Le Syndicat National des Journalistes Indépendants du Togo (SYNJIT) a choisi son quinzième anniversaire pour tirer la sonnette d’alarme. Dans une déclaration rendue publique ce 27 août 2026, date exacte de sa création en 2011, l’organisation dévoile les résultats d’une enquête menée entre avril et mai auprès de 69 journalistes du secteur privé. Le constat est sévère : quatre ans après la signature de la Convention collective des journalistes, plus de neuf professionnels sur dix perçoivent moins de 100 000 FCFA par mois, et près de huit sur dix doutent de pouvoir rester dans le métier jusqu’à la retraite. Face à cette « asphyxie sociale », le SYNJIT formule quatre exigences à l’endroit des autorités et des responsables de médias. IciLome.com publie l’intégralité de cette déclaration.
DÉCLARATION (À l’occasion de la célébration de ses 15 ans d’existence)
15 ans de lutte syndicale face à l’urgence sociale : le cri d’alarme des journalistes du privé au Togo
Mesdames et messieurs
Il y a exactement 15 ans, le 27 août 2011, naissait le Syndicat National des Journalistes Indépendants du Togo (SYNJIT).
Quinze années de mobilisations, de plaidoyers et de sacrifices partagés pour une seule et même cause : la dignité de l’artisan de l’information au Togo. Aujourd’hui, l’heure n’est pas aux réjouissances festives. L’heure est à la vérité et à la responsabilité. Quatre ans après la signature historique de la Convention collective des journalistes le 14 octobre 2022, le SYNJIT a voulu mesurer la réalité. Entre avril et mai derniers, le bureau exécutif a mené une enquête scientifique rigoureuse auprès des journalistes du secteur privé. Les résultats de cette étude, basée sur les réponses de 69 professionnels actifs, sont sans appel : le journalisme privé togolais est en état d’asphyxie sociale.
Les chiffres de cette enquête parlent d’eux-mêmes :
- 91,3 % des journalistes privés du Togo gagnent de loin, moins de 100 000 FCFA (moins de 150 euros). Pire, près d’un journaliste sur deux (49,3 %) vit avec moins de 50 000 FCFA par mois. C’est un seuil d’extrême précarité pour des professionnels indispensables à notre démocratie.
- Le contrat à durée indéterminée (CDI) est devenu une exception : 60,9 % de nos confrères naviguent dans l’instabilité des CDD, des piges, du stage ou, de façon aberrante, du bénévolat prolongé.
- Le droit au salaire est bafoué : près de 38 % des répondants subissent des retards de paiement lourds ou une irrégularité totale de leurs revenus.
- Le filet social est inexistant : plus d’un journaliste sur deux travaille sans aucune couverture CNSS ni assurance santé et près de 8 sur 10 ne se voient pas finir leur carrière dans le métier.
Ces chiffres doivent interpeller la conscience collective ; des autorités togolaises aux journalistes eux-mêmes, en passant par les responsables de nos médias et de nos organisations professionnelles, si nous avons réellement à cœur la professionnalisation de notre corporation.
Mesdames et messieurs,
Pour notre part, le constat le plus alarmant de notre enquête touche à l’avenir même de notre corporation : « 78,3 % des journalistes affirment qu’ils ne pourront pas rester dans ce métier jusqu’à leur retraite ».
Ce qui veut dire que notre secteur subit une fuite massive de ses talents au profit d’autres corporations, si ce n’est quitter le pays pour aller se chercher ailleurs. Et pour cause : La désillusion est totale, la satisfaction générale stagne à un niveau critique de 1,26 sur 5, et le sentiment d’injustice salariale est généralisé. Nous le disons avec force, sans réforme sociale immédiate, l’information professionnelle va finir par s’effondrer totalement au Togo.
Pour ses 15 ans, le SYNJIT ne demande pas de cadeaux, il exige l’application des textes. Nous lançons un appel solennel autour de 4 axes d’urgence :
- la mise à jour, l’application stricte et le contrôle de la convention collective sectorielle.
- la fixation d’un salaire plancher professionnel digne de ce nom.
- le conditionnement strict de l’aide publique aux médias à la déclaration CNSS de l’ensemble du personnel et à la régularité des salaires.
- l’encadrement juridique rigoureux des stages pour éradiquer le bénévolat déguisé.
Pour finir, le SYNJIT tient à saluer le courage des journalistes qui continuent de porter la plume et le micro malgré la tempête. Nous réaffirmons que nous restons debout, plus déterminés que jamais, pour les 15 prochaines années et au-delà. Je vous remercie.
Fait à Lomé, le 27 août 2026
Pour le Bureau Exécutif National du SYNJIT
Le SG
Narcisse Dodzi Prince-Agbodjan

