. Malgré ces alertes, les autorités togolaises continuent d’ignorer l’urgence de la question des prisonniers politiques. Dans ce contexte tendu, peu de participants s’attendaient à voir un intervenant aborder ce sujet sensible lors d’un congrès organisé par le régime de Faure Gnassingbé. Pourtant, c’est ce que Siphiwe Ka Baleka Bel a fait, sans détour. Il a « frappé là où ça fait mal », en remettant au centre du débat, la réalité des prisonniers politiques au Togo.

Lors de son allocution, Siphiwe Ka Baleka Bel El s’est adressé directement au ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, et indirectement au président du Conseil, Faure Gnassingbé. L’activiste a plaidé pour que le Togo « prenne les devants » en initiant, dans le cadre du congrès, une résolution en faveur des prisonniers politiques. Pour lui, tenir un congrès panafricain à Lomé sans évoquer les violations persistantes des droits humains relève d’une contradiction fondamentale avec les principes mêmes du panafricanisme et de l’Ubuntu. « Le congrès est organisé sur le dos du peuple togolais, dont une grande partie vit en diaspora, alors que le pays compte encore des prisonniers politiques, des exilés et des personnes soumises à des traitements inhumains », a-t-il déclaré. Il a également rappelé l’assassinat du premier président togolais, Sylvanus Olympio, affirmant que les stigmates de cet épisode « déshumanisent encore le peuple togolais et perpétuent des injustices jusqu’à aujourd’hui ».

L’activiste a, en outre, dénoncé les traitements inhumains infligés à des centaines de détenus, les exils forcés, les grèves de la faim imposées et les assassinats jamais élucidés. Selon lui, le silence sur ces réalités constitue une trahison des idéaux du panafricanisme. Évoquant les risques personnels liés à sa prise de position, il a lancé : « Je me demande si je vais être ciblé ici parce que je demande une amnistie générale… Ce n’est pas la renaissance africaine que nous voulons. Que vaut notre panafricanisme si nous devons vivre dans la peur ? »

Au-delà du cas togolais, Siphiwe Ka Baleka Bel El a évoqué la crise post-électorale en Guinée-Bissau, affirmant que le président élu Fernando Díez se serait réfugié à l’ambassade du Nigéria aux fins de fuir « la brutalité du régime militaire ». Il a également mentionné la détention arbitraire du leader civique camerounais Dukhan Chamani, pour lequel il dit soutenir une pétition internationale.

Ces situations, a-t-il soutenu, témoignent d’une dynamique continentale où la peur s’institutionnalise. « Ce n’est pas la renaissance africaine que nous voulons », a-t-il insisté, citant aussi les cas du Soudan, de la Côte d’Ivoire, de la Tanzanie, du Sahel et de la Guinée-Bissau.

Siphiwe Ka Baleka Bel El a appelé à la construction d’une union politique africaine forte d’ici à 2030, seule à même de protéger la souveraineté et la dignité des peuples face au néocolonialisme et aux défis émergents, notamment ceux liés aux technologies comme l’intelligence artificielle. « Sans l’unité du peuple africain, nous n’aurons pas le pouvoir de mettre en œuvre les solutions nécessaires aux problèmes de l’Afrique, quelle que soit la brillance de nos idées », a-t-il martelé.

Joël D.

Source : Libertetogo.tg

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