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Damiba extradé par les autorités togolaises – Une extradition qui pose plus de questions qu’elle n’y répond

Paul-Henri Sandaogo Damiba, ancien chef de l´état burkinabè, renversé en 2022 et réfugié au Togo depuis cette date, est de retour dans son pays, le Burkina. Mais pas volontairement ; il a été arrêté par ses supposés protecteurs et renvoyé manu militari dans un pays où il est recherché pour des raisons politiques. Des réfugiés politiques, comme Damiba, il y en a des milliers, sinon des millions à travers le monde, qui jouissent de l´asile politique et de la protection dans les pays où ils ont trouvé refuge, selon la jurisprudence du droit international. Et il ne viendrait jamais à l´esprit des autorités politiques du pays protecteur, sans une raison de force majeure, de mettre fin au statut du réfugié politique, de l´arrêter et de le renvoyer contre sa volonté dans la gueule du loup, dans son pays où on pourrait craindre pour son intégrité physique. Aujourd´hui, le fait que le régime togolais, incarné par Faure Gnassingbé, soit un régime de dictature de père en fils de presque 60 ans, largement contesté et qui se maintient au pouvoir par une répression brutale, jouant un rôle trouble dans la sous-région, peut nous amener à nous demander si Paul-Henri Sandaogo Damiba, en se réfugiant au Togo en 2022, après avoir été chassé par un coup d´état par Ibrahim Traoré et ses hommes, avait misé sur un mauvais cheval en faisant confiance aux autorités togolaises pour sa sécurité.

Ce qui se passe aujourd´hui avec l´extradition de l´ex-chef d´état burkinabè vers son pays, à son corps défendant, bien qu´il soit sous la protection du droit international en tant que réfugié politique, répond largement et de façon affirmative à cette question.

Pourquoi le Togo, sous l´autorité de Faure Gnassingbé, a-t-il livré Paul-Henri Sandaogo Damiba aux autorités de son pays en sachant pertinemment qu´il y pourrait risquer le pire? Ce qui est curieux, c´est qu´on aurait l´impression que les deux capitales, Ouagadougou et Lomé, auraient pris soin de s´entendre pour que la demande d´extradition aux autorités togolaises soit rédigée de telle sorte que Damiba fût extradable sans que le Togo ne soit accusé de remettre un ancien chef d´état en disgrâce à ses poursuivants pour des raisons politiques. Voici ce que dit en substance le communiqué du gouvernement togolais daté du 19 janvier 2026: « En date du 12 janvier 2026, les autorités compétentes togolaises ont reçu une demande d´extradition formulée par les autorités judiciaires de la République du Burkina-Faso, visant DAMIBA Paul-Henri Sandaogo, de nationalité burkinabè, poursuivi des chefs de détournement criminel des deniers publics, enrichissement illicite criminel, corruption, incitation à la commission de délits et crimes, recel aggravé et blanchiment de capitaux…» Pourtant, depuis que Paul-Henri Sandaogo Damiba s´était réfugié au Togo en 2022 plusieurs tentatives de coup d´état avaient été dénoncées à plusieurs reprises par le régime burkinabè autour d´Ibrahim Traoré, et à chaque fois Damiba était accusé d´être à la manœuvre depuis Lomé. En septembre 2024, en avril 2025 et tout dernièrement au début du mois de janvier 2026 où des témoignages avaient été faits publiquement pour enfoncer plusieurs personnalités burkinabè, civiles comme militaires, dont Damiba serait le cerveau. Fin 2024, le capitaine Traoré avait dit espérer l’extradition de M. Damiba, qui a été radié de l’armée à cette même époque pour “intelligence avec une puissance étrangère ou avec des groupes terroristes” visant à déstabiliser le Burkina.

Pourquoi alors les vrais motifs qui intéressent tant les autorités burkinabè et qui sont d´ordre politique, et pour lesquels Ibrahim Traoré cherchait l´extradition de l´ex-lieutenant colonel, ne sont-ils pas mentionnés dans la demande formulée par les autorités de Ouagadougou? La pression du régime burkinabè sur Faure Gnassingbé était-elle si forte pour que, comme nous le mentionnions un peu plus haut, le pouvoir de Lomé demande à Ouagadougou de formuler une demande d´extradition de telle sorte que l´opinion ait l´impression que Paul-Henri Sandaogo Damiba n´est accusé que des crimes de droit commun? L´avocat et ancien ministre malien de la justice, Mamadou Ismaïla KONATE, s´étonne du comportement du gouvernement togolais et se pose la même question que nous: «Le communiqué du gouvernement togolais est aussi opaque et déroutant que l’arrestation suivie de l’extradition vers le Burkina Faso de Paul-Henri Sandago Damiba. Il évoque, de manière étonnamment confuse, la saisine de la juridiction d’appel de Lomé sur la base d’un mandat d’arrêt émis par les autorités burkinabè pour des infractions prétendument de droit commun… Ce même gouvernement feint-il d’ignorer que Damiba a été récemment publiquement accusé par le ministre burkinabè de l’Intérieur d’avoir participé à une tentative de coup d’État? Ou plus grave encore, ignore-t-il qu’il s’agit d’un ancien chef d’État, bénéficiant de ce fait d’un statut politique que la jurisprudence internationale protège?… Dans ce contexte, l’attitude du gouvernement togolais ne relève pas seulement de la légèreté juridique: elle expose directement Paul-Henri Damiba à des menaces graves contre sa personne.»
Eu égard à la situation politique intérieure au Togo, où Faure Gnassingbé est massivement contesté par son peuple, sait-il vraiment encore ce qu´il fait? À l´ouest, nous avons le Ghana où la démocratie et l´alternance au sommet de l´état sont une réalité; à l´est le Bénin, un pays qui est à son quatrième président avec Patrice Talon depuis le début de l´ère démocratique en 1989. Une démocratie béninoise et son bilan positif dont la comparaison avec le Togo met mal à l´aise le régime de Lomé et ses profiteurs. Ainsi isolé politiquement, Faure Gnassingbé n´a pas intérêt à se mettre à dos les pays de l´AES et surtout les autorités burkinabè. C´est pourquoi il fut décidé, sans égard au droit international et à la sécurité de Damiba, de le livrer, plutôt que de risquer une certaine colère venant du Sahel. Paul-Henri Sandaogo Damiba, aujourd´hui dans sa cellule à Ouagadougou, doit amèrement regretter son choix du Togo en 2022 comme terre d´asile. Il aura surtout appris à ses dépens qu´on ne fait pas confiance à un régime de dictature, de père en fils, en mal de légitimité, que les Togolais subissent depuis 60 ans.

Samari Tchadjobo
Allemagne

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