« Ça jase, on spécule et on en parle ouvertement dans les microcosmes politiques. Un nouveau dialogue, un énième dialogue. En période de crise comme celle que nous vivons en ce moment, un dialogue s’impose pour repartir sur de nouvelles bases. Sauf qu’au Togo, il y a déjà eu une trentaine de dialogues. Qu’a- t-on fait des résultats de ces dialogues en particulier les 68 recommandations de la CVJR ? » La Dépêche N° 1256 du 4 février 2026
Voilà ce que nos confrères de l’hebdomadaire «La Dépêche» écrivaient le 4 février dernier sur les innombrables dialogues entre opposition et pouvoir au Togo, depuis le début de la lutte, sans que l´éternel problème politique soit résolu. Au total trente(30) dialogues depuis le début des années ´90. Et la raison de l´échec est toute simple: pour qu´un dialogue entre deux forces politiques, ici l´opposition togolaise et le régime Gnassingbé, ait une chance d´aboutir à des résultats positifs pour tout le monde, il faudrait que la volonté de voir l´objet du conflit réglé, soit des deux côtés. Est-ce que c´est le cas au Togo depuis aujourd´hui bientôt 4 décennies? Pour expliquer la source et les raisons du drame togolais, nous prenons toujours en exemple les remous politiques dans plusieurs pays africains en 1989 et 1990 après la chute du mur de Berlin; on avait parlé à l´époque du vent de l´est. Des manifestations monstres de la part des populations révoltées ça et là sur le continent contre leurs dictateurs d´alors conduisirent la république du Bénin à donner l´exemple, en organisant une conférence nationale pour dénoncer et faire le catastrophique bilan de l´ère Mathieu Kérékou.
Pendant que ce dernier reconnut sa faute, fit son mea-cupla et demanda pardon au peuple béninois, en laissant faire la démocratie, les Togolais eux, à quelques kilomètres à l´ouest, avaient comme dictateur un certain Éyadéma Gnassingbé qui était tout le contraire de Kérékou. Il accepta du bout des lèvres les décisions de la conférence nationale, tenue en juillet et août 1991, avant de lâcher ses tueurs aux trousses des opposants. Plusieurs coups de force de la part d´éléments d´une armée togolaise pas comme les autres, contribuèrent à affaiblir le premier gouvernement de transition dirigé par l´avocat Joseph Kokou Koffigoh. Et c´était également le début de l´éternel marché de dupes qu´on désigne abusivement par dialogues. Entre-temps Faure Gnassingbé succéda à son père décédé en février 2005. De nouvelles générations d´opposants ont succédé aux anciennes qui avaient cru à la liberté, à la démocratie, à l´alternance, avant d´être désillusionnées et surtout persécutées par le caractère méchant d´un régime Gnassingbé qui constitue aujourd´hui la triste et honteuse exception dans la sous-région ouest-africaine. Le régime de Faure Gnassingbé, malgré son isolement politique actuel, n´a pas l´intention de mettre de l´eau dans son vin, en initiant un dialogue sincère avec son opposition et son peuple.
C’est pourquoi il n´est pas rare que des responsables de l´opposition togolaise, dépités par le comportement irresponsable du régime Gnassingbé, dénoncent justement cette duplicité qui consisterait, entre autres, à être en permanence en quête de béquilles pour consolider son pouvoir. En effet, il est reproché à Faure Gnassingbé et à sa suite, confrontés au refus d´une grande partie de l´opposition de prendre part à un nouveau marché de dupes, de déterrer ce vieux manchin dénommé CPC (Cadre Permanent de Concertation) créé en 2022, qui, en dehors du fait que les opposants qui y avaient cru, furent gratifiés de postes de député, de sénateur ou de maire, n´avait accouché que d´une souris. Après avoir été contactée par le pouvoir pour prendre part à des assises le 19 février dernier dans le cadre du fameux CPC, l´une des plus importantes formations de l´opposition togolaise, l´ANC (Alliance Nationale pour le Changement), a réagi à travers un communiqué daté du 19 février 2026 et signé par son président national, Monsieur Jean-Pierre Fabre, dont voici un extrait: «…L´ANC rappelle qu´un véritable dialogue ne saurait être imposé par une seule partie. Sa préparation doit être consensuelle inclusive et crédible. L´ANC réaffirme son attachement à un véritable dialogue national, sincère, inclusif et orienté vers des réformes profondes et irréversibles, seules capables d´ouvrir la voie à l´alternance démocratique et à la réconciliation nationale.»
Malgré cette posture de refus adoptée par une grande partie de l´opposition pour mettre le régime Gnassingbé devant ses responsabilités, de petites formations politiques, sans ancrage réel dans le pays, mais dont les responsables jouent aux grands opposants, continuent à donner l´occasion au pouvoir RPT-UNIR de faire semblant de travailler à la décrispation de la tension politique. En effet, d´après le site officiel du gouvernement togolais, «République Togolaise»: «Les acteurs politiques regroupés au sein du Cadre permanent de concertation (CPC) ont tenu, le jeudi 19 février, leur première session de l’année 2026. Les échanges ont porté sur plusieurs sujets, notamment sur le type de Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) à mettre en place, l’évaluation des prérogatives et du fonctionnement du CPC, ainsi que la participation des acteurs indépendants aux prochaines échéances électorales dans le cadre du régime parlementaire.» Cette réunion du CPC, avec certainement ces micro-partis politiques qui faisaient des mains et des pieds auprès des représentations de l´union européenne et de Faure Gnassingbé pour un dialogue, dirigée par Me Tchassona Traoré Mouhamed, un des «opposants» complaisants vis-à-vis du pouvoir de Lomé, dit tout sur la grande irresponsabilité et le jusqu´au-boutisme d´un régime qui n´a décidément pas de bonnes intentions pour le Togo. Rappelons que notre pays, le Togo, sans guerre, est le seul pays de la sous-région ouest-africaine a avoir enregistré depuis 1990 plus de morts pour des raisons politiques. Jusqu´à quand le régime RPT-UNIR, autour de Faure Gnassingbé, continuera à pratiquer, toute honte bue, la politique de l´autruche, en sacrifiant volontairement, pour le pouvoir d´un seul, l´avenir de presque dix millions de Togolais et de leur descendance?
Samari Tchadjobo
Allemagne
Réunion du CPC avec une opposition choisie: Quand la mauvaise foi du pouvoir UNIR a la peau dure


