Le monde accélère. L’Afrique, malgré ses immenses ressources et son potentiel humain, peine encore à suivre le rythme. Mais au sein même de ce continent en quête de rattrapage, certains pays tentent de bouger les lignes. Et le Togo?
L’AFRIQUE EST EN RETARD, MAIS LE TOGO EST ABSENT
Par Armando
Le monde accélère. L’Afrique, malgré ses immenses ressources et son potentiel humain, peine encore à suivre le rythme. Mais au sein même de ce continent en quête de rattrapage, certains pays tentent de bouger les lignes. Et le Togo?
La grande mutation du monde ne cesse de s’accélérer. Innovation, industrialisation, intelligence artificielle, recherche scientifique, transition énergétique, transformation numérique…tous les continents sont engagés dans une course dont personne ne connaît encore véritablement la ligne d’arrivée. Une chose est certaine, ceux qui avancent lentement risquent de dépendre longtemps de ceux qui courent plus vite.
Dans cette compétition mondiale, l’Afrique reste en retard. Le constat n’est pas nouveau, mais il devient de plus en plus difficile à accepter, car le continent est loin d’être pauvre en potentiels. Son sous-sol alimente une partie des industries mondiales, sa population est l’une des plus jeunes de la planète, sa main-d’œuvre est considérable et ses talents s’illustrent dans les universités, les entreprises et les centres de recherche à travers le monde. Le continent possède une partie de ce dont le monde a besoin, mais dépend encore largement du monde pour transformer ce qu’il possède.
L’Afrique exporte ses matières premières et importe souvent les produits finis. Elle forme des talents qu’elle peine à retenir. Elle possède des terres, des minerais, une jeunesse nombreuse et des marchés en expansion, mais reste encore trop peu présente dans les secteurs où se construit la puissance de demain.
Le retard africain n’est donc plus seulement économique. Il est industriel, technologique, scientifique, éducatif, mais surtout politique et stratégique. Aucune économie ne se transforme durablement sans vision. Derrière les grandes puissances industrielles d’aujourd’hui, il y a eu des choix, des investissements, des sacrifices et surtout une capacité à penser au-delà du prochain mandat présidentiel ou de la prochaine crise.
Dans plusieurs pays d’Afrique, l’économie reste trop souvent prisonnière de la politique. Les ressources publiques servent davantage à entretenir des systèmes de pouvoir qu’à préparer l’avenir. La question n’est donc pas seulement de savoir combien un pays possède, mais ce qu’il fait de ce qu’il possède.
Routes, écoles, hôpitaux et infrastructures sont nécessaires. Mais le développement ne peut plus se limiter à construire. Il faut aussi produire, inventer, transformer, rechercher, former et créer de la valeur.
Certains pays africains tentent, chacun avec son modèle, ses réussites, ses contradictions et ses limites, de s’en sortir. Le Rwanda s’est imposé dans les débats sur la gouvernance et la transformation numérique. Le Bénin cherche à renforcer son attractivité et à moderniser certains secteurs. Le Burkina Faso, dans un contexte politique et sécuritaire très particulier, affiche une volonté de souveraineté et de transformation locale.
Ces expériences ne sont pas des modèles parfaits. Elles peuvent être discutées et critiquées, mais elles ont au moins le mérite de poser la question de la direction que doit prendre un pays.
Le Togo est-il dans cette course ? Des infrastructures ont été réalisées comme bon semble, des services se sont numérisés, des ambitions économiques sont affichées et Lomé conserve des atouts importants, notamment par sa position géographique et son ouverture sur la mer. Mais dans une course, avancer ne suffit pas toujours. Il faut aussi regarder à quelle vitesse avancent les autres.
Quelle industrie togolaise porte aujourd’hui une ambition continentale? Quelle grande innovation technologique née au Togo s’impose dans la sous-région? Quelle place le pays occupe-t-il dans la recherche scientifique africaine? Quels moyens sont réellement accordés aux chercheurs, aux inventeurs, aux jeunes entrepreneurs et aux créateurs? Quelle vision industrielle prépare le pays à l’économie des vingt prochaines années? Ces questions ne signifient pas qu’il n’existe rien. Elles interrogent l’ampleur, la visibilité et l’impact de ce qui se fait.
Il est vrai que le pays ne manque pas d’intelligence. Il ne manque pas de jeunes capables de créer, d’innover ou d’entreprendre. Mais combien de ces talents disposent réellement de l’environnement nécessaire pour passer d’une bonne idée à une entreprise solide, d’une invention à une industrie, d’une recherche universitaire à une solution concrète?
Un pays ne devient pas innovant simplement parce qu’il possède des jeunes talentueux. Il le devient lorsqu’il construit autour d’eux un système capable de les former, de les financer, de les protéger et de leur ouvrir des marchés.
Sans cet écosystème, les meilleurs partent, abandonnent ou restent invisibles.
Et lorsque les talents quittent le pays pour réussir ailleurs, la nation peut célébrer leur réussite individuelle, mais elle doit aussi avoir le courage de se demander pourquoi leur potentiel a besoin d’un autre territoire pour pleinement s’exprimer.
Le Togo reste encore largement consommateur de solutions conçues ailleurs. Téléphones, logiciels, machines, équipements industriels et technologies. Une grande partie de ce qui structure la vie moderne vient de l’extérieur. La véritable question du développement reste simple : qu’est-ce que le Togo veut produire pour lui-même et pour le monde? Le moment, rien, à part une nouvelle carte du monde, la médiation dans les conflits, l’accueil de conférences internationales…
Le pays ne peut évidemment pas tout fabriquer. Aucun pays ne le peut. Mais il doit choisir ses batailles. Identifier les secteurs dans lesquels il possède un avantage, investir durablement et construire une expertise capable de dépasser ses frontières. Sans cela, le développement risque de demeurer une succession de projets, comme on en vus ces dernières années dans l’agriculture par exemple.
Source : Sikaajournal

