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KPESOSO et EPE YE KPE, 363e célébration : Rituel politique et religieux de communion du peuple GUIN

Le jeudi 3 septembre 2026 est la date du 363e anniversaire du rituel de Kpesoso, la prise de la Pierre Sacrée, du peuple Guin à Glidji, la capitale historique du Guinyigban (Guinyi ou Guindua).
Pour les historiens guin (voir les travaux de Gayibor), le chiffre 363 fait problème dans la mesure où la date de la migration de la première vague des Gan du Guingbo (Accra) vers Glidji, est contestable par rapport aux sources écrites. Il y a un décalage de près d’une vingtaine d’années entre la date mythique (1663 inscrite au fronton de la plupart des sanctuaires vodu à Glidji et Aneho) et la date historique (1680).

Il n’y a pas lieu d’en débattre ici eu égard à la place primordiale des mythes dans les religions.
Nous voulons relever le paradoxe de ce rituel sacré qui n’existe pas au Ghana chez le peuple Gan dont les migrants sont appelés Guin sur leur terre d’exil au Togo. Il existe pourtant chez les Gan du Ghana une fête consacrée aux moissons qui est très éloignée de l’ensemble des rites liés au nouvel an guin du Guindua. Alors pourquoi les Guin ont-ils inventé cette fête qui ne relevait pas de leur héritage traditionnel ?

Aucune information de source orale ou écrite ne renseigne sur cet aspect du Kpesoso.
Dans l’ignorance où nous sommes, nous ne pouvons que spéculer. À mon avis, il faut prendre en compte les conditions brutales et traumatisantes d’une scission du peuple Gan à la suite de sa défaite catastrophique dans la guerre qui l’a opposé à son ennemi héréditaire Akwamu dont il était autrefois le suzerain. La division des princes officiers de l’armée au sujet de la stratégie, avait sapé l’autorité du roi Okaï Kwei (Kangni Ékué), rendu responsable de la défaite humiliante de ce peuple guerrier.

Plutôt que de se soumettre aux Akwamu sous l’autorité de leur souverain contesté, des princes guerriers du clan royal Tougban sont partis vers l’est suivis par différents clans gan et alliés. La dizaine de clans qui forme le peuple guin de nos jours, outre les originaires du Guinyigbo, le royaume gan d’Accra, il y a les Fanti de El Mina, les Anlo de Kéta, les clans de l’est tels que les Pla-Péda, les Agouda ou Afro-Brésiliens, les Agoué-Nago, les Ouatchi et quelques minorités éparses.

Il a fallu faire de tous ces apports de populations autour des clans d’Accra et principalement du clan Tougban, un nouveau peuple dirigé successivement, au départ, par les rois Ofori (Foli), Foli Bébé et Assiongbon Dadjin. Il fallait s’imposer face aux royaumes voisins pour asseoir son hégémonie. Ce que les premiers rois firent brillamment.

Un nouveau peuple, il faut le souder de différentes manières en jouant sur la corde du nationalisme et des mythes fondateurs. Au début, les trônes sacrés royaux, symboles de la royauté gan et des racines de ce peuple, jouèrent ce rôle, mais il en fallait davantage, car tous les clans n’étaient pas gan d’origine. Les nouveaux dirigeants politiques et religieux ont eu l’idée géniale d’inventer une série de rituels, s’étendant sur plusieurs mois, dont l’apothéose est le Kpesoso, un rite oraculaire, qui annonce un jeudi, les évènements à venir de la nouvelle année. Le dimanche qui suit est le nouvel an guin, occasion de partage du yêkê yêkê, le plat de couscous national.

Le partage est tout un symbole dès lors qu’il a une fonction réconciliatrice et donc d’unification. La famille d’abord, puis les proches et voisins de quartier partagent les voeux de nouvel an et le plat de yêkê yêkê dont une partie est jetée par terre en signe d’abondance pour remercier les Ancêtres.


En rassemblant dans la capitale Glidji une grande partie de la population, les rois et les prêtres vodu (hounon) des 41 divinités officielles du panthéon national, ont créé, de la sorte, une occasion de communion annuelle de tous les Guin. La politique et la sacralité ont toujours fait bon ménage pour créer une cohésion sociale et nationale autour des classes dirigeantes. L’objectif est double : contrôler le peuple, d’une part, et, d’autre part, le rassembler contre les ennemis potentiels.

C’est ainsi que lors du rite de la prise de la Pierre Sacrée, Ekpesoso, les hounon rattachent la foule des adeptes vodu et la population à leur passé historique et épique, par l’invocation des ancêtres historiques qui ont fondé le Guindua et créé le peuple Guin à une époque de grands malheurs. Pour signifier à la foule que le peuple Guin est éternel, cet adage est souvent scandé : “Apu gble o, Guinnu la du ablo; apu gba nyõ cā, Guinnu la du ablo.” (Que la mer soit démontée ou calme, le Guin mangera le pain de maïs.) Loin d’être une attitude d’arrogance, cet adage exprime un sentiment de résilience et de résistance face à l’adversité.

Rien de tel que le rappel des racines autour de narratifs mythiques et historiques pour flatter la fierté, l’originalité et l’appartenance à une nation. Aujourd’hui encore, malgré la colonisation qui a détruit le royaume du Guenyi, le Kpesoso est toujours l’occasion unique qui rassemble les filles et les fils de cette nation avec recueillement et fierté, malgré le grand désordre orchestré par certains hounon voyous et des chefs traditionnels sans honneur, manipulés par des ennemis masqués extérieurs à la nation Guin.

Ayayi Togoata APÉDO-AMAH

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