Certains journalistes critiques sont rapidement qualifiés d’activistes. pourtant ’un journaliste reste un citoyen libre d’exprimer ses opinions, tout en respectant les règles professionnelles de son métier.
Par N’djo
Depuis quelque temps, une étrange tendance s’installe dans le débat public togolais. Il suffit qu’un journaliste formule une critique à l’endroit du pouvoir, d’un ministre ou d’un directeur général pour qu’il soit immédiatement qualifié d’«activiste». L’étiquette est devenue un moyen très commode de discréditer une parole dérangeante plutôt que d’en discuter le fond.
Le journaliste Ferdinand Ayité en fait régulièrement les frais. Sur les réseaux sociaux notamment, les attaques se multiplient dès lors que ses prises de position ou ses enquêtes mettent en cause les autorités ou certaines personnalités influentes. Mais au-delà de son cas particulier, c’est une question de principe qui mérite d’être posée : un journaliste cesse-t-il d’être un citoyen parce qu’il exerce le métier de journaliste ?
La réponse est évidemment non. Le journalisme est une profession, non une condition qui retire les droits civiques fondamentaux. Comme tout citoyen, le journaliste a le droit de s’indigner face à une injustice, de se réjouir d’une avancée, d’exprimer ses inquiétudes devant une situation préoccupante ou encore de partager ses convictions dans l’espace public. Exiger de lui une neutralité absolue en toutes circonstances reviendrait à lui demander de renoncer à sa citoyenneté.
D’ailleurs, cette liberté n’est pas contestée pour les autres corps de métier. Un médecin peut exprimer son opinion sur la gestion du système de santé. Un enseignant peut commenter la politique de sa commune. Un mécanicien peut prendre publiquement position sur les questions qui concernent son pays. Pourquoi le journaliste devrait-il être privé de ce droit élémentaire ?
Certes, dans l’exercice de son métier, le journaliste est tenu de respecter des règles professionnelles. Il s’agit avant tout de la vérification des faits, l’honnêteté intellectuelle, l’équilibre de l’information et le respect de l’éthique. Mais ces exigences ne signifient pas qu’il doit s’interdire toute opinion en dehors de son travail journalistique.
Dans toute démocratie, certaines catégories de fonctionnaires sont effectivement soumises à un devoir de réserve. Les policiers, les gendarmes, les militaires ou encore les magistrats doivent observer une certaine retenue dans leurs prises de parole publiques afin de préserver la neutralité de leurs institutions. Les journalistes, eux, ne figurent pas parmi ces catégories. Aucun texte n’interdit aux journalistes d’exprimer leurs opinions en tant que citoyens.
Assimiler systématiquement toute critique du pouvoir à de l’activisme relève donc davantage d’une stratégie de disqualification que d’un véritable débat sur le rôle des médias. Cette confusion volontaire peut finir par créer un climat malsain au sein de la population.
Une société libre devrait accepter que les journalistes soient à la fois des professionnels de l’information et des citoyens engagés dans la vie de leur pays. Critiquer le pouvoir n’est pas un crime. Exprimer une opinion n’est pas un acte de subversion. Et être journaliste n’oblige personne à renoncer à sa liberté de citoyen.
Source : Journalsika’a
