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Saturday, November 26, 2022
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Macky sall, la voix africaine du non-alignement entendue par Vladimir Poutine : Attention à la réaction des pays de l’Otan…

Sur invitation de Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, a invité le Président en exercice de l’Afrique à Sotchi en Russie. Accompagné entre autres du Président de la Commission de l’Union Africaine, le Tchadien Moussa Faki et Me Aissata Tall Sall, ministre sénégalaise des Affaires étrangères, les discussions n’ont pas pu éluder la question du « non-alignement » et d’une certaine « neutralité » des pays africains dans un conflit entre certains pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et la Fédération de Russie sur le sol Ukrainien.

1. REJOINDRE LE BLOC OCCIDENTAL COÛTE CHER À L’UKRAINE

Les raisons sont multiples. Outre le non-respect des engagements de l’OTAN de ne pas s’élargir pour « encercler » la Fédération de Russie, il faut bien noter la guerre civile larvée entre les russophones et les ukrainiens pour le contrôle de territoires aujourd’hui classés comme ukrainien, mais revendiqués par la Russie comme étant des territoires autonomes. Si en sous-main, cela a permis à de nombreux pays occidentaux d’utiliser l’argent des contribuables occidentaux pour justifier le financement des vendeurs d’armes, les sanctions occidentales apparaissent de plus en plus contreproductives, car réorganisant l’ancien monde interdépendant en un nouveau monde multipolaire, avec une tendance vers un monde sans les Occidentaux. Le paradoxe est que sur le plan militaire, la suprématie occidentale a été surclassée. Sur le plan organisationnel et logistique, le système occidental s’est retrouvé bien dépendant des pays où la délocalisation était le droit commun. De fait, le commerce mondial fonctionne sur la base des « relations internationales » et de moins en moins la base du « droit international ». Le Conseil de Sécurité des Nations Unies est bloqué dès qu’au moins un, voire deux pays (la Fédération de Russie et le Chine) font bloc pour neutraliser les initiatives occidentales qui ne prennent pas en compte les intérêts des pays non-occidentaux. Les responsables politiques d’Ukraine sont en train de s’en rendre compte, et pourraient avoir servir d’alibi pour des intérêts moins avouables des puissances privées et publiques occidentales utilisant le sol ukrainien pour empêcher une guerre sur le sol européen.

2. LE PRÉSIDENT DE L’UNION AFRICAINE VA DÉFENDRE LES INTÉRÊTS DES AFRICAINS EN RUSSIE, PAS POUR S’INGÉRER DANS UNE MÉDIATION NON SOLLICITÉE

C’est donc dans ce contexte qu’il faut comprendre la visite de la voix autorisée de l’Afrique pour rappeler que les Africains n’ont jamais agressé un autre continent dans leur histoire et qu’au contraire, c’est l’Occident qui devrait faire amende honorable sur ce sujet. A ce titre, l’adhésion des dirigeants africains collectivement aux principes de “non-alignement” et de “règlement pacifique des différends” servira de cadre global des discussions entre la Russie et l’Afrique. Mais lorsque le circuit d’approvisionnement ne fonctionne plus entre l’Afrique et les pays en conflit à savoir la Russie et l’Ukraine, les dommages collatéraux sont nombreux. Que ce soit pour le raffinage du pétrole, l’approvisionnement en céréales, en engrais, la fourniture d’équipements militaires ou civils, les images satellitaires fiables sur le sous-sol africain notamment sur l’importance des métaux rares dont l’Union européenne est dépendante à 99 %, l’Afrique ne peut rester neutre. Mais l’Afrique doit faire respecter son droit à son “non-alignement” dans un conflit dont les agresseurs explicites et implicites ne sont pas africains. Il n’est d’ailleurs pas question de venir recruter en Afrique des “tirailleurs sénégalais” pour aller faire une guerre qui ne concerne pas les Africains. En effet, des tentatives ont eu lieu de la part de certains opérateurs ukrainiens sur le sol africain, sénégalais en particulier. La réponse officielle fut un “non” catégorique. Le problème est donc bien dans la désorganisation de la logistique et du circuit d’approvisionnement de l’Afrique qui par sa gouvernance passée a systématiquement choisi non pas l’autosuffisance alimentaire comme stratégie de long-terme pour sa sécurité alimentaire, mais la stratégie d’importation de produits à des coûts compétitifs, ce qui a enrichi quelques Africains proches des pouvoirs en place. Ces derniers ont ainsi, tant dans le domaine public que privé, passé en priorité seconde, la transformation des produits locaux pour servir les populations locales à des prix compétitifs.

3. PRODUIRE ET TRANSFORMER LOCALEMENT POUR AVANCER VERS L’AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE EN AFRIQUE

Macky Sall ne peut donc pas demander à Vladimir Poutine de faire des exceptions pour faciliter les acheminements de céréales, d’engrais et autres produits sans annoncer clairement, la stratégie des dirigeants africains pour la promotion et défiscalisation des importations d’équipements, de technologies et d’industries permettant de transformer localement les produits du sous-sol africain. L’engrais peut être produit en Afrique de manière écologique et permettre une réduction de la dépendance envers la Russie. Les céréales locales comme l’igname, la patate douce, la banane plantain, etc. peuvent être utilisés pour offrir des farines nobles et se substituer au blé importé ou autres céréales importées. Si Vladimir Poutine peut dans l’urgence « entendre » l’appel de l’Afrique pour obtenir une priorité et une exception dans l’acheminement de certains produits en provenant de la Fédération de Russie et d’Ukraine, notamment via les « territoires dits indépendants » et occupés de fait par la Russie, Macky Sall gagnerait aussi à exposer aux Africains un plan sur cinq ans de l’Union africaine sur l’import-substitution des principaux produits importés de Russie et d’Ukraine. Il n’est pas normal que ces importations ne soient même pas consommées dans le pays africain concerné, mais sont réexportés vers des pays voisins… La fermeture des frontières du Nigéria au sein de l’espace des 15 pays de la CEDEAO, il y a quelques mois ne doit pas disparaître des mémoires et peut mieux se comprendre… Alors qui sont ces opérateurs proches des pouvoirs africains qui profitaient de ces importations, neutralisant par la même occasion, le développement local et de proximité ? La sécurité alimentaire en Afrique et l’autosuffisance alimentaire ne doivent pas servir de justification aux dirigeants africains pour aller quémander des aides internationales de céréales, même si en situation d’urgence, cela peut se comprendre.

4. FAIRE ÉVOLUER LES INSTRUMENTS DE PAIEMENT ENTRE L’AFRIQUE ET LA RUSSIE : VERS LES TECHNOLOGIES DU « BLOCKCHAIN » ET LES « CRYPTOACTIFS »

Par ailleurs, un accord doit pouvoir intervenir pour permettre de payer en Rouble, ou en des cryptoactifs et cryptomonnaies acceptées dans un cadre échappant au contrôle des puissances qui ont bloqué l’Afrique dans la dépendance. A ce titre, un transfert de savoir-faire dans les infrastructures énergétiques, militaires et de maîtrise des technologies du Blockchain de la Russie vers l’Afrique serait un apport non négligeable pour un saut qualitatif de l’Afrique vers son “nonalignement” du monde occidental, mais aussi des autres puissances émergentes. La prise de conscience des enjeux mondiaux et leurs conséquences négatives sur les populations africaines risquent de faire perdre le pouvoir à de nombreux dirigeants africains qui continuent à gérer dans la non-transparence les comptes publics, empêchant les oppositions constructives notamment celle de la Diaspora africaine de contribuer sans passer par la case des allégeances politiques aux pouvoirs en place. Peut-être qu’à la différence des autorités chinoises qui traitent allégrement et ne font aucune différence entre les régimes corrompus, liberticides en Afrique, l’approche de la Russie pourrait s’avérer déterminant dans le saut qualitatif sur les instruments de paiement et de compensation entre les Etats africains qui ne souhaitent plus obtenir l’autorisation du monde occidental et ses organisations et institutions multilatérales et bilatérales pour choisir un partenaire commercial. La requête de Macky Sall, au nom des dirigeants africains, pour faciliter les approvisionnements en provenance de Russie et d’Ukraine vers l’Afrique risque de se terminer par une priorité accrue pour les pays africains proches de la Fédération de Russie, surtout si les paiements et compensations reposent sur des arrangements avec une « monnaie marchandise digitalisée ». En effet certaines matières premières africaines risquent de connaître une évolution intéressante avec la digitalisation et la surveillance par les pairs au sein de la technologie des « blockchains ». La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations qui offre de hauts standards de transparence et de sécurité justement parce qu’elle fonctionne sans organe central de contrôle. Il s’agit pour des utilisateurs avertis, qui se sont organisés et connectés en réseau fermé ou ouvert, de partager des données sans intermédiaire, sans interférence d’anciennes puissances coloniales.

5. LE NON-ALIGNEMENT : LA FIN DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE ET LES PRESSIONS DE CERTAINS DIRIGEANTS OCCIDENTAUX ?

Alors, si la voie du non-alignement évolue en une stratégie d’indépendance collective des p ays africains, alors oui, Macky Sall au nom de l’Union africaine, aura posé les jalons de la fin de la servitude volontaire pour l’Afrique. Le chemin sera long et semé d’embuches. Mais, les sanctions politiques occidentales envers la Russie risquent d’augmenter la dépendance du monde occidental envers les matières premières africaines. Dans un monde en compétition, les dirigeants africains ne peuvent plus fournir, à des prix bradés, les richesses africaines à des pays qui ont comme politiques étrangères, l’agression systématique et le changement du droit international en fonction de leurs intérêts particuliers. Dans cette histoire, le Peuple africain, parfois naïf, sur les enjeux mondiaux, devra se réveiller dès ors qu’il va falloir choisir entre manger un pain avec la farine de blé importé, ou un pain avec la farine d’igname et/ou de patate douce africaine. Lorsque le président en exercice de l’Union africaine se rendra au Ghana pour les besoins du sommet de la CEDEAO où le président ukrainien prendra part, il devrait faire goûter le pain à partir des céréales africaines au Président Volodymyr Zelenskyy. Il n’est pas question pour l’Afrique de se retrouver à brader son droit au non-alignement sur des décisions stratégiques de l’Ukraine de s’aligner sur le monde occidental.

6. LA LOI AMÉRICAINE HR 7311 PRIME SUR LE DROIT INTERNATIONAL ET LES INTÉRÊTS AFRICAINS ?

Néanmoins, des menaces claires risquent de voir le jour dans les mois à venir avec l’institutionnalisation par les Etats-Unis de la Loi américaine HR 7311 du 27 avril 2022 et portant pour ce qui a été non-classifiée à savoir « la lutte contre les activités malignes de la Russie en Afrique ». Il y est question d’évaluer régulièrement l’influence et les activités de la Fédération de Russie en Afrique qui iraient contre les objectifs et intérêts des Etats-Unis en Afrique. Autrement dit, les pays africains qui bénéficieraient des soutiensrusses pourraient être considérés comme allant à l’encontre des intérêts américains, et voir ce qui reste de l’aide américaine en Afrique suspendues. Pire, les Etats-Unis pourraient unilatéralement déclarer que la Fédération de Russie et les gouvernements africains et leurs agents ou alliés sont à classer parmi des « malfaiteurs », voire des criminels ou mêmes des terroristes pour avoir fait jouer la concurrence et défendu le non-alignement. Macky Sall gagnerait à clarifier ce point en toute urgence et à rendre public la position africaine. Le plus tôt serait le mieux.

YEA. Dr. Yves Ekoué AMAÏZO Directeur Afrocentricity Think Tank 3 juin 2022 © Afrocentricity Think Tank Mots-clés : Afrique – Guerre – LOI AMÉRICAINE

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