Les chiffres émanent de la Banque Mondiale. Et sont récents, puisque dernièrement actualisés en octobre 2024. Selon ces chiffres, le score du Togo sur l’indice de capital humain (ICH) est de 0,43. Cela signifie, en des termes clairs selon l’institution de Bretton Woods, que les enfants nés aujourd’hui au Togo ne seront productifs qu’à 43 % de leur potentiel à l’âge adulte. Un tableau, somme toute, très peu reluisant qui lève un coin de voile sur le malaise social ambiant qui prévaut dans le pays. Constituant, de fait, un facteur défavorisant pour les citoyens.
On ne le dira jamais assez. Le Togolais, depuis ces dernières années, est tout sauf heureux. Sans langue de bois. Tant les pesanteurs socio-économiques le mènent au score. Nonobstant les différents rapports internationaux qui le plébiscitent, les réalités quotidiennes du Togolais sont peu enviables. Le dernier épisode de ce funeste et lassant feuilleton est le récent scandale du riz avarié. Lequel a tristement mis en scène, aux yeux du monde, le sempiternel combat du Togolais contre la misère.
Entre intentions…
Et pourtant, le mandat quinquennal 2015-2020 était décrété social. « Nous devons poursuivre la recherche d’un mieux-être pour tous les Togolais en redoublant d’efforts pour répondre à la demande sociale légitime et sans cesse croissante », avait indiqué le chef de l’Etat Faure Gnassingbé, dans sa présentation des vœux à la nation togolaise au début de l’année 2016. Dans son adresse, le Président de la République a notamment souligné la nécessité de renforcer la protection sociale aux plus vulnérables en amplifiant les initiatives déjà en cours dans les domaines de l’assurance maladie, des transferts monétaires, de l’emploi des jeunes et de la finance inclusive.
Le gouvernement, à l’entame du quinquennat 2020-2025, s’est donc résolu, outre le renforcement de l’inclusion et l’harmonie sociale, à consolider la paix, dynamiser la création d’emploi, moderniser le pays et renforcer ses structures. «Avec cette nouvelle vision du Président Faure Gnassingbé, le nouveau gouvernement va poursuivre les chantiers du renforcement du capital humain, et assurer la solidarité nationale », peut-on lire sur le portail numérique de la Présidence de la République. Et dans cette optique, les pouvoirs publics ont annoncé l’identification biométrique de tous les Togolais en vue de la réalisation des différents programmes sociaux (santé, filets sociaux, prévoyance sociale, eau et électricité) et économiques, entre autres. « Aucun Togolais ne sera laissé pour compte », avait renchéri le gouvernement. Mais seulement voilà !
Et réalité
Malheureusement, tout semble dire que la litanie de bonnes intentions affichées sont noyées au point d’en déduire que rien n’a bougé d’un iota. Les Togolais sont toujours au quai. En effet, un récent document actualisé de la Banque Mondiale relève que pour environ 8,5 millions de personnes, le taux de pauvreté au Togo est nettement plus élevé dans les zones rurales (58,8 %) par rapport aux zones urbaines (26,5 %). Cela s’explique en grande partie, à en croire l’institution de Bretton Woods, par une croissance économique principalement concentrée dans les secteurs modernes et un accès limité à des services de qualité.
Dans les détails, ce rapport indique que la pauvreté est plus élevée dans les ménages dirigés par des femmes (45,7 %) que dans ceux dirigés par des hommes (45,2 %). S’agissant des femmes, la Banque Mondiale atteste qu’elles demeurent plus vulnérables, avec un accès plus limité aux opportunités économiques, à l’éducation, à la santé et à d’autres infrastructures socioéconomiques de base. Soit un taux de pauvreté global de 42% en 2023.
Plus poignant, la Banque Mondiale révèle, dans son analyse, que le score du Togo sur l’indice de capital humain (ICH) est de 0,43. Cela signifie, précise -t-elle, que ‘’les enfants nés aujourd’hui au Togo ne seront productifs qu’à 43 % de leur potentiel à l’âge adulte, cela en l’absence d’accès à une bonne santé, à une éducation et à une alimentation adéquates’’.
Et pourtant !
Certes, la Banque Mondiale reconnait plus loin que malgré les chocs persistants depuis la pandémie de COVID-19, l’économie togolaise a fait preuve de résilience. Ceci, avec une croissance moyenne de 6,1 % entre 2021 et 2023, grâce en partie aux mesures de relance budgétaire. Cependant, il n’en demeure pas moins vrai qu’une inflation élevée en cours et des disparités dans les opportunités économiques entre les zones rurales et urbaines continuent d’entraver les progrès en matière de réduction de la pauvreté et des inégalités.
C’est donc, par conséquent, que le gouvernement s’est désormais engagé dans une stratégie de consolidation budgétaire dans le but de ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2025, tout en poursuivant des réformes structurelles visant à stimuler l’investissement privé et la création d’emplois, en adoptant des pratiques agricoles intelligentes face au climat. De l’analyse des statistiques, on en déduit que la croissance d’environ 5,3 % en 2024, en raison des efforts de consolidation budgétaire, la faiblesse de la demande mondiale et les incertitudes régionales, devrait se renforcer progressivement pour atteindre 5,4 % en 2025 et 5,8 % en 2026. En conséquence, mentionne la Banque Mondiale dans son analyse, le taux de pauvreté devrait progressivement baisser à 23,5 % en 2026, soutenu par une hausse du PIB par habitant et une baisse de l’inflation.
Qu’à cela ne tienne, l’on ne saura rester coi, encore moins de marbre face à la situation actuelle qui fait souffrir le martyre, les ménages togolais à revenu et bourse faibles. En effet, bien que le gouvernement ait récemment procédé à l’augmentation du SMIG, les entreprises qui appliquent cette nouvelle grille se comptent au bout des doigts. La misère ambiante dans laquelle baignent les ouvriers togolais dans les entreprises de la Zone Franche n’est qu’une parfaite illustration. Malheureusement encore, toutes leurs tractations pour faire entendre leur désarroi n’est qu’illusion.
Des raisons d’espérer ?
On se demande, au regard de ce qui précède, comment on en est arrivé là où la notion de partage des richesses du pays est de l’illusion pour nombre de citoyens togolais. Surtout la jeunesse qui ne trouve désormais son salut que dans les aventures. Advienne que pourra ! Pourtant, le Togo n’est pas si pauvre que ça.
En effet, l’agriculture et l’extraction minière sont les deux industries clés du pays. Le Togo est d’ailleurs l’un des plus grands producteurs mondiaux de phosphate, de pierre calcaire et de différents minerais. Il dispose, par ailleurs, de plusieurs gisements de diamant et d’or, ainsi que des carrières de calcaire dans le bassin de Tabligbo près de la côte, tout comme plusieurs gisements de marbre. Ce n’est pas tout. Les autres ressources minérales commercialisables du pays incluent le minerai de fer, la bauxite, l’uranium, la chromite, l’or, les diamants, le rutile (oxyde de titane), l’oxyde de manganèse et le kaolin (terre de Chine). Pour ne citer que ces ressources.
Face à tous ces atouts dont affuble pourtant dame nature le Togo, il est incompréhensible de concevoir que malgré tous les chiffres ronflants de nombre d’entreprises créées chaque année, par exemple, le Togolais soit encore à ce niveau de pauvreté ambiante qui se lit sur tant de visages. Qu’est-ce qui n’a donc pas marché ? Au-delà des discours, y a-t-il vraiment raison d’espérer une possible amélioration de la situation ? Si oui, qui doit faire quoi ? Sinon, qui sont à la base de la détresse des Togolais qui ploient tant sous le poids de la dèche ? Autant de questions que se pose le Togolais qui ne rêve que de voir sa situation s’améliorer…
Source: FLAMBEAU des démocrates N° 835/Magloire TEKO