Début 2026, les Editions de la Principauté des Baobabs inaugurent la série Histoire des élections en Afrique du journaliste et chercheur indépendant Régis Marzin avec un premier volume consacré à la Côte d’Ivoire. Intitulé “Côte d’Ivoire de 1945 à 2025, la démocratie à l’épreuve des urnes”, l’ouvrage propose une plongée dans huit décennies de compétitions électorales, marquées par des exclusions controversées, des reculs démocratiques et l’influence persistante d’acteurs extérieurs. Dans un entretien accordé à Max-Savi Carmel, l’auteur revient sur les enseignements de son livre et décrypte, au-delà du cas ivoirien, les fragilités structurelles qui continuent de peser sur les processus électoraux africains.
Max-Savi Carmel : Vous êtes un spécialiste des élections en Afrique. Votre livre, “Côte d’Ivoire, une démocratie à l’épreuve des urnes” est publié aux Editions de La Principauté des Baobabs. Quelles en sont les grandes lignes ?
Régis Marzin : Ce livre sur la Côte d’Ivoire est issue d’une recherche sur l’histoire complète des élections en Afrique dans 55 pays depuis 1792. Il rassemble les éléments relatifs à la Côte d’Ivoire et aux ensembles de pays auxquels a appartenu le pays à certains moments de son histoire. Entre 1945 et 1960 et en 1990, son histoire ne s’explique que par la description des mouvements d’ensemble d’Etats et des interactions avec le pays colonisateur. Puis, les interactions continuent. L’histoire des élections du pays est replacée dans un contexte historique plus large qui permet de le comprendre. Chaque processus électoral est analysé en détail, en particulier celui de la présidentielle de 2010. L’analyse des processus électoraux se fait de la même manière que dans les autres pays, ce qui ‘normalise’ en partie, par ma méthode d’auteur, la description des éléments ivoiriens au sein d’un récit global.
Il n’y a pas d’objectif d’arriver à une sorte de thèse ou de décrire uniquement des éléments principaux mais de rassembler l’ensemble des éléments de manière synthétique et d’une certaine façon normalisée. La force de ce livre me semble pouvoir être dans une sorte d’exhaustivité d’un récit relativement neutre, y compris dans la description des relations avec l’extérieur. Les parties les plus significatives sont sans doute les périodes 1945-1960, 1990, 2010-2011 et 2020-2025. Ainsi, le livre fournit une vue d’ensemble, une synthèse de faits selon une méthode valable sur tous les pays en Afrique, issue d’une recherche historique, avec moins de biais partisans et, en ce qui concerne les interventions externes, en particulier françaises, moins de biais nationaliste.
Vous avez suivi de près la dernière présidentielle en Côte d’Ivoire. Comment expliquez-vous la stratégie qui consiste à écarter les opposants les plus crédibles et qui existent dans d’autres pays du continent ?
Régis Marzin : Le livre s’arrête en novembre 2025. L’histoire de la démocratie en Afrique est aussi l’histoire d’une antidémocratie. Ecarter des candidats est un procédé classique et récurrent dans les détournements de processus électoraux. Le procédé a été employé dans plusieurs pays en 2025, en Tanzanie avec Lissu, en Côte d’Ivoire avec Thiam, au Cameroun avec Kanto, en Guinée Bissau avec Pereira, en Guinée avec Dalein Diallo et d’une certaine manière aussi en Ouganda avec Besigye même s’il reste à nouveau Bobi Wine. Il le sera aussi bientôt au Bénin avec Agbodjo. Ce tir groupé, qui se remarque bien, semble très symptomatique du recul de la démocratie en Afrique depuis 2016, qui s’accentuerait. Mais en Côte d’Ivoire, cela prend un sens particulier en raison de la limitation de mandats de la constitution non suivie depuis 2020 et de l’historique de l’exclusion de Ouattara dans la période de l’Ivoirité. La méthode utilisée pour exclure Thiam donne une idée d’un défaut de démocratie, ce qui correspond aussi à un échec international à partir de la présidentielle de 2010. La difficulté à sortir des élections de suite de guerre civile est visible.
L’élimination en amont de candidats en Côte d’Ivoire discrédite-t-elle le scrutin ? Ou bien, pensez-vous que les résultats étaient connus d’avance, peu importe les candidats ?
Régis Marzin : Je publie un livre de recherche dans lequel je limite mes commentaires pour tenter de respecter une méthode d’analyse et me concentrer sur les faits. En revanche, je cite les commentaires d’analystes divers parce que certaines opinions sont en plus ou moins elles-mêmes des faits historiques ou éclairent correctement un processus historique plus large. Après la présidentielle ivoirienne de 2025, les analyses avec du recul et de la perspective divergent et le lecteur pourra y réfléchir lui-même. Il y a peu de discours sérieux parlant de démocratie réelle en Côte d’Ivoire en 2025, en dehors de discours prononcés en fonction d’intérêts. Je peux simplement rajouter qu’Alassane Ouattara est assez franc lui-même. Il parle de devoir, d’obligation à rester un peu malgré lui. Il n’est plus en train de vendre la démocratie, mais de parler d’un compromis entre démocratie partielle et réalisme de son point de vue. C’est peut-être aussi de cette manière que l’on peut comprendre les influences de Jean-Yves Le Drian et Emmanuelle Macron dans le dossier vers 2020 sur la question du troisième mandat à la mort de Gon Coulibaly. Il se ressent une recherche de maintien d’équilibre, pas très équilibré au départ.
Je parle d’élections de suite de guerre pour décrire les élections dans un contexte complexe qui ne facilite pas la démocratie. Mais, la démocratie est aussi dans certains cas une justification d’intervention internationale et un élément majeur du maintien de la paix. Il y a un facteur de temps, le temps comme le temps d’emprisonnement de Laurent Gbagbo ou les temps des mandats en nombre limité. Le temps, ici, passe sans assez d’amélioration démocratique liée au temps. Et pourtant, la réalité ivoirienne reste ambivalente, plus ambivalente que dans des pays au régime politique figé sans perspective d’amélioration. Le pays n’est pas figé à ce stade, mais le risque est qu’il finisse par l’être.
Après la Côte d’Ivoire, avez-vous l’intention ou en projet de vous intéresser à d’autres pays par rapport à la question électorale ?
Régis Marzin : Je ne suis pas spécialisé dans la Côte d’Ivoire et ma recherche continue sur tous les pays. Il y a une histoire électorale même pour le Sahara occidental, même si elle est courte. Un autre livre sur l’Afrique de l’Ouest anglophone est déjà prêt. Je travaille sur l’histoire du Bénin. Son histoire est passionnante et devrait passionner des lecteurs à la sortie d’un livre en 2026. L’histoire du Bénin est fondamentale à partir du moment où le pays a été choisi comme ‘modèle’ démocratique, ce qu’il a assez peu été, finalement. L’histoire de sa cour constitutionnelle est remarquable. Les pays les plus intéressants peuvent aussi être les pays ou des luttes politiques sont menées. A côté de l’approche géographique, il y a l’approche chronologique et je prévois de publié un autre livre en 2026 sur l’histoire des élections en Afrique entre 1792 et 1945.
Quels sont, selon-vous, les pays qui organisent, sur le continent, les élections plus “acceptables” ?
Régis Marzin : Il y a en Afrique beaucoup de pays où les processus électoraux sont démocratiques. Dans mes études de bilan annuelles, j’ai parlé de 23 pays démocratiques en 2016, un maximum, un nombre descendu à 16 en 2023. Par ordre d’arrivée cela donne en 2024 et 2025 : Botswana, Ile Maurice, Cap Vert, Sao Tomé-et-Principe, Afrique du Sud, Namibie, Malawi, Lesotho, Nigéria, Ghana, Libéria, Seychelles, Gambie, Malawi, Zambie, Somaliland et Sénégal. En cas de simples « irrégularités », les résultats globaux ne sont pas remis en cause et le processus électoral n’est pas détourné. Décrire des conditions qui rendent possibles des processus électoraux corrects dans des pays où la démocratie n’est pas déjà bien installée est également intéressant. Cela peut être le cas après une guerre ou un coup d’Etat militaire sans pouvoir sortant. Il y a aussi des pays qui sont assez instables mais ont pris l’habitude de bien organiser les élections, par exemple, la Guinée-Bissau jusqu’à cette année, ou, plus ou moins, Madagascar. Au Maroc, les élections sont, depuis un certain temps, assez bien organisées. Il y a un biais fréquent dans l’espace francophone qui est de réfléchir en se focalisant sur l’espace francophone alors que la réalité continentale est assez différente. La crise de la démocratie depuis 2016 est surtout visible dans l’espace francophone. Les élections sont de manière certaine de meilleure qualité côté anglophone. Les causes du décalage qui s’accentue sont à mieux déterminer. Par exemple, côté francophone, le fonctionnement des cours constitutionnelles est un point important, parmi d’autres.
On a constaté cette dernière décennie une régression de la démocratie en Afrique avec pour corollaire la dégradation des processus électoraux. Comment expliquez-vous le phénomène ?
Régis Marzin : Ils ne se dégradent pas spécialement, mais les méthodes et la perception évoluent dans le temps. Les régimes antidémocratiques n’organisent pas de processus démocratiques sauf exception rares. Dans ce type de régimes, les processus électoraux ne se dégradent pas, ils sont systématiquement détournés. Beaucoup préfèrent détourner leurs processus électoraux en amont, sans trop de contestation et sans regards extérieurs les condamnant.
L’histoire de la démocratisation de l’Afrique depuis le retour de 36 pays au multipartisme au début des années 90 se divise en phases, une phase de démocratisation de 1990 à 1994, une phase de régression entre 1995 et 1999, une autre phase de démocratisation de 2000 à 2006, une phase de régression de 2007 à 2011, une troisième phase de démocratisation de 2012 à 2015, avant d’arriver à la phase actuelle de régression depuis 2016. L’évolution sur une décennie commence en 2016, l’année de l’arrivée de Trump et, en Afrique, l’année des quatre inversions de résultat en aval lors de présidentielles. Il s’agit aussi du moment de la fin du Printemps arabe en Egypte, en Libye et en Tunisie et du début du développement d’un nouveau type de guerre au Sahel et ailleurs. Ce qui caractérise la phase actuelle, c’est que la régression démocratique est mondiale, mais en Afrique, il y a des facteurs particuliers. Toutes les méthodes utilisées depuis 1990 pour faciliter la démocratisation ne sont plus efficaces juste au moment de la fin des Printemps arabes et de la diffusion de la guerre au Sahel. Les régimes démocratiques ont réussi à trouver un moyen de se maintenir face à chaque méthode les fragilisant. Il y a un facteur spécifique aux anciennes colonies françaises sur la limitation du nombre de mandats qui datait des constitutions du début des années 90. Il y a aussi les effets statistiques globaux de la Françafrique électorale, dont l’histoire reste à écrire. Ce qui n’a pas vraiment échoué, mais n’a pas réussi à inverser la tendance, ce sont les commissions électorales, les missions d’observation électorales qui ne sont efficaces qu’en l’absence de pouvoir sortant bloquant, l’amélioration des fichiers électoraux y compris par la biométrie, le droit international, ou les contestations de rue, même s’il peut y avoir encore des cas exceptionnels comme à Madagascar en 2025. En soutien de la démocratisation, il reste encore des méthodes efficaces mais seulement en cas d’absence de pouvoir sortant bloquant, en particulier les missions d’observations longues sérieuses, de type Union Européenne ou Fondation Carter, qui sont toujours bénéfiques. Quand prend fin le Printemps arabe vers 2015 et commence la guerre au Sahel, les obstacles au maintien de système sont déjà supprimés. En 2016, les quatre inversions de résultat de présidentielle en aval au profit de Guelleh, Déby, Sassou et Bongo, sans grandes réactions internationales, symbolisent un changement de période.
Vous travaillez depuis une décennie sur les élections en Afrique. Comment expliquez-vous que chaque scrutin soit accompagné de contestations parfois violentes ?
Régis Marzin : Parfois la répression est si rapide et forte en amont qu’il y a peu de contestation et de violences. C’est même assez souvent le cas, puisque les élections sans démocratie sont en forte proportion. Il y a aussi des pays où les institutions démocratiques fonctionnent assez bien et où la violence est fréquente et forte, au Nigéria et au Kenya en particulier. En Tanzanie, cette année, ce que j’appelle un ‘régime de dictature de parti politique’ avec limitation de nombre de mandats, a montré sa capacité à utiliser la violence pour empêcher une poursuite de processus de démocratisation. Des progrès étaient juste avant visibles, la population a sans doute espéré la fin du système, les jeunes se sont révolté lors des élections et le régime a alors montré sa vraie nature, par un crime de masse. La violence et la répression ne sont pas proportionnelles au manque de démocratie, à cause de la répression et de l’adaptation qu’elle implique. En Côte d’Ivoire, il y a 85 ou 87 morts lors de la présidentielle de 2020 et le bilan est estimé jusqu’à 27 en 2025. La Cour pénale internationale a eu peu d’effet net sur les processus électoraux, mais peut-être qu’elle en a eu préventivement sans que cela soit visible. En théorie, du progrès pourrait encore être fait au niveau de l’intersection du droit international pénal et d’un droit international électoral encore balbutiant. Sans doute que nous ne sommes pas dans la bonne période pour avancer sur ce point, malheureusement.
Pourquoi le choix, chez vous, de vous intéresser aux élections en Afrique alors que pendant longtemps, vous aviez milité contre la Françafrique. Pensez-vous qu’il y a un lien entre transparence électorale et lutte contre la Françafrique ?
Régis Marzin : Mes choix de thématiques de travail ont été très liés aux demandes des militants africains croisés à Paris. J’ai travaillé sur les élections et la démocratie à partir de 2009 alors que cela correspondait à une priorité de militants associatifs et politiques. La période 2009-2015 était plus conflictuelle. Il y avait plus d’attentes de changements rapides. La probabilité de changement a ensuite baissé.
La Françafrique est un ensemble d’acteurs assez grand pour être étudié au travers de sous-ensembles. Une Françafrique pétrolière associé au financement de la vie politique française et aux paradis fiscaux est la partie de la Françafrique la plus connue. J’étudie la Françafrique électorale. La présidentielle ivoirienne de 2010 a fait couler le plus d’encre. J’ai préféré développer une approche « acteurs » ou liste d’acteurs pour clarifier dans un premier temps la description de la Françafrique électorale, sa présence ou son absence date par date, pays par pays. Elle n’est pas là tout le temps et partout. Ce n’est pas parce que la Françafrique est aujourd’hui moins forte et qu’elle été l’objet de travaux associatifs plus qu’universitaires, que son histoire ne reste pas à écrire ou mieux écrire. Il y a un enjeu de compréhension de ses effets. Elle a joué un rôle négatif sur le processus de démocratisation continental africain, sachant que la France a joué un rôle central dans cette histoire, à cause de la méthode de réforme par vague de pays qui a concerné des étapes importantes de l’histoire politique de l’Afrique, au moment des diffusion du suffrage universel entre 1945 et 1960, de l’installation des monopartismes vers 1958-1960 et lors du retour du multipartisme dans 36 pays vers 1990. Même la limitation du nombre de mandats est concernée. Chaque fois, les dirigeants français ont été associé d’une manière ou d’une autre à des vagues dans leur pré carré qui ont ensuite créé des vagues continentales. La Françafrique électorale a aussi de l’importance à cause du rôle central de la France, parfois positif, dans l’histoire électorale africaine depuis 1945. Tout n’est pas à estimer d’un point de vue moral, il y a aussi des réformes faites trop vite et sans adaptation aux spécificités de chaque pays. Sur la Côte d’Ivoire, je décris dans mon livre un rôle important de Félix Houphouët-Boigny dans l’installation du monopartisme entre 1958 et 1959 qui a impact sur l’histoire de l’Afrique et pas seulement sur son pays ou sur les futures ex-colonies françaises.
Dans le contexte actuel où presque toutes les élections font objet de contestation et donc souffre de légitimité, certains pensent que l’Afrique n’est pas prête pour les élections….
Régis Marzin : Je suppose que la question concerne l’Afrique dite francophone qui n’a plus comme pays clairement démocratique que le Sénégal, même si d’autres pays affichent des éléments contrastés, comme le Maroc, la Mauritanie, Madagascar, la Centrafrique ou depuis peu le Gabon. Votre référence à une tendance actuelle renvoie aussi à Jacques Chirac en février 1990 venant soutenir Félix Houphouët-Boigny contre le multipartisme de manière caricaturale. Il en est resté l’expression des « peuples pas mûrs pour la démocratie » qui n’est pas de Jacques Chirac mais du journaliste Hubert Coudurier, dans une interprétation de la citation du maire de Paris qui disait : « Le multipartisme est une sorte de luxe que ces pays en voie de développement n’ont pas les moyens de s’offrir».
Souvent, les généralisations répétées sur les réseaux sociaux ne différencient pas le Sahel des 20 anciennes colonies françaises, ou les 20 anciennes colonies françaises des 55 pays. L’oubli de la précision sur le cadre géographique fait partie du flou général des discours à base de slogans.
En écrivant l’histoire des élections en Afrique, j’ai étudié beaucoup de faits et de discours, riches d’éléments de stratégie. Parmi les causes du recul de la démocratie en Afrique à partir de 2016, il y a l’évolution des conflits armés. Dans les années 90 et même 2000, il y avait des rébellions en Afrique cherchant à faire tomber des régimes qui ne voulait pas partir par des élections, mais depuis 2016, l’aspect militaire est la source la plus forte d’un désespoir démocratique. La question de la poursuite de la démocratisation s’est complexifiée avec les questions militaires.
Par ailleurs, il reste encore beaucoup de travail pour éclaircir l’histoire politique de l’Afrique. Le manque de régimes démocratiques impacte la possibilité d’écrire. Le manque de liberté de la presse joue un rôle aussi. L’histoire de la colonisation-décolonisation et l’histoire de la démocratisation se croisent. Cela crée un double mouvement de progrès et de résistances de forces à ces progrès qui peut avoir des aspects complexes. Il faut entrer dans le détail… au travers de livres justement. Beaucoup reste à écrire. En particulier, l’histoire du lien entre élections, démocratisation et colonisation et décolonisation reste à écrire. Je prévois de sortir bientôt un autre livre sur l’histoire des élections en Afrique entre 1792 et 1945.
Quelles solutions préconisez-vous face à la crise électorale en Afrique qui crée, à chaque fois, des contestations ?
Régis Marzin : Les contestations sont la partie immergée de l’iceberg. La répression étouffe la contestation. Entre autres exemples, au Rwanda de Kagame, il est difficile de contester. En Tunisie, la répression suit la trajectoire égyptienne. Si la question est celle de la reprise d’une nouvelle phase de processus de démocratisation continental, alors, il m’est difficile d’y répondre. Clarifier l’histoire passée ne donne pas directement des solutions pour le futur, cela donne simplement matière à réflexion. Si je suis chercheur et observateur, je ne suis plus directement acteur, je ne suis même plus ‘conseilleur’. Comme vos questions le montrent, il y a déjà assez de choses à discuter à partir des faits historiques.
Les changements technologiques provoquent une évolution de l’écriture de l’histoire. Selon moi, l’histoire ne peut pas s’écrire sans les journalistes, sans les journalistes d’investigation, sans les associations, sans les acteurs politiques, sans les chercheurs en sciences politiques, sans les juristes et constitutionnalistes, pour ne citer que quelques domaines. Les journalistes peuvent apporter aux historiens des faits plus rapidement et, parfois, plus sûrement, surtout si le contexte est difficile. Les sciences politiques permettent de problématiser des données de manière utile. Au moment de décisions politiques, les institutions interétatiques sont essentielles. Qui se souvient encore que les Nations unies furent un acteur poussant à l’installation du suffrage universel entre 1945 et 1960 ?
Régis Marzin, interview par Max-Savi Carmel, Paris
Régis Marzin, Côte d’Ivoire de 1945 à 2025, la démocratie à l’épreuve des urnes, Editions de La Principauté des Baobabs, décembre 2025


