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Togo – Au siège de la CDPA, la mémoire du 5 octobre comme arme politique

Des drapelets togolais brandis à bout de bras, joyeusement agités au rythme de « La Terre de nos aïeux ». Autour de la table d’honneur, les sourires des leaders politiques, presque voilés, trahissent autant de satisfaction que de calculs. Ce dimanche après-midi, le siège de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) affichait complet. L’hommage aux « héros » du 5 octobre 1990 a tenu ses promesses.

Placée sous le thème « Devoir de mémoire, devoir d’engagement », la cérémonie, ouverte à 14h30 à Lomé, a réuni les regroupements DMP, DMK, LDP et « Touche Pas A Ma Constitution », autour d’universitaires, de militants et des figures de la lutte démocratique. Après l’accueil par Nathaniel Olympio, la prière, l’hymne national et une minute de silence, la secrétaire générale de la CDPA, Brigitte Adjamagbo-Johnson, a donné le ton.

Trente-six ans après le procès de Logo Dossouvi et Doglo Agbélenko devant le Palais de justice, elle a d’abord plaidé pour « une mémoire fidèle, ni sélective ni instrumentalisée ». Le 5 octobre, a-t-elle rappelé, « prolonge les luttes pour l’indépendance et la souveraineté » et fut « un moment d’accélération » qui a ouvert la voie au multipartisme et à la Conférence nationale de 1991. Puis le propos s’est durci : « Nous sommes figés dans le même système politique depuis 60 ans », a-t-elle lancé, qualifiant le changement constitutionnel de 2024 de « coup de force » et saluant l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO, qui donne selon elle raison « à la majorité des Togolais ».

Le programme a ensuite alterné témoignages et émotion et d’intermèdes musicaux. Les hommages, portés par Célestin Agbogan, président de la LTDH, et Targone Sambiri, coordonnateur du DMP, ont visé les martyrs, les leaders disparus, les femmes combattantes, les exilés, les journalistes en exil et les détenus politiques.

Les organisateurs ont voulu inscrire la lutte dans la durée : février 2005, le Collectif Sauvons le Togo en 2012, la mobilisation de 2017 autour de Tikpi Atchadam, puis juin 2025 et le M66. Une même « aspiration des Togolais à être pleinement acteurs de leur destin politique » relierait ces séquences. Aux jeunes, nouveaux visages d’une contestation née sur les réseaux sociaux, Brigitte Adjamagbo-Johnson a assuré : « vous êtes les héritiers de la jeunesse du 5 octobre qui avez la responsabilité d’achever la lutte qu’ils ont entamée ». Pas question, toutefois, de rejouer 1990 : la portée du 5 octobre « n’est ni de reproduire 1990, ni d’idéaliser le passé, ni d’appeler à l’affrontement », mais de poursuivre la promesse démocratique « par des moyens pacifiques, démocratiques et institutionnels ».

C’est Nathaniel Olympio, porte-parole du Front « Touche Pas A Ma Constitution », qui a porté l’engagement solennel et les mots d’ordre. À l’issue de la rencontre, il s’est confié, s’exprimant au nom des groupements porteurs du manifeste Génération Togo. « Beaucoup de jeunes aujourd’hui qui ont 30 ans, 20 ans, ne connaissent pas toujours cette histoire », a-t-il observé, rappelant qu’elle « a été forgée par les jeunes, avec une relation étroite avec leurs aînés du moment ». Aux héros d’hier, dit-il, les Togolais doivent « une certaine liberté, très limitée, mais une certaine liberté ». D’où l’engagement pris : « ce qu’ils ont commencé, nous allons l’achever ».

Pour lui, la leçon de 1990 tient en une scène. Sous le général Eyadéma, « tout le monde avait peur », et l’hymne national était interdit. Pourtant, en plein procès, un étudiant a entonné le chant, aussitôt repris par toute la salle. « Ils ont transcendé la peur et ils ont bravé l’interdit », analyse Nathaniel Olympio. « Une fois ensemble, la peur s’écarte et le courage prend le dessus. » Il appelle donc les Togolais à « se tenir la main dans la main », convaincu que « nous ne pouvons rien faire tout seul ».

L’étincelle, prévient-il, est imprévisible. En 1990, ce fut une chanson. En Tunisie, en 2011, ce fut un vendeur de légumes excédé par la corruption et le racket policier, dont l’immolation a embrasé le pays jusqu’à la chute de Ben Ali. « Personne ne sait ce qui peut déclencher la colère d’un peuple », avertit-il, car « nous avons la colère dans notre cœur ». Mais il ajoute que le 5 octobre 1990 « n’est pas le fruit du hasard » : « ça a été préparé, préparé et préparé ».

Le rendez-vous est déjà fixé. Le 20 novembre 2026, les organisateurs promettent « un grand événement » pour adresser un « dernier avertissement » à un régime qui approche les 60 ans. La question posée aux Togolais, selon Nathaniel Olympio : « Est-ce que vous êtes prêt à accepter que ce régime continue de nous diriger après 60 ans ? » La réponse, assure-t-il, est « non ». Sur la forme, il reste évasif : « Soyez patients, on va vous l’annoncer », promettant de révéler « comment ça se passera, où ça se passera et avec qui ».

La rencontre s’est achevée par le résumé de la cérémonie en trois langues : en éwé par Thomas N’Soukpoe (DMK), en kabiyè par Charles Palanga (ASVITTO) et en tem par Ouro-Akpo Tchagnao (LDP), un choix symbolique pour une opposition qui veut parler à tout le pays.

Mais au-delà de la ferveur mémorielle, l’enjeu de cette rencontre citoyenne se conjugue au présent : pour une opposition togolaise en quête de second souffle, ce pari réussi n’est qu’une première étape. Reste désormais à transformer cette communion populaire en une force politique concrète capable de bousculer le statu quo.

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